CONCLUSION
Ici s'arrête cet essai sur les Evangéliaires. Le plan que je me suis tracé au début a-t-il été réalisé ? Le lecteur en jugera : qu'il me pardonne si je me suis laissé entraîner à quelques digressions, peut-être aurais-je pu passer sous silence certains usages ou certaines pratiques concernant le saint Evangile, omettre des énumérations et des listes qui semblent des répétitions. Et pourtant le travail de comparaison que j'ai tenté défaire est une ébauche fort imparfaite, à peine donne-t-il l'idée des 1.072 evangéliaires dont Gregory a publié la liste dans son Textkritikdes Neven Testaments ; enlisant un pareil chiffre, d'autres trouveront ma tentative plutôt insuffisante : que ceux-là aient égard aux limites imposées par un fascicule de cent vingt pages.
A l'époque où les investigations faites m'ont amené, c'est-à-dire vers le milieu du xv^ siècle, les Missels pléniers ont fait leur apparition depuis longtemps déjà ; bientôt ils vont supplanter les
Evangéliaires, dont le sort est uni au leur, l'imprimerie va permettre de multiplier plus facilement le nombre des exemplaires. D'un autre côté, la liberté relative dont jouissaient les églises particulières de déterminer les lectures amènera des divergences un peu plus considérables : c'est ce qui nécessitera la réforme du Missel romain opérée comme celle du Bréviaire à la suite du saint Concile de Trente. Pour revenir à l'unité dans les lectures, il a suffi d'opérer le travail dont parle saint Pie V dans la bulle de publication du nouveau Missel, Qiio prinium teutpoi^e : « Ayant choisi plusieurs hommes doctes, nous leur avons confié ce travail ; et ceux-ci ayant comparé avec grand soin tous les plus anciens manuscrits de notre Bibliothèque Vaticane, et d'autres encore, apportés d'ailleurs, les plus purs et les mieux corrigés ; ayant aussi consulté les ouvrages des auteurs anciens et approuvés qui ont laissé des écrits sur la science des rites sacrés, ils ont restitué le Missel lui-même, suivant l'antique règle et rite des saints Pères. »
Les quelques listes données au cours de ce travail permettront au lecteur d'en faire la constatation, pour peu qu'il veuille les comparer avec les passages évangéliques distribués dans le Missel romain.
A l'appui des documents invoqués et dont l'Eglise romaine a usé pour Cvinstituer son Lection-
naire, il est permis, ce semble, d'apporter le suffrage de nos frères séparés, les protestants d'Angleterre et d'Allemagne. Trop de ressemblances existent entre le Missel romain et le Book of coinmon Prayer pour qu'on ne convienne pas que les auteurs ont puisé aux mêmes sources. Et de fait, l'auteur de l'article Leciioiiary dans le Dictionary of Christian antiq-nities de Smith le constate en ces termes : « Le Cornes édité par Pamélius est en parfait accord, quant aux Epîtres et aux Evangiles, avec le recueil liturgique romain ; un extrait de ce dernier, depuis longtemps connu en Angleterre, a été sagement conservé dans tout ce qu'il a d'important par les rédacteurs des deux livres de prières du règne d'Edouard VI. » Même constatation est faite par les protestants d'Allemagne : qu'on lise, pour s'en convaincre, l'ouvrage de Ranke, Das Kirchliche Pericopensysfem. D'autre part, Caspari, l'auteur de l'article plus récent et non moins documenté qui a pour titre Péricope, dans la Realencyclopàdie de Herzog, a des phrases caractérisques à ce sujet ; nous en citerons quelques-unes: « Maintenant que nous allons examiner la question de l'origine des Péricopes de l'ancienne Eglise, il serait peutêtre utile de rappeler que Luther a conservé pour les dimanches et fêtes les mêmes lectures qui se faisaient avant la Réforme. Ces leçons sont le reste d'un Lectionnaire du moyen âge
qui existe encore : ce Lectionnaire n'avait pas partout la même forme, comme on peut le voir par les tableaux de lectures en usag"e dans les églises de Rome et de Paris, mais dans ses parties essentielles ce Lectionnaire est le même partout. » Un peu plus loin, après avoir allégué quelques documents, entre autres le Cornes ab Albùio eînendatuSy le même auteur ajoute : « Aucun de ces documents n'est antérieur à Charlemagne, mais ils peuvent avoir reproduit d'anciens lectionnaires. Comme Pépin et Charles ont introduit la liturgie romaine dans leur royaume, il faut admettre que nos péricopes viennent du Lectionnaire romain en usage avant les Carlovingiens. Nos péricopes ont en général deux lectures, épître et évangile : ceci avait lieu également dans la messe romaine. En comparant les péricopes qui nous sont parvenues par le Sacramentaire de Luther avec les passages du Cornes Albini et l'Homiliaire de Charlemagne, on remarquera une grande ressemblance, excepté pour certains jours et pour certains changements de textes. Les lectionnaires anciens avaient beaucoup plus de lectures que les nôtres. Luther et ses contemporains n'ont fait de listes que pour les dimanches et les fêtes. »
Cette commune entente pour la lecture d'un même passage évangélique dans les réunions des fidèles pourrait, dans les desseins de la Providence,
LES EVAXGELIAIRES I2D
amener, à un moment ou à l'autre, le retour des brebis égarées au seul vrai bercail. Puissions-nous par nos prières obtenir la réalisation de ce vœu si cher au Pasteur de nos âmes, le Sauveur Jésus : Et alias oves habeo qicce non siint ex hoc ovïà', et illas oportet nie addiicere, et vocein ineant atidient etfiet îimtm ovile et unns Pastor! (S. Jean, x, i6.)