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LE MÉDECIN DENIS PAPIN INVENTEUR ET CUISINIER

Sans doute a-t-on oublié La polémique, d’ailleurs pacifique, qui mit jadis aux prises un de nos plus distingués astronomes, M. Charles Nordmann, et M. Pierre Gringoire, qui dirigeait avec une maîtrise incontestée, une revue culinaire, oserons-nous dire, particulièrement goûtée.

Le premier reconnaissait que- Denis Papin s’est livré, sans aucun doute, à des expériences sur la conservation des fruits, sur les moyens de cuire les viandes en peu de temps et à peu de frais; mais que ce n’est que comme prélude à ses recherches sur la machine à vapeur, qui restent le plus essentiel de ses mérites; à quoi répliquait le second, par des textes de Papin lui-même, établissant, selon lui, que l’illustre inventeur s’est occupé de cuisine, et qu’à ce titre peut le revendiquer l’honorable corporation des marmitons et maîtres-queux.

Avant d’entrer au vif du débat, permettez-nous d’établir en quelques lignes le curriculum vitæ du

savant blésois, de montrer à quel titre il nous appartient; après quoi, nous vous présenterons l’inventeur non seulement du Digesteur, propre à « amollir les os et à faire cuire toutes sortes de viandes », mais de bien d’autres machines ou appareils qui ne lui sont généralement pas attribués, et dont la simple justice exige qu’on lui restitue la paternité.

Denis Papin est originaire de Blois. Sa famille s’est fixée dans cette ville dès le xiv° siècle; elle avait été anoblie au xvne, en la personne du père de Papin, qui est qualifié de noble homme dans un .acte de baptême. On a retrouvé le nom de Denis Papin lui-même accompagné de la particule dans certaines pièces.

Les Papin avaient embrassé le calvinisme et occupaient, héréditairement, selon l’expression d’un biographe, les dignités électives de l’église réformée. Denis Papin ne faillit point à cette tradition famb liale; et, de même que ses ancêtres avaient été « conseillers preshytéraux » à Blois, Denis Papin le fut, lui aussi, à Marbourg et à Cassel, où il passa les dernières années de sa vie.

On ne sait rien ou presque rien de son enfance. On présume qu’il fut élevé chez les Jésuites; il est possible aussi que son père ait, en grande partie, dirigé son éducation. Un professeur de Montpellier, faisant allusion à une terre du pays blésois, assez

PENIS PAPIN

DENIS PAPIN

analogue à la terre sigillée de Lemnos, alors très réputée, s’écriait, en 1643 : Terrain blesensem, terrain medicam atque mcdicornm! Cela prouve, apparemment, que la carrière médicale attirait nombre de jeunes gens de la région.

Denis avait d’autres raisons de la choisir. Ses alliés maternels, les deux Du Four, son oncle Nicolas, l’avaient parcourue avec plus ou moins d’éclat et il pouvait espérer, en leur succédant, acquérir une situation non moins enviable.

Il avait de 16 à 17 ans, lorsqu’il fut envoyé à l’Université d’Angers, pour y suivre des cours de médecine. Il semble bien avoir pris tous ses grades dans cette Université.

On a cru, pendant un temps, qu’il avilit couronné ses études à Paris, mais son nom ne figure pas sur la liste publiée en 1752 et qui comprend tous les noms des gradués dans cette Faculté, à partir de l’année 1539. On a supposé ensuite qu’il était allé se faire recevoir à Orléans; mais une déclaration autographe, découverte dans les archives de F Académie d’Angers, a dissipé à cet égard les derniers doutes.

Voici cette pièce capitale, dont nous empruntons le texte à un ouvrage (1 ) d’une rareté insigne, qui nous a été fort obligeamment communiqué par

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