CHAPITRE X
Joseph donc venant de la Judée dans la Galilée avait intention de prendre pour femme la Vierge avec laquelle il était fiancé. Car trois mois s'étaient déjà écoulés , et le quatrième approchait depuis le temps que les fiançailles avaient eu lieu. Cependant le ventre de la fiancée grossissant peu à peu , il commença à se manifester qu'elle était enceinte , et cela ne put pas être caché à Joseph. Car entrant auprès de la Vierge plus librement comme étant son époux, et par-
(1) Les mots entre parenthèses ont été ajoutés par l'écrivain qui, sous le nom supposé de saint Jérôme, a rédigé la traduction latine.
tant plus familièrement avec elle, il s'aperçut quelle était enceinte. C'est pourquoi il commença à avoir l'esprit agité et incertain; parce qu'il ignorait ce qu'il avait à faire de mieux. Car il ne voulut point la dénoncer, parce qu'il était juste, ni la diffamer par le soupçon de fornication, parce qu'il était pieux. C'est pourquoi il pensait à rompre son mariage secrètement et à la renvoyer en cachette. Comme il avait ces pensées, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : « Joseph., fils de David , n'aie aucune crainte, et ne conserve aucun soupçon de fornication contre la Vierge, et ne pense rien de désavantageux à son sujet , et ne redoute point de la prendre pour femme. Car ce qui est né en elle , et qui tourmente actuellement ton esprit, est l'œuvre, non d'un homme, mais du Saint-Esprit. Car, seule entre toutes les Vierges, elle enfantera le Fils de Dieu, et tu l'appelleras du nom de Jésus , c'est-à-dire Sauveur , car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. » Joseph, se conformant au précepte de l'Ange, prit donc la Vierge pour femme ; cependant il ne la connut pas, mais en ayant soin chastement, il la garda. Et déjà le neuvième mois depuis la conception approchait, lorsque Joseph, ayant pris sa femme et les autres choses qui lui étaient nécessaires , s'en alla à la ville de Bethléem d'où il était. Or, il arriva , lorsqu'ils y furent, que le terme étant accompli, elle enfanta son fils premier-né, comme l'ont enseigné les Saints Évangélistes, Notre- Seigneur Jésus-Christ , qui , étant Dieu avec le Père, le Fils et l' Esprit-Saint vit et règne pendant tous les siècles des siècles.
NOTES
(1) Cette dixième muse, nom que lui décerna l'admiration de ses contemporains, ne fut pas seulement une merveille pour la Saxe; elle est une gloire pour l'Europe entière ; dans la nuit poétique du moyen-âge, on trouverait difficilement une étoile poétique plus éclatante. On nous saura gré d'indiquer à son égard les travaux si remarquables d'un critique aussi judicieux qu'instruit, M. Ch. Magnin ; voyez la Revue des Deux-Mondes, 1839, lom. iv, la Biographie universelle, t. lxvii, (où Hroswitha obtient les honneurs d'un article de 27 colonnes et demi), et l'édition spéciale du Théâtre de cette religieuse, Paris, 1843, 8°. Consultez aussi le Cours de littérature du moyen-âge. de M. Villemain, tom. h, p. 258-264, l'Histoire de» langues romanes, par M. Bruce- Whyte, 18/iO, t. i. p. 305- £07, un article de M. Philarète Chasles dans la Revue des Deux- Mondes , 15 août 1845 ; un autre de M. Cyprien Robert dans Y Université Catholique, tom. vi, p. 419. Au sujet du travail de M. Magnin, consultez le Journal des Savants, octobre 1846 (article de M. Patin), et la Revue de Philologie, L i, p. 466.
(2) La première édition paraît avoir été imprimée à Cologne vers 1470 ; c'est un in-folio de 373 feuillets ; Haïn, dans son Re pertorium bibliographicum, 1831, n° 10288-10296, mentionne huit autres éditions latines antérieures à 1500. Ce livre fut traduit dans toutes les langues de l'Europe, sans oublier le catalan; l'on en connaît cinq ou six éditions françaises. Il en fut imprimé à Lisbonne en 1495, une version portugaise en quatre vol. in-fol. ; l'auteur florissait vers 1330.
(3) Quelques mystiques avaient cru pouvoir donner à sainte Anne le titre de vierge, ainsi que le remarque J. B. Thiers, ce fécond et caustique écrivain, dans son Traité des superstilions, (tom, ji, p, 302, ) Cetfpîdée a trouvé fort peu de partisans.
La Bollandistes ont recueilli avec soin tout ce qui concerne sainte Anne. (Voiries Acta Sanctorum, tom. vi de juillet, p. 233-297). Quant à la manière dont on peut et doit représenter cette sainte, consulter Molanus, Histor. imaginum sacrarum,
(A) On chercherait en vain cette phrase dans les Ecritures , mais l'on y trouve, surtout dans les livres de Moïse, (Exode, xxiii, 26; Deuter, vu, lli), le grand nombre des enfants mentionné comme un effet de la bénédiction céleste.
(5) On sait que chez diverses nations des peines étaient infligées aux célibataires. Voir ce qu'ont réuni à ce sujet les Bénédictins dans les notes de leur édition de saint Ambroise, tom. i, p. 1319.
(6) L'apparition de l'ange à Joachim pour lui annoncer la naissance de Marie, est également relatée dans saint Epiphane, {Hceres. LXX±IX, n. 5).
(7) Il paraît que cette porte était à l'orient de la ville et l'on conjecture qu'elle était en bronze de Corinthe. Des exemples de portes désignées sous le nom de portes d'or ou dorées seraient faciles à accumuler. Suivant le rabbin Petachia, qui parcourut l'Europe et l'Asie au douzième siècle, les portes de Babylone, hautes de cent coudées et larges de dix, étaient forgées d'un airain pur dont la splendide réverbération faisait briller cette cité comme une ville d'or. Il fallut les bronzer. Les chevaux croyant voir marcher devant eux d'inombrables escadrons, reculaient épouvantés.
(8) Le Talmud rapporte que les anges portent à Dieu les prières et les bonnes œuvres des hommes, mais que les démons les attaquent en chemin et font leurs efforts pour que ces prières et ces actions méritoires n'arrivent point jusqu'au Seigneur.
(9) Le prophète Ezéchiel a fait mention de ces quinze degrés, (ch. XL, 6 et 3zj). Josèphe en parle aussi dans son Histoire de la guerre judaïque. (V. 5.). Selon le rabbin Judas Léon, ils avaient une demi-coudée de hauteur et de largeur. On trouvera d'ailleurs dans un volumineux commentaire sur le prophète que nous venons de nommer, ( H. Pradi et J. Ji. Vitlalpandi
Explanationes in Ezechielem, Romœ, 1596-1604, 3 vol. in-fol.) de longs détails sur le nombre de ces degrés, leur hauteur, etc. Les psaumes graduels étaient ainsi appelés parce qu'ils étaient, on le croit du moins, solennellement chantés sur chaque degré, l'un après l'autre; ce sont les psaumes 121-135. Nous connaissons à cet égard deux dissertations spéciales, celle de Tilling : de raiione inscriptionis XV Psalmorutn qui dicunlur cantica adrensionum , Bremae, 1765, 4°, et celle de F. A. Clarisse : Spécimen exegeticum de psalmis quindecim Hammaalothi Lugd. Bat. 1819. Voici à ce propos un petit conte extrait du Talmud. Lorsque David fit creuser les fondements du Temple, Ton trouva bientôt l'abîme des eaux qui occupent Finlérieur de la terre ; on craignit que le monde ne fût inondé ; Achitophel écrivit le nom ineffable du Très-Haut sur une plaque d'airain, et dès qu'elle eut été po^ée sur l'eau, l'abîme s'enfonça tout d'un coup à une profondeur de seize mille coudées. Toutefois, comme la terre était alors menacée d'une stérilité complète, David fit chanter le» quinze psaumes graduels, et à chaque psaume, l'abîme montait de mille coudées, et c'est aussi de mille coudées qu'il est resté éloigné de la surface de notre planète. — Tout étrange qu'elle puisse paraître , cette historiette est peu de chose à côté d'une foule d'autres que renferment les écrits des rabbins. Il n'est point de livres qui trouvent maintenant moins de lecteurs que les ouvrages de ces vieux docteurs israëlites; il faudrait pour les ouvrir la connaissance d'une langue que bien peu U'érudits sont en état de comprendre, et une patience à toute épreuve , car les sujets que discutent très-prolixement les doctes maîtres de la synagogue n'ont plus aujourd'hui le moindre intérêt. Quelques laborieux investigateurs ont pris la peine de fouiller dans ces mines presqu'inexplorées; mais personne ne s'en est occupé avec autant de zèle et de persévérance que le dominicain Bartolocci. Sa Biblioilvca rabbinica, (Borne, 1675-1693), ne forme pas moins de quatre volumes in-folio, auxquels vient s'adjoindre le volume publié en 1694 par Jos. Imbonati : Bibliotheca latina hebraica, sive de scriptoribus latinis qui contra Judœos scripsere. Nous avons parcouru ce vaste répertoire ; nous y avons trouvé une foule de contes dignes des Mille et une Nuits, et parfois d'une extrême indécence. Bien plus que le latin , l'hébreu, dans les mots, brave toute honnêteté. Voici du moins deux faits pris à l'ouverture du livre et qu'il est permis de transcrire.
En hora Salomon duxiî in uxorem filiam Pharaonis, desren-
dit Gabriel et inhxit calamura in mare et ascendit limus et super eam aedificata est ma^na Arx munita quae Roma est. — Initio creatus est (Adam tantae molis) ut e terra ad cœlum usque pertingeret. At quando Angeli ministerii illum viderunt, commoti sunt timueruntque ; quid fecerunt? ascenderunt omnes coram Deo in superiore (habitaculo) et dixerunt : Domine mundi , duae potestates sunt in mondo. Tune Deus posuit manum suam super caput Adae, illumque ad mille cubitos redegit.
Veut-on quelques autres échantillons de ce qu'affirment les écrivains qu'a analysés Bartolocci: Il y a 60,000 villes dans les montagnes de la Judée, et chacune contient 60,000 habitants. — 11 existe un oiseau dont la taille est telle que lorsqu'il vole, ses ailes interceptent la lumière du soleil. — Lorsque le Messie sera venu, Jérusalem acquerrera un développement immense ; il y aura 10,000 palais et 10,000 tours. Rabbi Siméon ben Jachia affirme que les boutiques des seuls marchands de parfums seront au nombre de 1»0,000. Alors chaque grain de raisin donnera trente tonneaux de vin. — Adam avait deux visages et une queue» — D'une épaule à l'autre de Salomon, la dislance n'était pas moindre de soixante coudées. — D'un seul coup de hache, David tua huit cents hommes.
(10) Plusieurs écrivains, M. Peignot entre autres, ( Recherches historiques sur la personne et les portraits de Jésus- Christ et de Marie, Paris et Dijon, 1829, 8°), ont recueilli les témoignages épars, et contrôlé les opinions au sujet de la figure, du teint, de la taille de Marie ; selon YHistoria Christi du père Xavier, dont nous parlons ailleurs, elle était fort bien faite et brune ; les yeux giands et tirant sur le bleu, les cheveux blonds. Maria fuit mediocris staturœ, triticei coloris, extensa facie ; oculi ejus magni et vergentes ad cœruleum, capillus ejus aureus. Manus et digiti ejus longi, pulchra forma, in omnibus proportionata. (p. 30 ) Voir aussi l'historien Nicéphore , 1. il, ch. 23. Il existe un Traité de N. Sacius, imprimé dans ses Opuscula (Aniverpiae, 1620), de pulckritudine B. Mariai virginis disseptatio quodlibetica.
(11) L'usage était qu'il s'écoulât un certain temps entre la cérémonie des fiançailles et la célébration des noces. Tout ce qui regarde pareil sujet a été discuté fort savamment et fort
longuement dans l'ouvrage du docte Selden, homme d'Etat du temps de Charles Ier : Uxor hebrœa, livre dont nous connaissons trois éditions, Londres, 1646, Francfort, 1673 et 1695. Les œuvres complètes de cet érudit ont été recueillies par les soins de David Wilkins, Londres, 1726, 3 vol in-folio.