‹ Les Évangiles apocryphesChapitre 173 sur 211 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Et lorsque le gouverneur de cette ville, Afrodisius

apprit cela , il vint au temple avec toutes ses troupes et tous ses officiers. Lorsque les prêtres du Temple virent Afrodisius s'approchant avec toutes ses troupes,, ils pensèrent qu'il venait exercer sa vengeance contre eux, parce que les images des dieux s'étaient renversées. Et lorsqu'il entra dans le Temple et qu'il vit toutes les statues renversées sur leur face et brisées, il s'approcha de Marie et il adora l'enfant qu'elle portait dans ses bras. Et quand il l'eut adoré , il adressa la parole à tous ses soldats et à ses compagnons , et il dit : « Si cet enfant n'était pas un dieu , nos dieux ne seraient pas tombés sur leur face à son aspect, et ils ne se seraient pas prosternés en sa présence ; ils le reconnaissent ainsi pour leur Seigneur. Et si nous ne faisons ce que nous avons vu faire à nos dieux , nous courrons le risque d'encourir son indignation et sa colère, et nous tomberons tous en péril de mort , comme il arriva au roi Pharaon qui méprisa les avertissements du Seigneur. » Peu de temps après, l'ange dit à Joseph : « Retourne clans le pays de Judas , car ceux qui cherchaient l'enfant pour le faire périr sont morts. »

NOTES

(1) C'est l'apôtre saint Jacques le Mineur , auquel l'on a également attribué le Protévangile. Il fut évèque de Jérusalem; les Juifs le mirent à mort Tan 61 de notre ère. Voyez Tillemont, t. I, p. 45 ; Ceillier, t. I, p. £22, etc.

(2) Ce n'est qu'ici que le père de sainte Anne est nommé Achar. D'après un passage d'un écrivain nommé Hippolythe et que l'on croit Hippolythe de Thèbes , écrivain du dixième siècle, passage que rapporte Nicéphore dans son Histoire ecclésiastique (1. II, c. 3), les parents d'Anne se nommaient Mathan et Marie. Quelques autres auteurs grecs confirment cette assertion ; elle n'en a pas moins été révoquée en doute par de savants critiques. Les Musulmans disent qu'Aune était fille de Nahor. La vie de cette sainte se trouve dans l'immense recueil des Bollandistes, tom. VI de juillet. Le moyen-âge broda sur ce fond si simple une foule d'incidents merveilleux. Une légende d'une Bible du treizième siècle qu'a citée M. Leroux de Lincy {Livre des Légendes, p. 27), raconte que sainte Anne, étant enfant, recevait sa nourriture d'un cerf. L'empereur Fanouel étant à la chasse, aperçut cet animal et se lança à sa poursuite. Le cerf alla se réfugier à côté de la jeune fille, et Fanouel la reconnut pour son enfant. — On a prétendu que le corps de sainte Anne fut apporté de la Palestine à Jérusalem en 710. — Le nom d'Anne, en hébreu Ckannak, signifie gracieuse. Saint Épiphane est le premier écrivain dans lequel ce nom se rencontre.

(3) Christophe de Vega, dans sa Théologie de Marie, établit de singulières coïncidences entre le début de Ja Genèse et l'histoire de ces deux époux ; on nous permettra de citer le commencement de ce passage : a In principio creavit Deus cœlum et terrain (id est : Joachim et Annam , Mariae parentes) Terra autem erat inanis et vacua (Anna sterilis et infœcuuda) et te-

nebrœ (adflictioet confusio) erant super faciem abyssi (super faciera Annoe) et spirilus Domini ferebatur super aquas (super aquas lachryraarum Annae ad consolandum eam). Dixit vero Deus : fiât lux (h, e. Maria, virgo benedicta), etc. »

(Ix) En 1677, le pape Innocent XI condamna l'opinion d'un docteur napolitain, nommé Impérial i, lequel maintenait que sainte Anne était restée vierge, après avoir enfanté Marie. Voyez Tillemont, Hist. ecclés., t. I, p. 469, édit. de Bruxelles, et le Dictionnaire de Bayle, aux mots Borri et Joachim. Selon le jésuite J. Xavier, auteur d'une Historia Cliristi en persan qu'un théologien calviniste, Louis de Dieu, prit la peine de traduire et qui, imprimée chez les Eizevirs en 1639 , forme un in-4° de 636 pages, ce fut le 11 du mois de Siaheriarna , c'està-dire un vendredi, 11 septembre, que sainte Anne accoucha de Marie.

(5) Les circonstances de la présentation de Marie au temple, lorsqu'elle eut trois ans, et de l'éducation qu'elle y reçut, se retrouvent dans une foule d'auteurs grecs, tels que George de Nicomédie, André de Crète, l'empereur Léon, Cedrène , Nicéphore et maint autre historien ou prédicateur. Le jésuite Théophile Raynaud, écrivain satirique et singulier, mais dont les œuvres trop complètes, en vingt volumes in-folio, trouvent aujourd'hui bien peu de lecteur?, a traité en détail tout ce qui se rapporte à la présentation de la Vierge, à ses épousailles et à son enfantement dans ses Dypticha Mariana, (Voir le tom. VII de ses œuvres. Lyon, 1657.)

(6) Cedrène, George de Nicomédie, l'auteur du Chrisius patiens, attribué à tort à saint Grégoire de Nazianze, et divers écrivains grecs, rapportent aussi que Marie recevait ses aliments de la main des Anges.

(7) La colombe était chez les Hébreux un symbole de virginité et de pureté; dans l'un des traités de la Mischna , de ce vaste recueil de traditions juives, cet oiseau est dépeint comme protégeant Israël (Palrona hraclis) ; il jouait un rôle dans le culte des Samaritains. (Voyez J.-C. Friederich, de Cotumbâ ded Samaritanorum (Lipsiae, 1821, 8°); Aldovrande, dans le livre XV de son Ornithologia (Bononiœ, 1637 , t. II, p. 353), a épuisé toutes les fables et tous les détails relatifs h la colombe,

(8) Il est peu de traditions plus anciennes et plus répandues que celle qui attribue un âge avancé à Joseph lorsque Marie lui fui remise. Accipit Mariant viduus, œtatem agens circa 80 annorum et amplius , dit saint Épiphane , et il ajoute que Joseph avait quatre-vingt-quatre ans lorsqu'il revint de l'Égypte, et qu'il mourut huit ans plus tard. Il était parvenu à cent onze ans lors de son décès, suivant son historien arabe.

(9) Origène est le premier écrivain ecclésiastique qui ait parlé des enfants que saint Joseph avait eus d'une première femme. Saint Épiphane lui en donne six ; quatre garçons (Jacques, Joseph , Simon, Jude) et deux filles (Salomé et Marie). Hippolythe de Thèbes conserve aux quatre fils ces mêmes noms , mais il appelle les filles Esther et Thamar. Sophronius en nomme trois, et l'une d'elles s'appelle Salomé , tout comme sa mère; d'autres écrivains désignent sous le nom d'Escha la femme de saint Joseph. Helvidius donnait à Joseph quatre fils et des filles innombrables , c'est-à-dire dont il était impossible de préciser le nombre, les livres saints étant muets à cet égard. On consultera une note de l'édition de Thilo, p. 362-364, pour d'autres détails que leur longueur exclut de notre travail.

(10) On montrait à Pérouse l'anneau des épousailles de Joseph et de Marie. C'était une de ces trop nombreuses reliques qu'avait multipliées une piété crédule.

(11) Cette circonstance que Marie se trouvait auprès d'une fontaine , lorsque l'Ange lui apparut , se rencontre aussi chez plusieurs écrivains de l'Église grecque.

(12) Combefis, dans ses notes sur George de Nicomédie (Auctuar, noy., t. I , col. 1224 et seq.), discute la solidité de la tradition qui soumet Joseph et Marie à l'épreuve des eaux amères, épreuve dont nous dirons quelques mots plus loin.

(13) Ces récits relatifs aux sages-femmes qui assistèrent Marie se retrouvent dans un sermon de saint Zénon, évêque de Vérone, mort en 380 ; un moine grec du douzième siècle , Épiphane, les reproduit dans son livre de la Vie de Marie , dont Mingarelli a donné le texte grec jusqu'alors inédit , dans les Anecdota litteraria d'Amadacci, t. III, p. 29. Saint Jérôme et divers écrivains du moyen-âge traitent tous ces détails de fa-

bles ; leur antiquité se démontre toutefois par des passages de- Cléinent d'Alexandrie (St r ornâtes , lib. VIII) et de Suidas. Il existe une dissertation de G. H. Goez , imprimée à Lubeck, en 1707 : Num Maria, Filium Dei pariens, obstetricis ope fuerit usa ? Le décret du pape Gelase mentionne, parmi les divers ouvrages qu'il frappe de réprobation, un Livre de sainte Marie et de la Sage-Femme,

(14) On retrouve dans une foule d'écrits la trace de la croyance que Marie enfanta dans une caverne. Saint Justin et Origène en ont parlé; Eusèbe, Théodoret, saint Épiphane, saint Jérôme et bien d'autres auteurs ecclésiastiques en ont fait mention. Socrate et Sozomène racontent dans leurs Histoires ecclésiastiques que la mère de Constantin , Hélène , fit ériger un temple auprès de cette caverne. Au moyen-âge et à des époques plus rapprochées de nous , cette même caverne et l'église qui la touche ont été visitées par un grand nombre de voyageurs. Adamanuus, qui vivait à la fin du septième siècle, eu parle dans son livre sur la Terre-Sainte ; Bède, Brocard (qui parcourut la Palestine en 1232) , Radzivil (eu 1583) , Roger, d'Arvieux, Thévenot et une foule d'écrivains plus modernes les ont décrites.

(15) La présence du bœuf et de i'àne a été regardée comme un fait par divers écrivains de l'antiquité, entre autres par saint Jérôme; Baronius a essayé de l'établir sur des arguments que Casaubon s'est efforcé de détruire. Dès longtemps les artistes se sont conformés à la tradition vulgaire (voir le savant ouvrage de S. R. Miinter : Die Sinnbilder und Kunstvorstellungen der alten Christen ; Part. II, p. 77), tradition qui se rattache à un passage du prophète Isaïe (ch. I , v. 3) : « Le bœuf connaît son acquéreur et l'àne la crèche de son maître. » Les sarcophages chrétiens des catacombes offrent divers exemples de pareilles représentations (voir Arringhi, Roma subterranea, t. I, p. 185, 347, 3A9). On peut consulter encore Molanus (Ilistoria imaginum sacrarum, Liège, 1771, 4° p« 396), Trorabelli (de Cultu Sanctorum, t. II, pars II, c. 37), Prudence (édition d'Arevalo , p. 211). Parmi de nombreux ouvrages italiens d'une mysticité peu éclairée , nous en indiquerons un du P.-L. j\ovariui : Paradiso di Betelemme , civè la viia di Gesu nel presepio (Verona, 16A2, in-12).

(16) Eutychius, patriarche d'Alexandrie, mort en 740, et dont il reste, sous le titre de Rang de Pierres précieuses, une Histoire universelle , célèbre en Orient, Eutychius, disons-nous, compte Siméon parmi les Septante interprètes, il le confond avec Simon le Juste dont parle Joseph (Antiq. jud., 1. XII, c. 2), et il dit qu'il vécut trois cent cinquante ans. On représente toujours Siméon revêtu d'habits sacerdotaux ; il est toutefois fort douteux qu'il ait été prêtre ; Léon Allatius, dans sa Diatriba de Simeontibus, a traité cette question avec une étendue que son importance ne réclamait pas.

(17) Cette expression vive et énergique se rencontre souvent chez les écrivains orientaux ; c'est ainsi que nous lisons dans un passage de l'historien persan Ferischta, traduit par M. J. Mohl (Journal des Savants, 1840, p. 394) : « Le sultan Alaëddin Schah Bahmanni choisit la table des morts de préférence à son trône. »

(18) Les détails si peu circonstanciés que donnent les Évangélistes au sujet de» Mages ne pouvaient suffire à l'imagination du vulgaire; la tradition rapporta sur leur compte diverses particularités ; elle en fixa le nombre à trois pour personnifier en eux les habitants des trois parties de l'ancien monde ; elle interpréta leurs offrandes dans un sens figuré; des écrivains du quatrième et du cinquième siècle leur donnent le titre pompeux de rois, et Terlullien le leur avait déjà octroyé. Toutefois, cette croyance ne s'accrédita pas fort vite , car les anciens sarcophages persistent à les représenter coiffés du bonnet phrygien et ne leur posent point de couronnes sur la tête. On prétendit ensuite que l'un d'eux était jeune, le second venu à l'âge viril et que le troisième était d'une vieillesse avancée. Pierre de Natalibus, écrivain du moyen-âge, va jusqu'à préciser l'âge de chacun d'eux ; vingt, quarante et soixante ans. Raphaël, obéissant à la tradition , a peint au Vatican l'un de ces souverains sous les traits d'un nègre. Il serait diiïicile d'indiquer à quelle époque on leur assigna les noms de Gaspard, de Balthazar et Melchior, mais ces dénominations se trouvent déjà sur une peinture du onzième siècle publiée dans le vaste recueil de Seroux d'Agincourt (Histoire de l'Art par les Monuments, 1811-23, 6 vol. gr. in-fol.). On leur a donné pour royaumes Tarse, la Nubie et Saba ; selon des légendaires sans autorité , ils subirent

le martyre clans l'Inde, après avoir reçu le baptême des mains de saint Thomas. Cologne se vante de posséder leurs reliques, G. H. Goez a écrit une dissertation spéciale : a de Rcliquiîs Magorum ad Ckristum conversorum (Lubeck, 171 4)* D'après une autre tradition beaucoup moins répandue , les Mages avaient été au nombre de douze.

(19) Les légendes des saints rapportent un grand nombre d'exemples d'animaux obéissant à la voix de pieux personnages ; la vie de saint François offre en ce genre les traits les plus singuliers. Auguste , au rapport de Suétone , ordonna un jour de se taire à des grenouilles qui l'incommodaient de leur bruit, et depuis, elles ont gardé un silence complet.

(20) Martin le Polonais, dans sa Chronique , 1. III , p. 104 (je me sers de l'édition d'Anvers, 1574), rapporte toutes ces circonstances fabuleuses de la fuite en Egypte ; il dit que les dragons qui sortirent de la caverne étaient au nombre de deux; il raconte qu'un lion, perdant toute sa férocité, accompagna les fugitifs jusqu'au sein des cités égyptiennes ; il n'oublie pas le miracle de l'arbre incliné. Sozomène le narre aussi en ces termes au Ve livre de son Histoire ecclésiastique : « De arbore quadam Perside dicta et apud Hermopolim Thebaida; constituta, ferunt quod multorum morbos pelle t si vel fructus illius, vel folium , vel modica corticis portio a?grotis applicetur. Etenim de ^Egyptiis dicitur quod Joseph, eu m Herodem fugerer, sumptis ad se Christo et Maria sancta deipara , Hermopolim venerit et mox atque ingrederetur juxta portam , hœc arbor Christi adventu altonita, cum maxima esset ad tellurem usque sese demiserit et adoraverit. s Selon une légende qui avait cours en Espagne, le démon s'était emparé de l'arbre pour recevoir les adorations des peuples ; Jésus-Christ s'en étant approché, l'esprit impur fut chassé et précipité dans l'abîme; l'arbre s'inclina alors pour rendre grâces au Seigneur. Rapportons ici une légende septentrionale que nous trouvons dans les Lettres si pleines d'intérêt de M. X. Marmier sur l'Islande : a Un jour le Christ , environné des nuages de sa gloire, passait par les forêts sacrées des anciens Germains , tous les arbres s'inclinaient devant lui pour rendre hommage à sa Divinité. Le peuplier seul, dans son superbe orgueil, resta debout, et le Christ lui dit : « Puisque tu n'as pas voulu le

— 2iU —

courber devant moi, tu te courberas à tout jamais au vent du matin et à la brise du soir 1 »

(21) Dans la Vie de Iesuchrist avec sa mort et passion (4°, gothique), ouvrage que nous aurons l'occasion de citer plus loin, on retrouve un récit tout semblable , et nous le transcrirons dans son vieux style naïf qui prête du charme à ces légendes : « Et quant ils eurent fort chemiué, la Vierge Marie fut lasse et auoit grand chault pour le soleil et, en passant par ung grand désert, nostre dame veit un arbre de palme beau et grand dessoubz lequel se voulut reposer en Tombre et, quant ils y furent, Joseph la descendit de dessus l'asne ; quant elle fut descendue, elle regarda en haut et veit l'arbre tout plein de pommes et dist : Ioseph, ie vouldroye bien avoir du fruict de cet arbre car ien mangeroye volontiers, et Ioseph lui dist : Marie, ie mesmerveille comment vous auez désir de manger de ce fruict. Adonc Iesuchrist que se sévit au giron de sa mère , dist a l'arbre de palme qu'il s'inclinast et qu'il laissast manger à sa mère de son fruict à son plaisir. Et tout incontinent que Iesuchrist eust oe dist, le palme s'inclina vers la Vierge Marie , et elle prit des pommes ce qu'il lui pleut et demoura cette palme encore inclinée vers elle et quant Iesuchrist veit qu'il ne se dressoit pas, il dist : dresse toi, palme, et l'arbre se dressa, j»

(22) La chute des idoles de l'Egypte n'est point uue circonstance que l'on rencontre seulement dans les Évangiles apocryphes ; elle est consignée dans divers auteurs anciens, tels que Sozomène, Eusèbe, saint Alhanase; Tillemout et le père Barrai, dans sou Historia Evangelica, ont réuni force citations à ce sujet.

ÉVANGILE DE NIGODÈME.

Page 1