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SAINT FRANÇOIS DE SALES

THÉOPHRASTE RENAUDOT

(il

à entreprendre le journal, le 7 janvier 1595, tout en disant qu’il eût oréféré estre ouy, car les paroles en bouche sont vives, et sur le papier elles sont mortes. Il écrivit donc des lettres à MM. de Thonon, renfermant la défense de la religion catholique, et la réfutation des doctrines protestantes. Ses amis, le seigneur de Charmoisy, Claude Marin, procureur fiscal, le juge-mage, Claude d’Orlier, Mme Dufoug du Money et autres, en faisaient force copies, qu’ils distribuaient dans les familles, ou qu’ils collaient aux murs des rues et des places publiques. Ces feuilles éparses, écrites ou composées pendant deux ans environ, ont fourni le livre des Controverses... »

Devrons-nous en conclure qu’il faille déposséder Renaudot de son titre de premier journaliste français, pour le conférer à François de Sales, qui a été sacré, par la première autorité morale du monde, par le Souverain Pontife en personne, dans une récente Encyclique, « le patron des journalistes chrétiens? » A ne considérer que les dates, on serait assez porté à reconnaître en François de Sales un précurseur de Renaudot; mais François de Sales lui-même a eu des devanciers, et ce fut pour nous une révélation, qui le sera sans doute pour nos lecteurs.

Avant Saint François, il a existé un véritable journal, imprimé celui-là, et non manuscrit; l’analogue de notre Journal Officiel, mieux encore de

notre Bulletin des Armées (1). C’est à la sagacité, toujours en éveil, de M. Ch. de La Roncière, un des conservateurs de notre grand Dépôt de livres national, que nous sommes redevable de ce renseignement.

Or donc, il y eut un premier essai de publication périodique, dans notre pays, en Van 1494, et ce premier Bulletin naquit à l’occasion de l’expédition de Charles VIII en Italie.

Il dut paraître, bien qu’il ne soit pas daté, dès les premiers jours de novembre 1494, puisque les nouvelles les plus récentes qu’il donne des troupes en campagne, sont des premiers jours dudit mois, entre le 1er et le 9.

L’ensemble de ce Bulletin présentait la situation de l’armée et du roi comme satisfaisante : de nos trois adversaires, l’un, Florence, avait déjà traité: le deuxième, Alexandre VI, essayait d’entrer en négociations; le troisième, la Maison d’Aragon, se montrait toute disposée à acheter la paix. Quant à nos Alliés, ils nous restaient généralement fidèles, et les Vénitiens, malgré la sollicitation de Naples, conservaient la neutralité.

Comment ces feuilles, qui circulaient de mains en

1. Cf. Campagne et Bulletins de la Grande Armée d’Italie commandée par Charles VIII (1494-1495), par J. de la Pilorgerie. Nantes et Paris, 1866; cote de la B. N. Lb. 28 34.

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mains, dont l’impression et le papier étaient des plus défectueux, ont-elles échappé si miraculeusement aux chances de destruction qui ont anéanti le reste de l’édition? Elles furent découvertes, tout à fait fortuitement, dans un livre à reliure ancienne jointes à un exemplaire des poésies de Jehan Meschinot, imprimées en caractères gothiques vers ta fin du xvc siècle. Ce livre précieux est conservé à la bibliothèque de Nantes.

Meschinot était un poète breton, attaché, en qualité de maître d’hôtel, aux derniers ducs de Bretagne, puis à La duchesse Anne, devenue reine de France, princesse éminemment lettrée. Ces feuilles volantes sortaient, présume-t-on, des presses de Paris, et probablement aussi, de celles de Tours, Rouen et Orléans. Ce sont, jusqu’à présent, tes premiers documents connus, publiés par le gouvernement français, pour défendre sa politique et diriger l’opinion publique dans le sens où il voulait ta conduire.

Lorsqu’on songe qu’il n’y avait, à cette époque, aucune communication officielle et régulière, entre le pouvoir royal et tes grands Corps de l’Etat, tels que le Parlement et la Chambre des Comptes, restés à Paris, tandis que la Cour avait son siège à Moulins; si l’on imagine, d’autre part, que les nouvelles d’un pays lointain comme l’Italie, n’arrivaient en France qu’à l’état de rumeurs; que des bruits,

habilement exploités, grossis et colportés dans les provinces, jetaient dans une profonde anxiété les mères et les épouses, qui n’avaient à espérer aucune lettre rassurante de leurs fils et de leurs maris, en danger loin d’elles - — ne pas oublier que le service des postes était alors très rudimentaire ! — on devine avec quelle avidité étaient dévorées par la curiosité publique les nouvelles qu’apportait ce Bulletin qui, tout en restant dans les généralités, tenait au courant de la marche de nos troupes, de leurs succès ou de leurs revers. Ce n’était évidemment là qu’un essai encore informe de journalisme; il appartient sans conteste à Théophraste Renaudot d’avoir perfectionné cet instrument, d’avoir montré ce que pouvait être, entre des mains habiles et puissantes, cet organe de diffusion qui conférait, à celui qui en disposait, une sorte de main-mise sur l’opinion.

Que le journalisme ait eu son incubation à Rome, dans les Acta diurna (1) ou Tabulæ publicæ; qu’il

1. Les Acta diurna remplacèrent les Grandes Annales dont il est question dans la note suivante. Contrairement à celles-ci, les Acta diurna avaient surtout un caractère politique : César ordonna que les travaux de la haute assemblée y fussent quotidiennement enregistrés et publiés. En dehors de ces renseignements officiels, on pouvait lire, dans ces Acta « tout ce qui pouvait exciter la malignité : description des fêtes, rivalités du cirque, chute des acteurs, etc. ». Livie faisait consigner dans les Acta le nom des sénateurs, et même des gens du peuple qui avaient été admis à lui

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ait germé dans les Annales Maximi, dirigées par le Grand-Pontife, faisant office, si l’on peut dire, de rédacteur en chef (1); que, longtemps porté par l’Italie en une laborieuse gestation, il ait vu le jour au xvie siècle de l’ère chrétienne, dans les imprimeries de la cité des Doges; que les Chinois, qui nous ont devancés dans la découverte de la poudre à canon, de la boussole et de la porcelaine, nous aient montré la voie, en fondant un quotidien et une revue, dès l’an 400 après J.-C., revue qui, après plus

présenter leurs hommages. Agrippine en agit de même. Quant à Tibère, il faisait écrire ou écrivait lui-même dans ces recueils tout ce qui favorisait ses vues ou sa domination. L’empereur Commode ne craignait pas d’y insérer le récit de ses cruautés et de ses infamies. Les Acta furent publiés, pour la première fois, en l’an de Rome 694; ils disparurent avec le dernier Empereur.

1. De nombreux documents ont été recueillis, qui concernent les Annales des Pontifes ou Grandes Annales; on les nommait encore Annales publiques ou Annales de la Nation, parce que le Grand-Pontife était quelquefois appelé « Pontife public du peuple romain ». C’est par ces titres divers, qu’elles se distinguaient soit des annales particulières des villes et des familles, soit des nombreux ouvrages, en prose ou en vers, composés sous cette même dénomination. Les deux plus anciens fragments qui font mention de ces Annales . des Pontifes sont, l’un de Caton le Censeur, l’autre de Sempronius Asellio. C’est pour conserver les souvenirs publics que, dès les premiers temps de Rome jusqu’à Mucius, le Grand-Pontife recueillait tous les événements contemporains intéressants, de quelque nature qu’ils fussent, pour les transcrire sur une table blanchie, exposée aux yeux des passants, dans le vestibule de sa maison. ( Les journaux dans V antiquité, d’après une étude de M. Henri Vuagueux).

de quinze siècles vit encore (1), il n’en reste pas moins à Reiiaiiclot 'le mérite d’avoir pressenti l’importance de la publicité, et de l’avoir, sous toutes les formes que lui suggéra son esprit inventif, mise au service de ses diverses créations.

C’est ainsi que le Bureau d’adresse qui, à l’origine ne devait être qu’une sorte de bureau d’information et de placement, prit, comme nous l’avons vu, de par l’ingéniosité de son créateur, une extension considérable.

1. Il s’agit du Tling-Tchao, cette vénérable Gazette de Pékin , plusieurs fois centenaire. Si nous ne savons rien ou presque des origines du journal eii Chine* par contre nous sommes mieux instruits sur l’ancienne Egypte. D’après les derniers travaux de M; Eug. Révillout* lé savant égyptologue dû Musée du Louvre, ce Müséé possède Un certain nombre de papyrus, dont l’un date du règne de Thoutmès III (1750 ans avant J.-C:)> Hérodote nous avait déjà fourni des extraits de « journaux satiriques », contemporains des Pharaons. Il se publiait, sous Arnasis, après l’invasion de l’Egypte par Nabuchodonosor et le renversement d’Apriès, un Journal de la Cour , sorte de << libelle, que les mécontents se passaient de l’un à l’autre, et qui rapportait les marivaudages de la ville* les promenades nocturnes et les orgies du Roi sur les bords du lac Maris ». Il avait pour principal rédacteur, « un scribe subalterne du palais* que les banquiers juifs se chargeaient de payer richement; il avait pour mission apparente d’amuser le public mondain* mais le but réel auquel il devait atteindre C’était d’exciter là haine des vieux partis ». On sait, d’autre part, que les Babyloniens avaient, eux aUssi, leurs historiographes chargés d’écrire, jour par jour* le récit des événements publiés. Dans l’ancienne Grèce existaient également dès Épkérhérido *, sur lesquels on ne possède aucune information précise.

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A côté des dispositions spéciales, pour les malades indigents* que lions avons relatées plus haut, le Bureau rédigeait un prospectus contenant l’exposé « d’expériences curieuses, de remèdes nouveaux, l’annonce du traitement des maladies secrètes », etc.

Moyennant trois sols* chacun pouvait se renseighef ou faire annoncer ce qu’il désirait. Le Bureau se chargeait, par ses affiches et « billets », de donner la publicité nécessaire à toutes les offres et demandes; ne doit-on pas voir là l’ancêtre de nos Petites Affiches , le berceau de la réclame commerciale?

« Du quinzième siècle au dix-septième siècle, nous apprend Franklin (1), nos journaux, nos avis divers* nos lettres de faire-part, tout ce qui constitue aujourd’hui la publicité, était représenté par les crieurs* fonctionnaires publics assermentés, qui* Une clochette à la main, s’en allaient crier par les rues. Ils annonçaient les décès* les réunions de confréries, les personnes disparues* les marchandises à vendre, les objets perdus, etc.

Les premières affiches dont notre confrère Bouvet (2) ait trouvé trace, sont celles opposées, en 1575* par Bernard Palissy, le génial « inventeur des

1. Alf. Franklin, Dict. historique des arts, métiers et professions, art. Publicité.

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