‹ Les Évangiles apocryphesChapitre 148 sur 211 · HISTOIRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE ET DE L'ENFANCE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE ET DE L'ENFANCE DU SAUVEUR

Cette légende, œuvre dans laquelle se reconnaît la main de quelque gnostique, fut attribuée par des copistes ignorants à saint Mathieu ; elle n'a point été inconnue à divers critiques, tels que Sixte de Sienne et Colelier (Remarques sûr les Constitutions apostoliques, vi, 17); les récits étranges qu'elle renferme détournèrent d'elle les érudits, et ce fut Thilo qui la publia le premier.

Le savant professeur de Halie pense qu'elle doit s'accorder, quant au fond du récit, avec un opuscule trois fois mis sous presse au quinzième siècle sous le titre iïlnfantia Salvatoris, éditions d'une insigne rareté, sorties des presses de quelques typographes allemands, et qu'il n'a pu consulter ; elles ont échappé à toutes ses investigations.

Le texte, mis au jour en 1832, est tel que le donne un manuscrit sur velin du quatorzième siècle, conservé à la bibliothèque du roi, à Paris (n° 5559 A). Thilo transcrivit aussi une légende des miracles de l'enfance du Seigneur Jésus-Christ (manuscrit sur velin du quinzième siècle, n° ^313), attribuée également à Jacques, fils de Joseph ; mais il n'a pas cru devoir

la publier, car elle se borne en grande partie à répéter le récit du n° 5559 A, en y ajoutant quelques détails ridicules ou absurdes, et elle offre un texte tellement défiguré, qu'il est souvent fort difficile d'y découvrir un sens tant soit peu raisonnable. Nous croyons toutefois devoir rapporter les intitulés des quarante-huit chapitres qui forment cette relation des Miracles de l'enfance. Le lecteur se fera une idée assez juste des fables qu'accueillait une piété peu éclairée, et comme ces chapitres ont du moins le mérite d'être fort courts, nous en traduirons deux.

Ghap. Ier. Du père et de la mère de la Sainte-Vierge Marie.

Ghap. II. De la séparation de Joachira d'avec Anne.

Chap. III. Du retour de Joachim auprès d'Anne. Chap. IV. De la naissance de la bienheureuse Marie.

Chap. V. De l'action de grâces d'Anne.

Chap. VI. De la recommandation de la bienheureuse Marie.

Chap. VII. Du vœu de virginité de la bienheureuse Marie.

Chap. VIII. Comment la bienheureuse Marie fut remise à Joseph.

Chap. IX. De l'annonciation du Seigneur.

Chap. X. Du trouble de Joseph quand il s'aperçut de la grossesse de Marie.

Chap. XI. De la consolation qu'un ange apporta à Joseph,

Chap. XII. Des calomnies répandues par les Juifs contre Joseph et la bienheureuse Marie.

Chap. XIII. Du temps de la naissance du Christ et des deux sages-femmes , des pasteurs et de l'étoile.

Chap. XIV. De la sortie de la bienheureuse Marie hors de la caverne, et de sa venue à la crèche.

Chap. XV. De la circoncision du Seigneur et de la venue des Mages à Jérusalem.

Chap. XVI. De l'épiphanie du Seigneur.

Chap. XVII. Du massacre des enfants et de la fuite de Joseph en Egypte.

Chap. XVIII. Comment Jésus dompta les dragons.

Chap. XIX. Comment les lions et les léopards suivirent Jésus.

Chap. XX. Du palmier qui s'inclina à la voix de Jésus.

Chap. XXI. De la bénédiction du palmier et de la translation de son rameau.

Chap. XXII. Du chemin que raccourcit Jésus.

Chap. XXIII. Comment, à l'arrivée de Jésus en Egypte, les idoles tombèrent.

Chap. XXIV. De l'honneur qu'Afrosidisius rendit à Jésus.

Chap. XXV. Du poisson desséché rendu à la vie.

Chap. XXVI. Du rire de Jésus à cause des passereaux qui se battaient entre eux.

Chap. XXVII. De la sortie de Marie et de Jésus hors de l'Egypte.

Chap. XXVIII. De l'eau de pluie clarifiée, et des

dix oiseaux faits avec de la boue un jour de sabbat, Ghap. XXIX Du Pharisien mort à la voix de Jésus. Chap. XXX. De l'enfant qui frappa Jésus livré à la mort, et de quelques personnes punies d'aveuglement.

Chap. XXXI. Comment Jésus avertit Joseph de ne pas le toucher dans un moment de colère.

Chap. XXXII. De Zacchée , maître de Jésus et de ses paroles.

Chap. XXXIII. Comment Jésus ressuscita un enfant qui jouait avec lui.

Chap. XXXIV. Comment, d'une seule parole, Jésus guérit le pied d'un homme qui l'invoquait avec confiance.

Chap. XXXV. Comment Jésus porta à la bienheureuse Marie de l'eau dans son manteau.

Chap. XXXVI. Du froment multiplié par Jésus.

Chap. XXXVII. Du bois étendu par Jésus.

Chap. XXXVIII. D'un certain maître de Jésus privé de la vie.

Chap. XXXIX. D'un autre maître de Jésus dont la charité fut cause que Jésus ressuscita le maître qui était mort.

Chap. XL. Comment Jésus guérit Joseph du venin d'une vipère.

Chap. XLI. Des sept lacs et des douze oiseaux, et des douze enfants que Jésus frappa de mort.

Chap. XLII. Du fils d'une certaine femme rendu à la vie par Jésus.

Chap. XLIII. Comment Jésus entra dans la caverne de la lionne.

Chap. XLIV. Comment l'eau du Jourdain s'ouvrit devant eux.

Chap. XLV. Comment un mort fut ressuscité par le suaire de Joseph.

Chap. XL VI. Comment Zacchée pria Joseph et Marie de confier Jésus à un maître nommé Lévi.

Chap. XLVII. Comment Jésus sanctifiait et bénissait les convives.

Chap. XLVIII. Glorification de Jésus et de Marie sa mère.

Voici maintenant les deux chapitres que nous avons promis; ce sont les XXVe et XXVIe.

« Et Jésus accomplit sa troisième année. Et comme » il vit des enfants qui jouaient, il se mit à jouer avec » eux ; et ayant pris un poisson desséché qui était im- » prégné de sel, il le posa dans un bassin plein d'eau, » et il lui ordonna de palpiter, et le poisson com- » mença à palpiter. Et Jésus, adressant de rechef la » parole au poisson,, lui dit : « Rejette le sel que tu as » en toi, et remue-toi dans l'eau. » Et cela se fit ainsi. » Les voisins, voyant ce qui se passait, l'annoncèrent » à la veuve dans la maison de laquelle habitait Ma- » rie. Et quand elle apprit ces choses, elle les ren- » voya avec précipitation de chez elle.

» Et Jésus, passant avec Marie sa mère dans la » place de la ville, vit un maître qui enseignait ses » élèves. Et voici que sept passereaux , se battant » entre eux, tombèrent du haut d'un mur dans le » sein du maître qui instruisait les enfants. Quand » Jésus vit cela, il se mit à rire. Le maître, s'en aper-

» cevant, fat rempli de colère, et il dit à ses disciples : « Allez, et amenez-le-moi. » Lorsqu'ils le lui eurent » conduit, il le saisit par son manteau, et il lui dit : « Qu'as-tu vu qui ait provoqué ton rire ? » Et Jésus » dit : « Maître, voici ta main pleine de froment ; les » passereaux se disputaient pour le partage de ce fro- » ment. »

Donnons aussi le dernier chapitre ; une inspiration plus noble s'y fait sentir.

« Les Scribes et les Pharisiens dirent à la bienheu- » reuse Marie : « Es-tu la mère de cet enfant ? » Et » elle répondit : « Vraiment je le suis. » Et ils lui di- » rent : « Tu es bénie entre toutes les femmes, car « Dieu a béni le fruit de ton ventre en te donnant un » enfant si plein de gloire. Nous n'avons jamais vu ni » entendu dans un autre une sagesse égale à la » sienne. » Mais Marie conservait dans son cœur le » souvenir de tout ce que faisait Jésus parmi le peu- » pie des Juifs, car il opérait de grands miracles, gué- » rissant les malades, ressuscitant les morts, et fai- » sant beaucoup d'œuvrcs merveilleuses. Et Jésus » croissait en taille et en don de sagesse. Tous ceux » qui le connaissaient glorifiaient donc Dieu le père » tout-puissant, qui est béni dans les siècles des » siècles. Amen. »

Un autre manuscrit de la bibliothèque du roi , n° 5560, contient à peu de chose près les mêmes récils; celui-ci s'annonce comme étant l'œuvre d'Onésime et de Jean l'Évangéliste.

Nous pourrions indiquer encore une copie moderne que possède la bibliothèque publique de Cambridge

(F. f. 6, 54), et qui renferme une légende également partagée en quarante-huit chapitres, et presque identiquement la même que celle que nous venons d'analyser; nous pourrions mentionner divers autres manuscrits que renferment des bibliothèques d'Angleterre ou d'Italie; mais ces détails minutieux offriraient fort peu d'intérêt. Nous nous bornerons à dire deux mots d'un manuscrit du quinzième siècle que possède la bibliothèque médicéenne à Florence, et que Bandini a décrit {Calai. Cod. lat. Bibl. Medic, I, 523\ Il renferme divers opuscules de saint Jérôme, et l'on y trouve, page 24-8-255, une èpitre de saint Jérôme ou préface au livre de l'Enfance du Sauveur, Cet opuscule, dont la supposition est évidente, commence en ces termes : & Un jour l'ange du Seigneur avertit en songe Joseph, » et il finit ainsi : « Que Jésus, qui le guérit,, nous guérisse de nos péchés., et qu'il soit béni dans tous les siècles des siècles. » Comme ce fragment ne se trouve ni dans les éditions de saint Jérôme, ni dans le Codex de Fabricius, ni dans le volume de Thilo, nous avons jugé à propos d'en signaler l'existence.

Nous conviendrons que l'Histoire de la Nativité de .Marie et de l'Enfance du Sauveur, telle que nous la faisons passer pour la première fois en un langage moderne, est une composition parfois puérile dont nous n'exagérons pas la valeur. Des deux parties dont elle se compose, et qui ne paraissent pas venir de la même source , la seconde, consacrée au récit des premières années de Jésus-Christ, est un tissu de contes que ne rachètent pas toujours quelques traits touchants, quel»

ques passages naïfs ; il y a bien plus de simplicité, bien plus de grâce dans la première partie consacrée a l'histoire de la Sainte-Vierge, et qui comprend les chapitres 1 à 17, en suivant, pour les traits principaux, le Protévangile de saint Jacques.

L'ouvrage se termine brusquement, et paraît dépourvu de conclusion ; il est à croire que ce que nous possédons ne forme qu'un fragment emprunté a une composition plus étendue.

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