‹ Les évangéliairesChapitre 26 sur 28 · ET EXTÉRIEURE DES EVANGÉLIAIRES · texte numérisé non relu

ET EXTÉRIEURE DES EVANGÉLIAIRES

La piété chrétienne mit de bonne heure de la magnificence et du luxe dans la confection des livres liturgiques, les écrivains et copistes se recrutant presque exclusivement dans les monastères. Prenant ici pour point de départ le temps de Charlemagne, nous nous contenterons de signaler le monastère de Saint-Martin de Tours, renommé grâce à la direction qu' Alcuin lui donna, les écoles de Saint-Gall, de Metz, de Reims, d'Orléans, etc., l'abbaye de Corbie, etc., etc.

Les Evangéliaires, en particulier, eurent part à cette distinction où l'art le dispute à la richesse.

( I ) Dict, d' Archéologie chrétienne et de Liturgie, I, col. 1 077-

(2) Pour plus de détails, voir D. Guéranger sur les ornements des livres liturgiques. — Institutions liturgiques, III, p. 3i et ss. ^

LES ÉVANGÉLIAIRES Io3

D. Martène signale un Evangéliaire en vélin pourpré, offert à saint Angilbert par Charlemagne, conservé plus tard dans l'abbaye de Saint-Riquier et aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale. Au IX® siècle, les premières pages des évangéliaires sont assez souvent teintes en pourpre ; ce genre de luxe ne paraît pas s'être étendu au-delà du X® siècle, l'Evangéliaire de Lieutold est un des rares échantillons qu'on retrouve au xn^.

A ce genre de richesse se joignit celui d'écrire avec de l'or et de l'argent sur des pages aussi précieuses : témoin, l'évangéliaire de Charles de Rohan-Soubise, à la Bibliothèque nationale, écrit avec titre et rubriques en or. D'autres évangéliaires, avec quelques pages seulement en couleur sont écrits en lettres d'or dans toute leur étendue ; tels l'évangéliaire de Saint-Martin des Champs à la Bibliothèque de l'Arsenal et d'autres encore. Un nombre plus considérable porte de ces lettres d'or ou des encadrements dorés pour les premières pages, pour les initiales grandes et petites : cette magnificence de l'or s'élève à son plus haut degré pendant la période carlovingienne, on ne la retrouve plus, sauf de rares exceptions, pendant les xr, Xll^ et xm^ siècles ; le xrv® en ramène l'usage comme ornement des lettres et est imité sur ce point par les XV® et xvr.

Le dessin et la peinture furent e mployés égale-

I04 LES EVANGELIAIRES

ment pour embellir et animer leslivres liturgiques ; les calligraphes eurent l'idée d'orner avec un soin particulier les initiales des textes. D'abord on se servit du langage symbolique ; M. Lecoy de la Marche {Manuscrits et miniaticre , p. 120.) appelle cette période la phase hiératique, pour la distinguer de la période ultérieure, phase naturaliste, où l'artiste copiera la nature. Déjà au vn® siècle le Miss aie p7^ancorum, le Mis sale Gothicum et le Sacrainentariuut GallicamcjnpTès^ntç^nt^ au commencement de certaines préfaces ou oraisons^ des lettres timidement ornées de fleurons et d'oiseaux ; l'Evangéliaire de la Bibliothèque Cottonienne montre aussi cette intention d'orner les initiales chez les calligraphes anglo-saxons. Mais bientôt on mit à contribution la nature entière pour enjoliver les lettres principales : souvent en tête d'un évangéliaire, la première lettre s'étend sur les deux tiers de la partie supérieure de la page, s'échappe en filigrane jusqu'au bas, puis viennent les autres lettres qui composent le mot ou la phrase, disputant entre elles de richesse et d'ornement ; quelquefois même, le prolongement de la lettre initiale court le long de la marge inférieure et remonte à droite pour former une sorte d'encadrement.

Pour animer et vivifiçr ces lettres initiales et capitales, l'idée vint d'y représenter des édifices, des personnages et même des scènes entières.

LES EVANGELIAIRES lOD

Dans les Evangéliaires, on commença par les canons d'Eusèbe, qu'on était dans l'usage de joindre au texte sacré (ces canons sont une espèce de concorde en chiffres qui permet de retrouver^ d'un seul coup d'oeil, les faits et paroles du Christ sur lesquels les Evang-élistes se rencontrent, Cf. aligne, P. G., tom. 22 ). La nécessité d'établir ces tableaux S3'noptiques sur plusieurs colonnes donna naissance au dessin d'un portique avec arcades et colonnes dans lesquels s'exerça le pinceau de l'artiste : les canons s'étendent quelquefois sur vingt ou vingt-cinq pages avec des encadrements variés. Les Evangéliaires les plus remarquables en ce genre sont, au IX" siècle, ceux de Saint-Médard de Soissons, de l'église du Mans, de Hautvillers. Cette coutume disparut quand s'établit la pratique de mettre, dans les Evangéliaires, les seuls passages évangéliques destinés à être lus à la messe ; toutefois les calligraphes du xil" siècle voulant transcrire un évangéliaire selon la forme première y ramenaient les canons ; ainsi fit le moine Lieutold dans le beau manuscrit de la Bibliothèque de Vienne. A ce mode d'ornementationserattachentles compositions d'architecture, puis les vignettes de l'époque carlovingienne : on en trouve un spécimen à la première page de saint Marc sur l'Evangéliaire de Claude Fauchet, à la Bibliothèque Nationale.

Au XEir siècle et même auparavant, le dessin,

de symbolique qu'il était primitivement, devient naturaliste ; les enlumineurs et miniaturistes ne se contentent plus des bordures à feuillages, fleurs et fruits, ils peignent des sujets historiques, reproduisent des personnages, font des tableaux et des scènes. Sur l'Evangéliaire de Saint-Médard de Soissons, déjà signalé commeétant du ix'' siècle, à la première page de saint Luc, le Christ est représenté à l'initiale du mot QîLomant; la troisième lettre du même mot présente la scène de la Visitation de la sainte Vierge. On rencontre de ces exemples dans toute la période des manuscrits ; mais les merveilles de la miniature appartiennent au XIV^ siècle, où le dessin est devenu plus correct, l'art d'appliquer les couleurs plus perfectionné : ainsi dans l'Evangéliaire de la Bibliothèque Nationale, relié en vermeil, chaque évangile a sa grande lettre ornée avec des personnages.

Cette perfection va jusqu'à reproduire les traits des grands de l'époque, et nous devons aux livres du service divin la conservation d'un grand nombre de portraits historiques qui, sans eux, ne seraient jamais arrivés jusqu'à nous. Les donateurs de ces beaux manuscrits, les personnages auxquels ils étaient offerts, les artistes qui les exécutaient y figurent tour à tour : tels sont Charles le Chauve sur l'évangéliaire de Saint- Emmeran de Ratisbonne, Henri III et l'impératrice Agnès sa femme, Conrad le vSalique et Gisèle,

LES EVANGELIAIRES IO7

sur celui de l'Escurial ; la comtesse Mathilde sur son évangéliaire à la Bibliothèque A^aticane. wSi l'on voulait suivre, siècle par siècle, l'œuvre des miniaturistes, il faudrait citer encore : pour le ]X^, les évangéliaires de Saint-Médard de Soissons, de Saint-Emmeran de Ratisbonne, de Hautvillers, de Lothaire, de l'église du Mans, etc. ; pour le X®, l'évangéliairegrec conservé à Florence dans la Bibliothèque de la Badia, celui de la Bibliothèque Nationale signalé par D. Montfaucon, et qui présente, sur fond d'or, les quatre évangélistes d'un dessin remarquable ; pour le xr, l'évangéliaire donné par la comtesse Mathilde à l'abbaye de Saint-Benoît de Mantoue, d'où il a passé à la Vaticane ; pour le xir, deux évangéliaires grecs du Vatican, J'évangéliaire du moine Lieutold ; pour le xiir siècle, l'évangéliaire de Saint-Martial de Limoges dont deux sujets, les Rois Mages devant Hérode et la fuite en Egypte, rivalisent avec les meilleurs vitraux du temps ; pour lexiv'^, l'évangéliaire de Jean d'Oppaw en AUemaofne. Enfin le xv'^ siècle est l'âofe d'or de l'enlumineur, mais l'ornementation passe des évangéliaires aux missels pléniers, aux bréviaires, et dès lors nous n'avons plus à nous en occuper ici(i).

(i) Pour avoir une idée des merveilles que la peinture a confiées aux manuscrits durant tout le moyen âge, il faut consulter le P . Cahier : Mélanges d'archéologie^ articles parus

La magnificence parut aussi dans la reliure des manuscrits et pour en donner quelque idée il faut distinguer trois classes d'ornements ; les plaques d'ivoire ciselé, les lames d'or ou d'argent, les pierres précieuses. L'emploi des tablettes d'ivoire semble dérivé des anciens diptyques consulaires (on désignait sous ce nom des plaques d'ivoire sur lesquelles était gravé en relief le personnage revêtu de la dignité de consul avec les insignes de sa prérogative, entre ces plaques on pouvait insérer des mémoires ou cahiers d'autres écritures). L'Eglise adopta ces sortes de reliures pour le sen^ice liturgique, en particulier pour les évangéliaires qui devaient être déposés sur l'autel ; l'art chrétien s'attacha à dessiner sur ces ivoires des scènes et des symboles chrétiens. On peut citer pour mémoire, au ix® siècle, l'ivoire qui orne un des côtés de l'évangéliaire de Lorch à la Vaticane, ceux qui servent de reliure à l'évangéliaire n° 99 de la Bibliothèque Nationale ; au x^ siècle, les ivoires de l'évangéliaire d'Epternach, dont un se trouve à Paris (musée de l'hôtel de Cluny) ; au Xl* siècle, la célèbre couverture de l'évangéliaire de Besançon. Pour fixer les plaques

au tome XVIII des Annales de philosophie chrétienne, puis réunis en volume ; et aussi la publication de M. le comte de Bastard sur les Peintures des manuscrits depuis le vin* siècle jusqu'au xvi*.

LES EVANGELIAIRES lOÇ

d'ivoire, on dut employer un métal plus solide, comme sont l'or et l'argent ; mais la piété de nos pères formabientôt des reliures complètes avec des lames de ces métaux précieux. Il faut mentionner dans ce genre l'évangéliaire gothique d'Ulphilas, appelé Codex argenteics , à cause de sa reliure même, les évangéliaires de Saint-Médard de Soissons et de Saint-Emmeran de Ratisbonne, déjà plusieurs fois signalés, l'évangéliaire de Saint- Eusèbe de Verceil, l'évangéliaire dit de saint Louis, venu delà Sainte-Chapelle. Quelquefois les reliures sont formées d'une plaque d'or et d'une plaque d'argent, on les appelle du nom spécial de Codex ou Textîcs diîJtidiîLS . Enfin on enchâssa des pierresprécieusesdansla couverture de cesLivres. « C'est avec raison, dit l'abbé Rupert (de Divinis Officus, \iY. 2, ch. 23), que les livres de l'Evangile sont décorés d'or, d'argent et de pierres précieuses, car en eux reluit l'or de la sagesse céleste, en eux brille l'argent d'une éloquence fondée sur la foi, en eux éclatent les pierres précieuses des miracles, de ces prodiges opérés par la main du Christ, par ces mains qui, selon la parole du divin Cantique (i), sont d'or faites au tour et pleines d'hyacinthes. » Ajoutons à ces motifs, la coutume d'exposer le livre des Evangiles sur l'autel, de le placer dans les conciles sur un trône au milieu de

(i) Cant. cantic, v, 14.

IIO LES EVANGELI AIRES

la salle des séances, de le porter solennellement dans les processions, de le donner à baiser au clergé.

Quelquefois on alla jusqu'à incruster dans la reliure même, au milieu des pierreries, de précieuses reliques : tel Didier du Mont-Cassin, enchâssant du bois de la vraie Croix et un morceau du vêtement de saint Jean l'évang-éliste sur un évangéliaire auquel il avait prodigué les plus riches ornements.

Article IV. — Cérémonial observé dans la

LECTURE ou LE CHANT DE Jl^'EVANGILE.

Nous avons vu ce qu'était ce cérémonial d'après les deux premiers Ordines Romani ; Catalani, liturgiste du XVIII^ siècle (i)^ va nous dire ce qu'il a recueilli dans Amalaire, dans Innocent III, chez d'autres encore, comme D. Martène, le cardinal Bona, etc., tous fidèles à consigner les traditions liturgiques de l'Eglise.

D'après Amalaire (de Ecclesiasticis OfJicïîS, Migne, P. L., tom. 105, col 11 12 etss.), l'Evangéliaire est porté solennellement à Tautel par le sous-diacre, dès le commencement de la messe pontificale. Innocent III (de Mysteriis Mtssœ, Migne, P. L., tom. 217, col. 802 et ss.) fait cette remarque : « Le sous-diacre porte alors l'Evangé-

(i) Catalani, de Codice Evangelii, Liv. 11, ch. 12 et ss.

LES EVAXGELIAIRES III

liaire fermé ; il est dans cette action le type de saint Jean Baptiste qui prépara les voies à l'évangile ; il indique en même temps que, selon le mot de l'Apocalypse, ch. v, v. 4, le livre des Evangiles est une parole scellée, qu'il peut être ouvert seulement à l'autel et par le Christ lui-même ou le prêtre son représentant. Après avoir récité les prières: lutroibo, etc., le prélat s'approche de l'autel, le baise, et alors on lui présente aussi à baiser le commencement du texte évangélique qui sera chanté un peu plus tard parle diacre, A ce moment, d'après un Cérémonial de l'église de Reims, l'archidiacre disait : Hœc est lex saucta, Pater, et l'archevêque répondait : Credo et confiteor. Amalaire dit ensuite que l'Evangéliaire est déposé sur l'autel et qu'il y reste jusqu'à ce que le diacre vienne le prendre pour le chant de l'Evangile ; cette pratique a reçu une modification : le diacre, un peu avant de chanter l'Evangile, apporte lui-même sur l'autel le livre contenant le texte sacré, et c'est là qu'il viendra le reprendre après avoir récité, à genoux, la prière : Munda conneuui, etc.. Lorsque le moment est venu, une prescription de l'Ordo romain veut que le diacre aille au préalable baiser les pieds du prélat, qu'il reçoive sa bénédiction, se rende à l'autel, et qu'ayant baisé l'Evangéliaire, il l'élève ensuite entre ses mains. De nos jours, le diacre va baiser l'anneau du pontife, vient se mettre à genoux sur

les marches de l'autel pour réciter : Mnnda cor, prend le livre des Evangiles et vient demander la bénédiction.

Ce dernier rite, dit Catalani, est général et partout reçu ; ce qui varie, ce sont les formules mises sur les lèvres du diacre et du pontife. Aux termes du Missel romain, Rubriques générales, le diacre doit dire :Jube, Doinne, benedicere, et Catalani fait observer une différence dans les termes dont se servent le prêtre et le diacre.

Le célébrant, évèque ou prêtre, demande aussi labénédictionavantdelirel'Evangile, mais s'adressantàDieu, Souverain et Maître universel, il dit : Jubé, Domine, benedicere ; le diacre, parlant non immédiatement à Dieu mais à son représentant, dit : Jubé, doinne. Saint Pierre Damien explique pourquoi cette formule : Jubé, domne, benedicere, de préférence à cette autre : Dontne, benedicito, qu'on lisait dans la liturgie de Venise. C'est, dit-il, que : Lecturus inagnœ humilitatis gi^aiia, noîi a sacerdote sed ab eo cui sacerdos jus— serit se postttlat benedici. D'après l'abbé Rupert, cette bénédiction est donnée au diacre qui va chanter l'Evangile et non au sous-diacre qui doit chanter l'Epître, pour marquer la différence entre les prophètes de l'ancienne Alliance et les apôtres de la Loi nouvelle : les prophètes, représentés par le sous-diacre, ont reçu de Dieu leur mission d'une façon invisible, mais les apôtres, représentés par

LES ÉVAxVGÉLI AIRES Il3

le diacre, ont été envoyés ostensiblement par le Sauveur incarné. Le prélat donne la bénédiction en ces termes : Doimmis sit in corde ttio et iii labiis tuis îit digne et compete7iter annunties Evangeliunt stiîiin, in nofnine Patris et Filii. . . Cette prière apprend au diacre que son cœur doit être en harmonie avec les paroles du Sauveur, que ce Sauveur lui-même doit résider intérieurement en lui et parler par sa bouche.

Nous avons dit, pages 34-36 et 52-55 , ce qu'était, chez les Grecs comme chez les Latins, la procession à l'ambon pour le chant de l'Evangile ; on peut voir dans Innocent III (ouvrage cité, P. L., tom. 217, p. 822-824) d'autres détails circonstanciés sur l'ordre de procession des ministres, l'emploi de l'encens, et même du coussin dont on se servait danscertaineséglisespoursoutenir le livre ; les hérétiques des derniers temps, dit Catalani (il s'agit des protestants), n'ont pas manqué de tourner en ridicule ou de dénaturer ces diverses cérémonies, notamment l'usage des cierges, de l'encens consacré aux personnes et aux choses ; ils ont oublié, ces ardents défenseurs de l'Ecriture, que l'ancienne Loi prescrivait l'usage de l'encens dans les sacrifices (voir Exode, ch. xxx, v. i et 35), que les cierges symbolisent la joie dont fut accompagnée la prédication de l'Evangile. Nous brûlons de l'encens à l'Evangile pour marquer notre respect à Jésus-Christ, vrai Dieu et souverain prêtre,

114 LES EVANGELI AIRES

caché sous la lettre et nous parlant en elle. Il est vrai, on encense aussi les personnes ; mais, dit le C. Bona {Reruin liticrgicariim, lib. I, c. 25), c'est par un motif de religion, on les invite par là à considérer en elles-mêmes les effets de la grâce divine, on les invite à faire monter vers Dieu leurs prières par un motif de reconnaissance et d'amour.

Les signes de croix sur le front, sur la bouche et sur la poitrine (les premiers Ordos romains ne parlent pas du signe sur la bouche) marquent l'éloignement de la fausse honte, la purification des lèvres et du coeur, conformément à la demande que le diacre vient d'adresser à Dieu : Mîinda cor meiim ac labia utea. D'autres expliquent ainsi ce rite : le lecteur, disent-ils, veut marquer que ses sentiments sont ceux mêmes du Grand Apôtre ; il répète intérieurement : Corde credo ad justitiam, quod credo confiteor ad saluteni, non ernbescj^ evangelmnt. Les assistants se munissent du même signe pour des raisons analogues, car s'ils n'ont pas à annoncer officiellement l'Evangile, il: doivent régler leurs paroles et leurs actes confo mément à ses enseignements.

A l'annonce Sequentia,,, les fidèles se tournent vers l'autel et répondent : Gloria tibi Domine^ Gloire à vous. Seigneur, qui nous avez envoyi l'enseignement du salut. — Sur l'attitude qu gardaient les auditeurs pendant le chant de l'Evan

it

LES ÉVANGÉLIAIRES Il5

gile, un archevêque de Tours auparavant évêque du Mans, Hildebert nous a laissé quelques vers dans lesquels il résume les prescriptions liturgiques avec leur interprétation mystique :

Inde sinistrorsum Domini sacra verba leguntur

Plebs baculos ponit, stat retegitque caput. Ut sis attentas, patiens, erectus in hostera

Et caput, et baculus et status ipse docet ; Quippe caput retegens, attente audire moneris,

Parcere cum baculum rejicis, instrueris ; Stans, discis quoniam stantes pugnare solemus,

Quod te culpa gravis sub vigili hoste manet.

Qu'il faille écouter le saint Evangile la tète découverte, Catalani l'établit tout au long dans son De codice Evangelii, Lib. II, cap. 24, et en apporte tous les genres de preuves désirables : autorité des saints Pères, des Souverains Pontifes, des théologiens, canonistes, liturgistes ; exemple des plus hauts personnages, comme celui du pape Benoit XIII dont il dit : Quo recentms, eo item validùcs ac venerabilius est... utalens salittis subire periciùlum, qîtant a sacris ritibîts vellatum ungiteni discedere ; adeo erat ecclesiasticœ disciplinœ, qîtam probe callebat tenax servator et custos. Et il conclut : tout le monde sait que cet acte est une marque de respect donnée à l'Evangile, mais on peut en apporter d'autres raisons : a) la prédication évangélique a écarté toutes les ombres de la loi, donné aux hommes une pleine connais-

Il6 LES ÉVANGÉLIAIRES

sance de la vérité ; — dj il importe que pour écouter cette parole sainte tous les sens soient dégagés et attentifs ; — cj nous devons à l'enseignement divin tous les témoignages de notre soumission et de notre respect. — La prescription de déposer le bâton peut nous sembler plus étrange de prime abord : le bâton paraît avoir été un appui, un soutien (peut-être même une arme de défense) que les fidèles prenaient pendant les longs offices, à une époque où on ne leur permettait pas de s'asseoir (et où leurs assemblées pouvaient être troublées), déposer le bâton pendant l'Evangile, c'était marquer que le secours humain n'était plus nécessaire dès lors que le vSauveur Jésus était là et faisait entendre sa parole, c'était en même temps professer qu'on voulait pratiquer le pardon des injures. L'usage a été depuis longtemps abandonné et le bâton n'est plus guère conservé que dans certains chapitres comme insigne du préchantre ou du doyen. La crosse des évêques peut être aussi considérée comme un bâton de ce genre, et il y aurait lieu de s'étonner de ce qui est dit dans le Cérémonial des Evêques (Liv. II, ch. vill, n. 46) : Ipse Episcopies RETINET BACULUM lutev ainbas ejus inanus pmctas, stans versus diacoimin cantaiitent. Mais la raison de cette exception, disent les auteurs, est dans le caractère de cet insigne : ce n'est pas pour l'Evêque un appui matériel, mais une mar

LES EVAXGELIAIRES II7

que de son autorité, de sa sollicitude en même temps qu'un instrument de correction : Episcopi baciUus est insigne ipsùcs aicctoritatis , solliciUcdinïs atque correctionis , et il n'a pas à le quitter pour entendre celui dont il est le représentant. — La prescription de se tenir debout marque la vigilance dans laquelle nous devons nous tenir continuellement, l'empressement que nous devons mettre à exécuter les ordres divins promulgués dans l'Evangile, l'ardeur dont nous devons être remplis pour combattre l'ennemi de nos âmes, pour défendre l'enseignement évangélique de toutes nos forces, même jusqu'à l'effusion de notre sang.

Ces dispositions se manifestent dans les paroles que l'Eglise met sur les lèvres des auditeurs quand le chant de l'Evangile est terminé ; ces paroles, il est vrai, ont un peu varié : on a, suivant les temps, répondu ^;//^;/^ ce qui signifiait: oui, que Dieu nous fasse persévérer dans la foi à l'Evangile ; ou bien Deo graiias, merci à Dieu pour le bienfait d'une doctrine si sainte et si salutaire ; quelquesuns même ajoutaient Benedictns qui venit in noinine Domini, répondant à l'enseignement divin par les cris qui accueillirent Jésus lors de son entrée triomphale à Jérusalem. Nous disons aujourd'hui plus simplement : Laïcs tibi, CInHste, renouvelant ainsi les sentiments déjà exprimés au début. (Voir plus haut, p. 54.)

Il8 LES ÉVANGÉLIAIRES

D'accord avec V Ordo Roniaruts, Alcuin dit que l'assemblée des fidèles faisait de nouveau le signe de la croix pour que l'enseignement du salut fût en quelque sorte scellé dans leurs âmes et préservé contre les atteintes du démon désireux de l'en arracher. La coutume fut aussi de présenter le texte à baiser, non seulement à l'évêque, mais à tous les clercs, ce privilège fut parfois étendu à toute l'assistance ou aux notables, mais les Souverains Pontifes ont protesté contre cette extension. La discipline actuelle est que le prêtre baise le livre en disant : Per evangelica dicta deleantitr nostra delicta ; s'il célèbre devant l'évêque diocésain, ou un cardinal ou un légat du pape, il s'abstient de le faire et on présente alors le texte à baiser au plus digne seul, pour marquer ainsi davantage l'unité du ChrivSt.

Il y aurait beaucoup à dire sur l'usage du texte évangélique en dehors de la messe et sur les grâces, les faveurs, parfois extraordinaires, par lesquelles Dieu a récompensé la confiance des fidèles, mais ce serait sortir de notre sujet. Catalani consacre à ces pratiques tout le livre troisième de son ouvrage déjà cité, De Codice Sancti Evaiigelii. Qu'il nous suffise de dire : Quiconque saura s'abstenir de toute pratique irrévérencieuse et superstitieuse, se tiendra dans les sages limites déterminées par l'Eglise, pourra, en recourant à l'Evangile, expérimenter ce qu'en dit saint Paul :

LES ÉVANGELIAIRES II9

Virtus enim Dei est oimii credenti (Rom., I, i6), ou la note caractéristique que lui appliquait saint Chrysostome quand il l'appelait une « officine médicinale où toutes les maladies et tous les maux sont guéris gratuitement ».

Page 1