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LE MÉDECIN THEOPHRASTE RENAUDOT FONDATEUR DU JOURNALISME* EN FRANCE

Une des figures les plus originales du xvne siècle est assurément celle du fondateur du journalisme en France, notre grand ancêtre : Théophraste Renaudot. Honoré de la faveur de deux grands ministres; conseiller, médecin ordinaire et historiographe du roi; commissaire général des pauvres du royaume; maître et intendant général des bureaux d’adresse, il remplit Paris pendant un quart de siècle, du bruit de ses œuvres et de ses luttes; pendant ce même temps, sa maison fut un centre où affluait une foule de satellites. Economiste éminent pour l’époque, il pressentit le premier en France, la puissance de la publicité, qui était alors totalement ignorée, et il la mit, sous toutes les formes que put lui suggérer son génie inventif, au service de ses contemporains. Philanthrope ardent, il sut doter Paris d’un ensemble d’institutions tel qu’on a peine à croire que ce soit là l’œuvre d’un seul homme.

Pour se faire une idée de cette œuvre vraiment merveilleuse de Renaud ot, écrit F. Hatin, dans la belle monographie qu’il lui a consacrée, il faudrait pouvoir se figurer ce que' serait la vie sociale si, par impossible, nous nous trouvions un beau matin sans journal, ni Bottin, ni aucun autre instrument d’information et de publicité, sans bureau de placement, sans hôtel des ventes, ni mont-de-piété.

Eh bien ! tout cela manquait à nos ancêtres, il y a moins de trois siècles, et tout cela leur fut donné par Renaudot seul !

Encore n’est-ce pas tout. Ce fut lui qui ouvrit le premier dispensaire — qu’il entretenait à ses frais - et le premier laboratoire public de chimie.

Enfin, il organisa, toujours sous son toit, dans la maison du Grand Coq, les premières conférences scientifiques, une sorte d’académie des sciences au petit pied, réputée, même par les ennemis de Renaudot « l’une des plus belles et des plus utiles institutions qu’il eût faites », et dont les Mémoire s, aujourd’hui encore, se lisent avec intérêt.

Voilà ce que Renaudot appelait naïvement ses « innocentes inventions. »

On a peu de détails sur les premières années de sa vie. On sait qu'il naquit à Loudun, en 1586, d’une

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THEOPHRASTE RENAUPOT

THÉOPHRASTE RENAUDOT

famille de bonne bourgeoisie. Après y avoir fait ses humanités, il fut envoyé, tout jeune encore, à Paris, pour y étudier la médecine, ce qu’il fit, assure-t-on, sous ta conduite d’un maître en chirurgie : tare ineffaçable aux yeux des médecins du temps. Autre sujet de dénigrement de la part de ses confrères : il ne soutint pas sa thèse à Paris, mais alla se faire recevoir docteur à Montpellier. Il n’avait que dixneuf ans, ce qui semble être la preuve d’aptitudes peu communes et d’une sérieuse ardeur au travail.

Ainsi muni de son diplôme, il voyagea plusieurs années, afin de perfectionner ses connaissances. Retourné dans sa province, il y exerça la médecine « avec toute la réputation imaginable en un homme de son âge. »

C’est en 1(512 qu’il vint s’installer définitivement à Paris, mandé, nous dit Hatin, par le roi ou par la reine régente grâce à l’intervention de Richelieu

qui, bien que n’étant pas encore le maître toutpuissant, pouvait être déjà un protecteur fort appréciable.

Le jeune Renaudot aurait dû cette faveur au Père Joseph, dont il avait fait la connaissance à Loudun et qui, ayant su découvrir dans ce jeune homme un sujet peu ordinaire, aurait engagé Richelieu à se l’attacher.

Quoi qu’il en soit, Renaudot reçoit, dès son arrivée à Paris, le titre de médecin du roi, avec un

traitement de 800 livres. Il entre d’emblée dans la vie active et s’apprête sans plus tarder à mettre à exécution tout ce qu’il a rêvé, tous les projets qu’il mûrit dans son esprit depuis son retour de l’ét ranger.

Et d’abord, il soumet au lieutenant civil le plan d’un établissement auquel il donne le nom de Bureaux d’adresse , où « il faisait voir que l’une des plus notables incommodités des sujets du roi, et qui en réduisait même plusieurs à la mendicité, procédait de ce qu’ils ne pouvaient aisément rencontrer les adresses de leurs nécessités, faute d’y avoir quelque lieu destiné à cet effet où les dits

sujets pussent avoir recours toutefois et quan tes que bon leur semblerait. »

Le projet, soumis au Conseil, fut, par sentence rendue au Châtelet, sur les conclusions du roi, reconnu « raisonnable pour le soulagement de la chose publique. » En même temps, était conféré à Renaudot le titre de Commissaire général des pauvres du royaume.

Cette institution, d’ailleurs, ne demanda pas moins de dix-sept années pour atteindre son plein développement, tant il y eut d’oppositions de toutes parts à sa mise en pratique, et cela malgré l’appui constant et l’approbation de Richelieu.

Cependant, à partir de 1630, on voit se multiplier partout les bureaux d’adresse; à l’origine simples

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