ÉVANGILE OE LA NATIVITÉ DE SAINTE MARIE
Durant plusieurs siècles , cette légende jouit , en Orient, de la plus grande célébrité ; elle fut d'abord accueillie avec un peu plus de froideur en Occident. * Une tradition , que l'on ne discutait point alors , l'attribuait à saint Mathieu , et voulait qu'elle eût été écrite en hébreu ; la traduction, qui s'en répandit vers le sixième siècle , fut donnée comme l'œuvre de saint Jérôme ; et les éditeurs des œuvres complètes de ce Père ont cru pouvoir l'admettre dans leurs éditions , tout en s'inscrivant en faux contre une assertion qui n'e^t plus susceptible d'avoir un seul partisan.
Cet Evangile est l'un des moins chargés de circonstances fabuleuses et de miracles supposés ; quelquesuns des récits qu'il renferme sont mentionnés et signalés comme dénués de fondement dans les écrits de divers Pères de l'Église , tels que saint Augustin et saint Jérôme. Tel qu'il nous est parvenu , nous penchons à le regarder comme rédigé au sixième siècle, et il fut en possession durant tout le moyen-âge d une célébrité soutenue. Au neuvième siècle, la célèbre religieuse de Gandesheim , Hroswitha (1), en reproduisit les principaux traits dans un poèmp latin on vers
hexamètres que nous rencontrons dans ses œuvres (Historia nativatis laudabilisque conversationis intact.ce Dei getiitricis , p. 73 de l'édit. de 1707). Ils passèrent dans la Légende dorée ; ils figurèrent dans la Vie de Jésus-Christ , que composa Ludolphe le Saxon , prieur des Chartreux de Strasbourg , ouvrage dont la vogue fut extrême au quatorzième et au quinzième siècle (2). Les poètes les intercalèrent dans leurs vers, les artistes en multiplièrent les images.
V Evangile de la nativité de Marie ne nous est parvenu qu'en latin; plusieurs fois réimprimé dans des collections étendues , inséré dans les recueils spéciaux de Fabricius, de Jones, de Scbmid et de Thilo, il présente partout un texte uniforme , et il ne paraît point qu'il en existe de manuscrits où se rencontrent des variantes dignes d'attention.
Nous pourrions ici , à l'exemple du docteur Borberg, placer en tête de la traduction de cet Évangile la correspondance échangée entre saint Jérôme et les évêques Chroma tien et Héliodore ; ces lettres se trouvent dans un grand nombre de manuscrits joints à la composition qu'elles concernent; elles sont incontestablement sinon supposées , du moins défigurées par des interpolations , mais elles remontent à une époque éloignée (probablement au sixième siècle), elles ont longtemps passé pour authentiques, et , bien qu'on n'en connaisse pas le véritable auteur, on doit les regarder comme retraçant des opinions qui exercèrent un empire étendu et prolongé,