CHAPITRE IX
Or, en ces jours-là, c'est-à-dire au premier temps de son arrivée en Galilée, l'Ange Gabriel lui fut envoyé de Dieu pour lui raconter qu'elle concevrait le Seigneur et lui exposer la manière et l'ordre de la conception. Étant entré vers elle , il remplit la chambre où elle demeurait d'une grande lumière, et , la
saluant avec une très-grande vénération , ii lui dit : « Je te salue, Marie, Vierge du Seigneur, très-agréable à Dieu, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie par-dessus toutes les femmes , tu es bénie par-dessus tous les hommes nés jusqu'à présent. » Et la Vierge, qui connaissait déjà bien les visages des Anges, et qui était accoutumée à la lumière céleste, ne fut point effrayée de voir un Ange , ni étonnée de la grandeur de la lumière , mais son seul discours la troubla, et elle commença à penser quelle pouvait être cette salutation si extraordinaire, ce qu'elle présageait ou quelle fin elle devait avoir. L'Ange, divinement inspiré, allant au devant de cette pensée : « Ne crains point, dit-il,, Marie , comme si je cachais par cette salutation quelque chose de contraire à ta chasteté. C'est pourquoi, étant Vierge, tu concevras sans péché et tu enfanteras un fils. Celui-là sera grand, parce qu'il dominera depuis la mer jusqu'à la mer, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Et il sera appelé le Fils du Très-Haut, parce qu'en naissant humble sur la terre , il règne élevé dans le Ciel. Et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son père, et il régnera à jamais dans la maison de Jacob , et son règne n'aura point de fin. Il est lui-même le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et son trône subsistera dans le siècle du siècle. » La Vierge crut à ces paroles de l'Ange , mais , voulant savoir la manière, elle répondit : « Comment cela pourra-t-il se faire ? car, puisque, suivant mon vœu, je ne connais point d'homme, comment pourrai-je enfanter sans cesser d'être vierge? » A cela l'Ange lui dit : « Ne pense
pas , Marie, que tu doives concevoir d'une manière humaine. Car, sans avoir de rapport avec nul homme, tu concevras en restant vierge ; vierge, tu enfanteras ; vierge , tu nourriras. Car le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre contre toutes les ardeurs de l'impureté. Car tu as trouvé grâce devant le Seigneur, parce que tu as choisi la chasteté. C'est pourquoi ce qui naîtra de toisera seul Saint, parce que seul conçu etné sans péché, il sera appelé le Fils de Dieu. » Alors Marie, étendant les mains et levant les yeux, dit :« Voici la servante du Seigneur (car je ne suis pas digne du nom de maîtresse) ; qu'il me soit fait suivant ta parole. » (Il serait trop long et même ennuyeux de rapporter ici tout ce qui a précédé ou suivi la naissance du Seigneur. C'est pourquoi passant ce qui se trouve plus au long dans l'Évangile, finissons par ce qui n'y est pas si détaillé (1 ) .