‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 68 sur 102 · J60 LES EUNUQUES · texte numérisé non relu

J60 LES EUNUQUES

De même on a utilisé le châtrement pom* guérir les pertes séminales : la répétition trop fréquente de ce que Voltaire appelait « une bonne fortune de capucin » déterminant un état morbide qui, si Ton n'y prend garde, conduit rapidement à l'hypochondrie et parfois au suicide.

Nous ne saurions non plus passer sous silence ce projet de la castration des criminels, signalé dans un précédent chapitre ; projet qui a pour but non pas tant de supprimer les crimes commis que de garantir la société contre la possibilité de crimes à venir, par la suppression de la descendance éventuelle d'individus tarés ou dégénérés.

Procédé Spartiate s'il en fût, mais qui a été également proposé pour faire disparaître le crétinisme de la surface du globe.

Des vues semblables sont trop en désaccord avec les idées actuelles, elles répugnent trop à nos mœurs pour pouvoir rencontrer quelque chance de se voir accueillir. « Où serait, a-t-on dit, la liberté, où serait la dignité de l'espèce humaine, le jour où un nouveau code jugerait de l'opportunité de notre existence? »

Cependant les Américains, peuple jeune et pratique entre tous, par conséquent moins accessible à des considérations d'ordre sentimental, ne craignirent pas de reprendre ces idées, agitées en France plusieurs siècles auparavant^ au bon vieux temps où

résection des canaux déférents se substitua momentanément à la castration, et à l'heure actuelle on intervient directement sur la glande, pour en faire l'ablation si possible, lorsque son aufi^mentation de volume devient un péril constant pour le malade.

l'on essorillait les voleurs, dans l'espoir de les rendre stériles.

Ce fut tout d'abord le D"" Agnew qui proposa la peine de la castration contre les criminels erotiques. Une semblable mesure, en supprimant les désirs, ne devait pas manquer, au dire de son auteur, de donner les meilleurs résultats.

Puis, en février 1888, le D^' Orpheus Everts vint lire devant l'Académie de Médecine de Cincinnati un volumineux rapport « dont l'ampleur de vues n'était contrebalancée que par la barbarie du procédé destiné à en assurer la réalisation. »La castration y était indiquée comme le plus important facteur de rénovation sociale; elle devait contribuer à diminuer dans des proportions considérables les charges de la société en réduisant à une expression ipfime le nombre des déclassés, des non-valeurs.

Pour atteindre ce but, que fallait-il ? Se pénétrer d'abord de cette idée que dans tout criminel il y a un malade, et, partant de ce principe, opérer la castration de tous les gens de cette sorte, atteints de tares dûment reconnues transmissibles par hérédité.

En somme, la castration ainsi comprise non seulement devenait un moyen de défense de la société vis-à-vis des « sauvages de la civilisation », mais encore tendait à assurer la régénération morale d'une partie de la race, par la suppression de ses éléments gangrenés.

Pour efficace que soit la méthode, on a fait observer qu'elle était, au moins en partie, superflue : les criminels ne sont-ils pas en général les rejetons d'individus malades ou intoxiqués, le plus souvent d'alcooliques? Ce sont ces derniers surtout qu'il con-

viendrait de soumettre à l'opération en question. Quant à leurs descendants, à ceux qui fournissent le plus lourd contingent à la criminalité, ce sont des dégénérés à la première génération et qui ne présentent guère, comme tels, d'aptitudes à se reproduire. Aussi la castration des criminels ou des crétins ne semble-t-elle pas devoir, de longtemps encore, trouver asile auprès des nations civilisées. Une telle proposition n'en est pas moins venue grossir le nombre déjà respectable des motifs que médecins ou empiriques ont invoqué concernant l'emploi de la castration dans la cure des maladies ^

Ces motifs, on vient de le voir, ne firent jamais défaut. Et il convenait en vérité que devant une telle ardeur à castrer les malades, ceux-ci prissent à leur tour leur revanche, un jour ou l'autre, sur les médecins. L'initiative en devait venir, cette fois encore, du Nouveau Monde. Au reste, la chose ne date pas d'hier : elle remonte à la découverte de l'Amérique, et c'est à l'aumônier de la flottille commandée par Christophe Colomb qu'on en doit la relation.

Lors donc qu'un indigène de l'île de Saint-Domingue venait à passer de vie à trépas, ses parents allumaient un grand feu, puis le mort était étendu sur la braise encore rouge et recouvert de cendre. A quelques heures de là, la cendre était dispersée, tandis que les parents observaient avec la plus grande attention quelle direction suivait la fumée. Montait-elle droit

1. Tout dernièi^emcnt encore un chirurgien américain, Van Méter, proposait l'éradication des maladies héréditaires, par la stérilisation des sexes chez les individus tarés. Stérilisation obtenue non plus par la castration qui retentit si fâcheusement sur l'état du castré, mais par la résection du canal déférent

our l'homme, et de la trompe utérine pour la femme.

dans le ciel, c'est que la mort était survenue à son heure : rien n'aurait pu tirer le malade de ce mauvais pas. Descendait-elle au contraire sur la case du médecin, tous aussitôt se précipitaient de ce côté, et se saisissant du malheureux Esculape, rendu responsable du décès,ils se mettaient en devoir de lui crever les yeux et de le châtrer, car, pensaient-ils, ces sortes de gens ne pouvaient mourir d'autre manière. Les mœurs, depuis lors, se sont modifiées, même à Saint-Domingue. On fait montre, à l'égard des médecins, de plus d'indulgence de nos jours, et heureusement pour eux, les erreurs de diagnostic ne comportent plus d'aussi cruelles représailles.

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