‹ Les évadés de la médecineChapitre 38 sur 117 · Corresp. citée, p · texte numérisé non relu

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CLAUDE PERRAULT

apprend qu’il a fustigé de ses épigr animes son médecin Perrault.

C’est en dernière ressource, après avoir essayé de tous et de tout sans grand succès, que Boileau aurait réclamé l’assistance de Cl. Perrault. Celui-ci, fier de la confiance qui lui était témoignée, avait pratiqué hardiment une saignée qui, contre toute attente, augmenta l’oppression du malade. Aussitôt ta verve du satirique se donna libre carrière, à la fois contre la médecine et contre le médecin :

« Ce très grand ennemi de ta santé et du bon sens, écrit-il en parlant de Perrault, ne s’était-il pas avisé de se métamorphoser en architecte? Sans doute, le peu de gain qu’il a fait dans son métier lui en a fait embrasser un autre. Il a lu Vitruve (1), il a fréquenté M. Le Vau et M. Ratabon et s’est enfin jeté dans l’architecture, où l’on prétend qu’en peu d’années, il a autant élevé de mauvais bâtimens qu’estant médecin il avait ruiné de bonnes santés. »

Mais Boileau laissa bientôt percer le bout de l’oreille. « Ce nouvel architecte, qui veut se mesler aussi de poésie, m’a pris en haine sur le peu d’estime que je faisais des ouvrages de son cher Qui-

1, Il l’avait même commenté. (Cf. Vitruve, Les dix livres de V Architecture, avec les notes de Perrault, nouv. édit, revuje par Tardieu et Coussin fils, avec pl. 94, 1859, 2 vol. in-4.)

nault. Sur cela, il s’est déchaîné contre moi dans le monde. » (1 )

La vérité est qu’encadré de ses deux frères, l’un receveur des finances, l’autre académicien, ce dernier très en faveur auprès du ministre Colbert, le médecin Perrault n’était pas un adversaire négligeable. Les Perrault, fort bien en cour, représentaient une cabale difficile à vaincre.

Boileau, par contre, perdait tous les jours de son crédit. Nous en avons la preuve, en parcourant ces pièces officielles que sont les listes de gratifications et pensions aux gens de lettres, qui figurent dans les Registres des comptes des Bâtimens du Roi .

Depuis 1644 jusqu’à sa mort, c’est Chapelain qui guide les libéralités du roi et de son ministre : aussi touche-t-il seul 3.000 livres qu’on paie encore en 1674 à ses héritiers. Cette même année, Racine touche 1.500 livres, juste autant que Quinault et que le médecin Perrault.

Charles Perrault qui va succéder à Chapelain dans la confiance de Colbert, est à 2.000 livres; c’est seulement en 1677, quand il a fait neuf satires et sept épîtres, quatre chants du Lutrin -et son Art poétique, que le roi donne 2.000 livres « au sr Despréaux, en considération de son application aux belleslettres ».

1. Correspondance entre Boileau et Brossette , édit. Laverdet. p. 373.

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