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TITRE D’UN LIBELLE CONTRE RENAUDOT

Renaudot, qui avait beaucoup voyagé, a pu, a dû certainement puiser l’idée première de sa Gazette dans les pays qu’il a visités; n’avait-il pas rapporté déjà d’Italie l’idée des Monts-de-Piété, qui y fonctionnaient, avant d’être introduits chez nous? Il en convient, du reste, avec son habituelle bonhomie : « Leur publication (la publication des Gazettes), dit en propres termes Renaudot, est en effet nouvelle, mais en France seulement, et cette nouveauté ne leur peut acquérir que de la grâce. »

Quand Renaudot était venu fixer sa résidence à Paris, il avait pu être frappé du nombre insolite de feuilles volantes, imprimées sous le manteau, qu’on lisait avec d’autant plus d’avidité qu’elles relataient de préférence les faits plus ou moins scandaleux, les « petits potins » comme nous dirions aujourd’hui, qui circulaient tant à ta Cour que sur la place publique.

Ce commerce avait pris un tel développement, qu’« il y avait une classe d’individus appelés nouvellistes, sorte de bohèmes littéraires, inventant le plus souvent des nouvelles à plaisir, qu’ils s’en allaient débitant çà et là, et qu’ils offraient imprimées au public, sous le nom de nouvelles à la main ».

Dans l’origine, nous apprend Hatin, les nouvellistes se bornaient à se communiquer les nouvelles qu’ils avaient recueillies, chacun de son côté, ou

THÉOPHRASTE RENAUDOT

tirées de leur imagination; puis, se séparant, ils les répandaient de vive voix par la ville. Mais bientôt on en était venu, dans la plupart des cercles, à en tenir registre; on en discutait la valeur, et si elles le méritaient, on leur donnait place dans une sorte de Journal, dont les copies manuscrites étaient répandues à profusion dans Paris... Le commerce s’en était même, à la fin, régularisé, autant que le permettait leur nature clandestine.

Chaque cercle avait son bureau de rédaction et de copie, ses correspondants en province; et les gazettes manuscrites, ou gazetins, comptaient un grand nombre d’abonnés, auxquels on les adressait, moyennant une somme qui variait suivant le nombre de pages qu’elles comportaient : de là au journal, il n’y avait qu’un pas : ce fut Renaudot qui le franchit.

Ces feuilles volantes elles-mêmes étaient-elles une innovation? Nous l’avons cru jusqu’au jour où nous fut révélé un précurseur, bien inattendu en cette matière... Saint François de Sales!

Dans les premiers temps de son apostolat, François de Sales, ne pouvant se faire entendre des réformés, se déterminait à distribuer, dans son diocèse, des feuilles volantes, où se trouvaient résumées les doctrines qu’il avait plus amplement développées dans ses œuvres ou dans ses sermons. La publication des Controverses, commencée en jan-

vier 1595, interrompue un certain temps, puis reprise vers lia tin de cette même année, fut de plus en plus espacée l’année suivante, pour disparaître complètement au cours de 1596. Nous n'avions, sur ce sujet, que de vagues informations, lorsque nous eûmes l'idée de recourir à l’obligeance d’un bibliophile collectionneur, M. Georges Vallée, qui nous mit en relations avec un de ses amis, Mgr Piccard, Président de l’Académie Chablaisienne, à Thonon, auteur de plusieurs ouvrages importants sur Saint François, et possesseur d’un grand nombre de documents sur la famille du saint, à laquelle sa propre famille se trouve alliée. Et voici la lettre, de haut intérêt, que Mgr Piccard voulut bien nous faire tenir et qui nous apporte toutes les précisions souhaitables.

« François était encore au château des Al linges, d’où il descendait à Thonon pour prêcher le plus souvent possible. Il fréquentait en même temps le château de Marcloz (à 3 kil. de Thonon), alors habité par noble Charles de Vidomme, seigneur de Charmoisy, son parent... D’après la tradition, ce fut ce seigneur de Charmoisy qui suggéra à l’apôtre la pensée d’écrire à MM. de Thonon les raisons qu’ils ne voûtaient écouter, parce qu’on lirait certainement, par curiosité (surtout les femmes), les écrits catholiques condamnés par les ministres protestants. François réfléchit quelques jours et se décida

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