Cf., p
l'eunuque. Le bassin en apparaît comme élargi et les fesses peuvent même affecter la forme en poire que l'on retrouve chez la femme.
Bien plus, on a noté parfois chez les sujets castrés à l'âge d'homme une augmentation du volume des seins, due autant au développement exagéré du tissu graisseux qu'à celui de la glande mammaire, comme si cette glande, normalement atrophiée chez l'homme, entrait subitement en fonction pour compenser le déficit organique résultant de l'ablation testiculaire.
Telles sont, résumées, les principales modifications que la castration apporte dans l'économie, et que l'on rencontre à des degrés divers chez les différentes catégories d'eunuques. Tous en effet n'ont pas été castrés dans les mêmes conditions : certains ont subi seulement l'avulsion testiculaire, tandis que d'autres sont privés de la totalité de l'appareil génital. Ceux-ci ont été castrés avant la puberté ; ceux-là ont été privés de leur virilité à l'âge adulte.
Prenons tout d'abord le cas que l'on observe le plus fréquemment, dans les pays où l'on fabrique encore des eunuques, en Afrique par exemple. Voici un nègre de trente ans, acheté à Khartoum, et que son maître emploie au service du harem. Ce qui frappe tout d'abord, c'est sa haute stature : cet homme a près de deux mètres, encore qu'il se tienne un peu voûté. Mais le torse est resté court; seules les jambes ont participé à ce développement excessif. C'est un véritable échassier qu'on a devant les yeux. La tête, malgré l'alourdissement de la mâchoire
inférieure, est ridiculement petite : le canon artistique qui veut que la hauteur du corps représente sept fois la hauteur de la tête est dépassé, et au delà : le corps de cet individu mutilé a plus de sept têtes, il en a dix au minimum. Les bras sont démesurément longs, la main effilée, étroite, presque simienne. La peau, d'un noir sale, est plutôt grise, terreuse, que noire ; elle a perdu ce lustre, ce vernis dont la race nègre se montre si fîère. Le corps est maigre et le visage a conservé une apparence juvénile ^ La voix est restée d'un timbre élevé et les notes aiguës émises par ce gosier de géant causent une surprise sans cesse renouvelée. La barbe est absente, complètement. Cet homme a été mutilé par des traitants ; il avait quatre ou cinq ans à l'époque. La mutilation a été complète : l'appareil générateur a entièrement disparu. Examinons maintenant un autre mutilé : celui-ci est de race blanche, il est né à Péra. En 1876, il fut blessé en combattant dans les rangs des troupes turques, et un coup de feu qui lui emporta le testicule droit et endommagea grièvement le gauche a nécessité l'amputation des bourses et de leur contenu. Aujourd'hui cet homme approche de la soixantaine ; il a trouvé une place au sérail. Il est gros, de taille moyenne, sa démarche est nonchalante ; il avance comme les femmes, les pieds écartés, projetés en dehors. La région fessière, anormalement développée, donne à l'ensemble de la silhouette une apparence ovoïde.
1. Chez l'eunuque l'aspect du visage demeure immuable, stéréotypé en quelque sorte. De la puberté à la vieillesse l'expression de la physionomie reste la même, les sujets semblent toujours avoir le même âge.
Lorsqu'il parle, la voix est un peu chevrotante, cassée, comme le serait la voix d'un jeune garçon, aux approches de l'âge pubère. La barbe est rare, quelques longs poils clairsemés sous le menton et aux commissures des lèvres, les traits sont empâtés, les chairs flasques et sillonnées d'une multitude de petites rides qui donnent à ce castrat le . faciès flétri d'une très vieille femme.
Voici donc deux types d'eunuques, tous deux ont été mutilés, mais la castration a produit des effets différents chez l'un et chez l'autre. Pourquoi? Parce que le premier a été émasculé avant le développement de ses organes sexuels, et que le second était déjà homme lorsqu'il dut subir Famputation. Il en faut donc conclure, non seulement que le développement de l'individu est intimement lié à celui des organes delà génération, mais encore que ces mêmes organes exercent une action constante sur l'économie puisque leur privation aboutit à des transformations si profondes, même chez l'adulte.
Ainsi, la partie fondamentale de l'appareil sexuel, la glande testiculaire, n'a pas pour unique objet d'élaborer le liquide fécondant ; elle doit encore engendrer un principe vital qui, résorbé dans le sang ira, à travers les artères, déterminer l'orientation, morphologique de chacune des cellules du corps humain. Qu'on supprime cette glande et le type mâle^ privé de son organe essentiel, au lieu d'évoluer vers sa forme intégrale, se modifiera et se rapprochera insensiblement du type féminin par la mollesse des formes, par l'ampleur du bassin, par l'absence de barbe. C'est là du reste un fait d'observation connu de longue date, puisque Aristote disait dans ses
Problèmes que la mutilation qui fait des eunuques est la transformation d'un homme en femme.
Ailleurs, il s'exprime de façon encore plus catégorique : « Il suffit qu'une seule partie essentielle vienne à changer chez l'individu pour que sa constitution entière éprouve un changement de forme considérable. On peut observer cette transformation chez les eunuques, qui, par la modification d'un seul organe^ perdent si complètement leur ancienne forme et dont la tournure diffère si peu de celle d'une femme. Ceci ne s'explique qu'en admettant que certains organes sont des principes ; et quand le principe est modifié, il est nécessaire qu'une foule de ses conséquences soient également changées aveclui ^ »
A. Paré admettait cette action primordiale du testicule sur tout le reste de l'économie. Enfin, en 1762, Withof écriv ait : « Le sperme semble être comme une réserve constamment entretenue par la nature pour être résorbée par le sang et fournir à l'organisme la plus riche nourriture 2. »
Buffon reconnaissait également la haute importance de cette imprégnation de l'organisme par le suc testiculaire. Un peu plus tard Cabanis reprit les mêmes théories : « Les organes, disait-il, préparent une liqueur particulière, qui refluant dans la circulation générale lui donne une énergie nouvelle ^ »
Ajoutons qu'avant les dernières découvertes scientifiques sur ce sujet, il y avait deux théories en pré-