L EUNUCHISME DANS L ANTIQUITE
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d'une mélancolie étrange, est coiffée du lourd khoprasli ou casque de guerre qui accentue encore son
FiG. 10. — Le roi Akhounaton. (Buste du Musée du Louvre.)
attitude fléchissante, son expression lassée : telle quelle, l'œuvre est un spécimen des plus curieux de cet art réaliste où excellèrent parfois les Égyptiens (fig. 10). Mais le problème reste entier : Akhounaton était-il eunuque, comme le pensait Mariette, ou non ? Ou bien son gynécomorphisme relevait-il d'une tare physiologique ? La question ne sera sans doute jamais résolue.
Il convient de rappeler ici une particularité observée en Egypte aussi bien que chez les Hébreux : les officiers du palais qui occupaient auprès des pharaons les charges les plus élevées, ceux qu'on appelait des eunuques, n'étaient sans doute désignés de la sorte que parce que les premiers titulaires de ces emplois avaient été de véritables castrats. Plus tard, ils n'eurent plus à subir cette dégradante mutilation, réservée désormais aux prêtres de certains collèges. Ainsi Putiphar, qui est pourtant qualifié dans la Genèse eunuque de Pharaon et prince de l'armée, était marié et père d'une fille nommée Asenech.
Un des premiers, Voltaire semble avoir suggéré cette idée que le mot « eunuque » était devenu peu à peu synonyme d' « attaché aux princes». « 11 se peut, écrit-il à propos de certains passages de la Genèse, que dans des temps très postérieurs le mot eunuque fût devenu un titre d'honneur et que les peuples, accoutumés à voir ces hommes dépouillés des marques de l'homme, parvenus aux plus grandes places pour avoir gardé des femmes, se soient accoutumés enfin à donner le nom d'eunuques aux principaux officiers des rois orientaux : on aura dit l'eunuque du roi, au lieu de dire le Grand Ecuyer, le Grand Echanson du roi. »
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A l'exemple de l'Egypte, et parce qu'elle était une des premières nations occidentales avec laquelle les Orientaux prirent contact, la Grèce devait subir, elle aussi, l'influence de leur amollissante civilisation. Elle y était d'ailleurs préparée de longue date et le « vice grec », qui paraît s'être propagé à la faveur des exercices gymniques, n'était pas un vain mot.
« Ce vice, dit Lucien, se répandit partout et on foula aux pieds les lois de la nature. Il se trouva un homme qui le premier prit son semblable pour une femme et sur lequel,par violence ou par ruse, il exerça sa lubricité, et c'est ainsi que deux individus du même sexe s'accouplèrent dans la même couche et n'eurent pas honte de ce qu'ils faisaient et de ce qu'ils laissaient faire sur eux.
Quelques-uns j dans le dernier abrutissement de cette vie abjecte^ allèrent jusqu'à s'enlever avec le fer les parties qui leur donnaient le caractère d^hommes, et crurent mettre le comble à leur voluptueuse infamie en s' arrachant les signes de la virilité .
Mais ces malheureux ne restaient pas plus longtemps hommes et un type équivoque d'un sexe double leur faisait bientôt perdre le caractère de leur nature primitive ; ils ne savaient même plus à quel genre ils appartenaient. La force de la jeunesse ne les épuisait que plus vite, et pendant qu'on les comptait encore parmi les adolescents, ils étaient déjà des vieillards ; il n'y avait pas pour eux d'âge intermédiaire. »
C'étaient ces êtres ambigus, qui dans la Grèce asia-
tique servaient de mignons aux princes et même aux grandes dames, car « aucun genre de volupté ne leur était inconnu ». Ils se réunissaient en grand nombre dans certains endroits de prédilection, dans les thermes en particulier, et les bains d'Halicarnasse offrirent longtemps un abri tutélaire à leurs pratiques.
L'art plastique des Grecs, surtout dans l'école de Praxitèle, s'inspira des formes molles et féminines, des musculatures enveloppées de ces eunuques qu'on désignait du nom à^androgynes ou de gynccndres . L'une des plus célèbres représentations que nous en ait laissées la statuaire antique est celle d'un favori de l'empereur Adrien, le bel Antinoiis. Lorsqu'il mourut, des temples furent élevés à sa mémoire dans toute l'étendue de l'Empire, et l'empereur, inconsolable, fit reproduire son image par les artistes les plus fameux.
Du reste, on est obligé de reconnaître que cette forme de dépravation sévissait plus particulièrement dans un milieu élevé. Le peuple, les échelons inférieurs de la société grecque, pour s'abandonner de temps à autre aux plus honteuses débauches, présentait là comme partout ailleurs un fond de simplicité chaste qui était le sûr garant de son intégrité morale.
Au dire de Philostrate, les eunuques étaient même un objet de réprobation pour la masse des Grecs. Toutefois, ces derniers se servirent sans aucun scrupule des esclaves mutilés à l'étranger ou dans leurs propres colonies. Le mépris qu'ils étaient censés leur inspirer ne l'emportait point sur leur amour du négoce et les Grecs furent de bonne heure les pourvoyeurs habituels de toutes les nations de l'antiquité.
A cette époque le commerce des castrats était tenu
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pour l'un des plus lucratifs et il existait de véritables entrepôts d'eunuques dans les îles de Chio et de Déios^Ceux qui se livraient à ce trafic ne s'occupaient guère de la vente des autres esclaves, et l'histoire d'Hermotime, que rapporte Hérodote % paraît prouver que les malheureux qui étaient passés par les mains de ces traitants leur vouaient parfois une haine tenace, d'ailleurs justifiée :
« Hermotime Pédasien, qui fut le plus considérable des eunuques de Xerxès, avait tout jeune été vendu à un certain Pannonius, de lîle de Chio. Cet homme vivait d'un commerce infâme : il achetait les jeunes garçons de bonne mine, les faisait eunuques et les menait à Éphèse, où il les vendait très cher ; car la fidélité des eunuques les rend, chez les Barbares, plus précieux que les autres hommes. Pannonius qui vivait, dis-je, de ce trafic, fit eunuques un grand nombre de jeunes garçons et, entre autres, Hermotime.
« Cet Hermotime ne fut pas malheureux en tout : conduit de Sardes aa roi, il parvint, avec le temps, auprès de Xerxès, à un plus haut degré de faveur que les autres eunuques.
« Tandis que le roi était à Sardes et qu'il se disposait à marcher avec ses troupes contre Athènes, Hermotime étant allé pour quelques affaires dans un canton de la Mysie cultivé par les habitants de Chio, y rencontra Pannonius. L'ayant reconnu, il lui témoi-