‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 94 sur 102 · Arist. Probl. X · texte numérisé non relu

Arist. Probl. X

mutilé en celle des êtres sans semence. Or l'enfant n*a jamais de varices ».

Tout ce que dirent au sujet des castrats les philosophes et les médecins grecs fit autorité en la matière pendant des siècles. Mais leurs écrits s'augmentaient, chemin faisant, de toutes sortes de fables, que la littérature du xvi^ et du xvii® siècle accueillit à l'aveugle, sans seulement en contrôler la valeur. Bodin, dans son Théâtre^ n'a-t-il pas prétendu que les eunuques étaient incapables d'avaler certains mets, par exemple les œufs durs ?

Nous laisserons de côté tous ces contes pour nous en tenir aux données de la physiologie ainsi qu'aux recherches récentes relatives aux eunuques, et aux particularités si curieuses de leur organisme. Il va de soi que les considérations qui suivent ne s'adressent pas spécialement aux médecins, car elles leur sont familières ; elles sont destinées à tous ceux, en général, qui s'intéressent aux problèmes physiologiques. Aussi nous sommes-nous efforcé de n'utiliser des termes techniques que ceux strictement indispensables.

Dans nos pays, il paraît assez malaisé de réunir les éléments nécessaires à une étude des effets de l'eunuchisme, les eunuques ne courant pas les rues. Le plus souvent, les malheureux qui pour une cause quelconque ont dû subir l'amputation chirurgicale des glandes testiculaires disparaissent, une fois guéris. Ils se soucient fort peu de se trouver de nouveau en contact avec leur médecin, et en général avec tous ceux qui sont au courant de leur infortune.

Mais il existe certains sujets que la nature a traités en marâtre, et qui sont, comme le disait saint

Mathieu, des eunuques de naissance. Du fait de leur constitution même, ces individus se trouvent normalement placés dans des conditions identiques à ceux qui ont été mutilés : ce sont des castrats physiologiques. Évidemment, les vrais eunuques de naissance c'est-à-dire ceux qui ne présentent aucune trace de verge ou de testicules sont rarissimes ; ce sont des curiosités tératologiques. Mais il est des dégénérés de souche alcoolique, tuberculeuse, ou le plus souvent syphilitique^ chez qui les testicules n'existent, pourrait-on dire, qu'à l'état virtuel : quelquefois, ils ne dépassent pas le volume d'un petit haricot. Le tissu normal de la glande y est représenté à l'état embryonnaire, et le plus souvent il est remplacé par du tissu fibreux : la glande ne subsiste pas plus que si le bistouri du chirurgien l'avait supprimée.

Chez d'autres, les testicules, au lieu de suivre leur évolution régulière sont restés inclus (cryptorchidie) dans la cavité abdominale, oii ils s'atrophient le plus souvent.

Pour ces différents sujets, la transformation qui s'effectue chez l'homme normal à l'époque de la puberté, lorsque les glandes génitales entrent en fonction, ne se produit pas. Le caractère mâle de l'individu ne s'affirme par aucune des transformations appréciables en pareil cas, mais par contre de multiples dystrophies organiques font de ces dégénérés un sexe à part, un troisième sexe, comme on l'a dit si justement, comparable aux eunuques.

A la suite de la castration, Tune des principales modifications que l'on observe porte sur le système osseux. Les membres, et surtout les membres inférieurs, grandissent davantage chez les castrats que

chez les autres individus du groupe ethnique auquel ils appartiennent^ mais ce qu'ils gagnent en longueur ils le perdent en solidité. Le membre inférieur a généralement de six à dix centimètres de plus que la normale.

Ces constatations, faites par Lortet sur un squelette d'eunuque rapporté d'Egypte, ont été reprises, depuis par Regnault, par Godard, par Teinturier, On les a notées également chez les animaux châtrés chez le chapon, chez le bœuf.

Aristote prétendait au contraire que l'eunuque augmente seulement en largeur pour toute croissance, car, disait-il, « il ne change que pour prendre la forme des femmes mariées ». Cet accroissement en largeur ne s'observe réellement que chez les individus châtrés après développement intégral de leur système osseux ; il est dû à un embonpoint anormal consécutif à l'opération. Cette erreur d'Aristote tendrait à prouver que de son temps la Grèce n'était pas encore le vaste entrepôt d'eunuques qu'elle devint dans la suite.

Mais la dystrophie osseuse n'atteint pas seulement les membres. L'ossification de la tête subit de son côté des altérations notables : son développement est inversement proportionnel à celui de la taille. La hauteur de la tête est plus petite ; il en est de même des diamètres antéro-postérieur et transverse. La castration a donc pour résultat de restreindre la croissance absolue du crâne dans ses trois dimensions principales.

Le cerveau est en conséquence plus petit et son poids moins considérable que chez un sujet normal. Le cervelet est également réduit de volume, d'où

Tétroitesse de la nuque si souvent observée chez les castrats. Cet arrêt de développement de l'ensemble du système nerveux central vient du reste à l'appui des mensurations prises par Huschke sur les animaux.

L'absence de sécrétion testiculaire provoque encore d'autres troubles organiques. En dehors de la déficience ou de l'atrophie de certaines glandes à sécrétion interne^ on a vu que la castration entrai" nait l'atrophie constante du larynx.

Mais les eunuques présentent encore une autre particularité non moins remarquable : c'est le développement rudimentaire du système pileux. La barbe, les poils du pubis et des aisselles font défaut chez les sujets castrés jeunes, et ils tombent en grande partie cliez l'adulte, après Pémasculation. Toutefois ce n'est pas là une règle absolue, et Pietro délia Valle qui '"ecueillit de la bouche même de Sarou-Taki-Khan le récit de sa mutilation ^ rapporte qu'il avait conservé une longue barbe blonde.

En règle générale, toutes les fonctions organiques sont retardées chez l'individu châtré. L'appareil digestif a des exigences moindres. Le cœur batégalement avec moins d'énergie. Fréquemment, il y a hypertrophie du tissu graisseux, ce qui vient à l'appui des expériences de Loisel relatives au rôle destructeur du testicule concernant ce même tissu, pendant sa période d'activité sexuelle. Les muscles en particulier sont envahis par la graisse, et cette rondeur des contours tégumentaires qui tend à disparaître chez l'enfant vers l'âge de dix ou douze ans pour faire place à des saillies musculaires plus accentuées persiste chez

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