INTRODUCTION
Une seule chose en effet demeure immuable : la nature humaine, toujours identique à travers l'espace et le temps. Pour quelques contrées où la civilisation a porté ses lumières, où la dignité de chacun n'a plus à redouter pareil attentat, combien de terres où les conditions d'une existence trop facile, un climat amollissant, ont éteint dans le cœur de l'homme la conscience même du droit d'autrui. C'est en ces pays, dont la vie primitive semble à peine avoir été modifiée par le cours des siècles, que la sauvagerie des anciennes coutumes a subsisté, perpétuant cette cruauté native dont la castration est un probant témoignage.
Quelle peut en être l'origine? Suivant une croyance répandue dans l'antiquité et propagée par la tradition populaire, les hommes tiendraient d'un animal, le castor, la connaissance de cette sorte de mutilation. On sait que le castor sécrète au niveau de deux follicules placés de chaque côté des parties sexuelles une substance médicamenteuse, utilisée encore aujourd'hui comme sédative du système nerveux. Les Anciens prenaient ces glandes pour les testicules de. l'animal, et ceux qui en faisaient le commerce, des Arabes notamment, les vendaient sous la désignation de « testicules d'Outre-Mer ». Le j^roduit leur provenait en effet par la mer des Indes et le golfe Persique. Pour renchérir sur la valeur de leur marchandise, ils racontaient que le castor, sur le point d'être atteint par les chasseurs, se castrait à l'aide de ses incisives, abandonnant ses testicules.
plutôt que de se laisser prendre. Les Latins auraient ainsi formé de l'expression castorare (faire comme le castor, qui châtre) le verbe caslrare (châtrer). En réalité ce dernier vocable tire son origine du mot latin castrum qui veut dire couteau, et la légende ne nous explique pas en vertu de quelle aberration l'idée de cet humiliant supplice put naître dans un cerveau humain. Nous essaierons donc d'en retrouver une origine plus précise, tout en exposant son évolution chez les différents peuples.
Tel est l'objet que nous nous sommes proposé. Il n'existe pas, en effet, à notre connaissance, d'histoire générale de l'eunuchisme et des eunuques. Les travaux ayant rapport aux castrats et aux différentes applications ethniques de l'excision des organes sexuels remontent pour la plupart à une date déjà ancienne. Le xvn« siècle en fournit quelques-uns, mais comme bon nombre d'ouvrages de cette époque, les détails intéressants qu'ils renferment se perdent dans le fatras d'une scolastique ennuyeuse et d'invraisemblables légendes. De plus, ils sont écrits en latin, ce qui constitue généralement un écueil, et non des moindres, aux yeux du lecteur.
D'autres documents sont épars dans les écrits les plus divers, dans les plus anciens textes et dans les ouvrages les plus modernes. Nous pensons en avoir réuni un assez grand nombre pour éviter aux curieux de sciences ou de lettres des recherches longues, souvent fastidieuses, et pouvoir enfin donner une étude d'ensemble de la question en reconstituant