PRÉFACE
Les Actes de Pilate ont joui dans les premiers temps de l'Église d'une grande autorité ; St-Justin , Tertulien , Eusèbe et bien d'autres écrivains ecclésiastiques s'appuient de leur témoignage. Ce que ces divers auteurs rapportent comme se trouvant dans ces Actes se rencontre aussi dans la composition connue sous le nom dï Evangile de Nïcodëme , et qui se compose de deux parties bien distinctes ; la première s'étend jusqu'au seizième chapitre ; elle donne le récit de la condamnation , de la passion , de la sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ, récit compilé d'après les Évangélistes , d'après les Actes de Pilate et grossi de quelques fables ; la seconde partie , chapitre 17 à 27, renferme le récit si remarquable des fils de Siméon, Carinus et Leucius , rappelés à la vie et racontant la descente de Jésus-Christ aux enfers et ce qui se passa alors entre les puissances de l'abîme , les patriarches et le Sauveur.
Cette légende est sans nul doute l'œuvre d'un écrivain de race juive qui voulait opposer à l'incrédulité des sectateurs de Moïse , le témoignage des contemporains de Jésus-Christ ; il est probable qu'il vivait au
cinquième siècle , mais à cet égard, comme à celui de la langue dont il fit usage , on en est réduit à des conjectures plus ou moins hasardées. À l'exception d'un compilateur obscur que cite Léon Allatius , (De libris eecles. Grcec. p. 235), les auteurs grecs ne font nulle part mention de l'Évangile de Nicodèmej par contre, nous le voyons de bonne heure goûté et répandu dans tout l'occident. Grégoire de Tours est le premier qui en ait fait usage ; dans son Histoire des Francs, liv. 1, ch. 21 et 24, il l'analyse en détail; Vincent de Beauvais , Jacques de Voragine et une foule d'autres écrivains du moyen-âge , ont maintes et maintes fois recouru à cet écrit dont l'autorité n'est jamais suspecte à leurs yeux.
Remarquons aussi que la légende telle que la donne la seconde partie de l'Évangile en question , a été connue d'un grand nombre de docteurs de l'une et de l'autre église. Un auteur grec , Eusèbe d'Alexandrie , dans un discours publié pour la première fois par Augusti , la paraphrase avec énergie ; elle ne renferme guère une seule phrase que l'on ne pût mettre en regard de citations multipliées prises chez maint écrivain des premiers siècles. Thilo a discuté tous ces rapprochements dans un commentaire étendu que nous avons dû laisser de côté , notre intention étant d'écarter de notre travail tout ce qui ressemblerait à une discussion théologique.
Nous mentionnerons comme offrant des recherches de philologie assez étendues les travaux de W. H. Brunn, Disquisilio hist. crit. de indote, œtate et usa libri apocr. vulgo inscrip. Etang. Nicod. (Ber-
lin, 1784, 8n) , et ceux de Staudlin, [Gotting. Bibl der neuest. theoL liter. 1. 762 , et JSùrnberg lin. Zeit. 1794, n° 94 , p. 745). Ces divers ouvrages se rencontrent assez difficilement en France, mais on peut y suppléer en recourant à celui que nous allons indiquer.
Un écrivain dont les travaux déjà assez nombreux (1) témoignent d'une érudition solide et d'un goût bien rare pour des recherches sérieuses, M. Alfred Maury, a récemment inséré dans la Revue de philologie , de littérature et d'histoire ancienne , tom. II , n° 5 , p. 428 à 442 , une dissertation sur la date de l'Évangile de Nicodème et sur les circonstances auxquelles on peut attribuer la rédaction de cet ouvrage. Indiquons succinctement à quelles conséquences l'examen des textes amène 31. Maury.
Le nom d'Amanias ou plutôt d'Emmaïas que l'auteur se donne paraît être le nom grécisé de Heneb. Cet auteur prétend avoir travaillé d'après un original hébreu , mais ce qui montre qu'il a suivi des écrits latins , c'est qu'il a intercalé , dans sa version grecque, des mots latins qu'il a seulement transcrits en caractères helléniques. Parmi les noms donnés aux prosélytes qui s'annoncent comme Juifs de nation, on trouve des noms latins que jamais n'ont portés des Israélites. En somme, la rédaction delà première partie de l'Évangile de Mcodème ne semble pas remonter bien au-delà du cinquième siècle. L'auteur se présente comme un Juif converti ; s'il dit vrai , il était peu instruit dans sa langue , et , loin d'avoir travaillé d'après un texte hébreu , il n'a fait qu'une compilation où des détails
empruntés à un apocryphe latin ou du moins à des légendes latines plus anciennes sont mêlés à des faits racontés dans les Évangiles canoniques.
La seconde partie ne paraît point, comme l'ont pensé quelques critiques , une œuvre distincte de la première , avec laquelle une main plus moderne l'aurait raccordée. La ressemblance du style , la liaison des idées , indique un seul et même auteur.
« Quant au fond du récit de la descente de Jésus- » Christ aux enfers , il est évidemment puisé chez » les auteurs chrétiens des troisième et quatrième » siècles. En parcourant les ouvrages des Pères de » cette époque, on retrouve le même langage, les » mêmes figures oratoires ; seulement dans le pseudo- » évangile le tableau s'est agrandi ; il a pris des pro- » portions plus fortes , et le côté allégorique a fait » place à l'interprétation littérale. » A l'appui de cette assertion , M. Maury met à côté de divers passages de l'écrit qui nous occupe , de nombreuses citations empruntées aux écrits de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Jean Chrysostôme, de Firmicus Maternus, d'Origène, de saint Hippolyte, etc. Il montre que l'idée de presque tous les faits présentés dans la relation des prétendus fils de Siméon sont puisés chez les auteurs ecclésiastiques des troisième , quatrième et cinquième siècles , circonstance qui montre que cette composition est l'œuvre d'un Juif converti, ou du moins d'un chrétien imbu de croyances judaïques qui vivait à peu près de l'an 405 à 410 et qui s'est proposé de combattre indirectement l'opinion d'Apollinaire ; cet évêque de Laodicée , à la fin du quatrième siècle , rejeta
le dogme de la descente aux enfers, dogme qui contrariait la doctrine qu'Apollinaire exposait au sujet de l'incarnation, il fut le chef d'une secte qui ne tarda pas à s'éteindre,
M. Maury remarque que les monuments figurés montrent que l'art chrétien emprunta ses sujets à Y Évangile de Nicodéme. Il cite des diptyques publiés par Gori, (Thésaurus veter. diptych. tom, I, pl. \Uf 30 et 51), qui représentent le Christ se penchant vers le fond de l'enfer représenté par un antre et en tirant par la main un des Saints qui s'élancent vers lui, ou bien foulant aux pieds le démon et allant délivrer les justes. Ailleurs, il marche sur les portes de l'enfer et délivre divers personnages dans lesquels on peut reconnaître Adam , Eve et le bon larron. Des sujets analogues se retrouvent dans Y Histoire de l'art par Seroux dWgincourt , (peinture, pl. 52, et 69).
Ce serait une longue tâche que de vouloir entreprendre l'histoire littéraire d'une composition aussi célèbre durant des siècles, aussi répandue que l'Évangile de Nicodéme. Bornons-nous à en offrir une esquisse.
Le texte grec se trouve , très- défiguré par l'impéritie des copistes , dans quatre manuscrits conservés à la bibliothèque du Roi ; Thilo les a collaiionnés avec un soin scrupuleux et il s'est aidé des diverses leçons qu'ils présentent pour arriver à présenter le sens le plus naturel. Il s'est également servi de deux manuscrits grecs de la bibliothèque de Munich , l'un et l'autre incomplets, mais qui lui ont fourni de bonnes variantes, d'un manuscrit du Vatican , déjà publié
par Birch , (Anctuar. p. 109 et 151), et d'un manuscrit de Venise où nous apprenons qu'à des époques peu éloignées, l'Évangile de Nicodème se lisait dans les églises grecques , non comme faisant partie de l'Écriture-Sainte , mais comme légende édifiante et digne de foi , comme l'œuvre d'un auteur respectable.
Quant au texte latin , Thilo a donné celui d'un manuscrit fort ancien de la bibliothèque du couvent d'Einseidlin , manuscrit qui paraît antérieur au dixième siècle et dont il a confronté les leçons nouvelles avec un grand nombre de manuscrits dispersés à Halle, à Rome , à Copenhague , à Paris ; la bibliothèque royale en contient dix-huit (2) ; le savant allemand en a collationné six en entier; aucun ne lui a fourni un texte préférable à celui que donne le Codex Einsidlensis. Une multitude d'autres copies sont éparses dans toutes les grandes bibliothèques ; l'ancien catalogue de la Bodleyenne à Oxford en indique treize , mais aucun d'eux n'offre rien de nouveau.
C'est à l'Évangile de Nicodème qu'est due l'introduction dans les traditions armoricaines et dans les romans de la Table-Ronde du mythe célèbre du St-Graal , de ce vase sacré dans lequel Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang précieux de son maître.
Le roman de l'enchanteur Merlin semble de son côté s'annoncer comme une suite de la seconde portion de l'Évangile dont nous parlons. Voici le début en prose de cette composition si populaire au moyenâge.
« Molt fu iriés li anemis quant nostres sires ot es- » tet en infer „ et il en ot gité Eve et Adam et des
» autres tant coin lui plot, et quant li deables virent
» ce, si en orent mult grant paour , et mult lor vint
» à grant mervelle , si s'assainblèrent luit et disent :
» Qui est cil hons qui ci nous a esforchiés , etc. »
Dès son début l'imprimerie se hâta de répandre une légende qui avait donné tant d'ouvrage aux copistes. Les bibliographes en ont enregistré trois éditions latines exécutées en Allemagne avant 1500; il en existe d'autres de Leipzig , 1516; Venise, 1522 ; Anvers, 1528; Paris, 1545. Le texte de ces diverses éditions présente des différences qu'il serait fort inutile de discuter; nous dirons seulement que le plus mauvais de tous les textes est celui de l'édition de Fabricius ; il n'a été revu sur aucun manuscrit ; il paraît avoir été formé un peu à la hâte , d'après la confrontation de deux ou trois des anciennes éditions , sans que rien indique celles que l'éditeur a eues sous les yeux. Birch et Schmid ont donné , sans rien y changer , le texte de Fabricius , Jones a fait usage de celui que présente le recueil de Grynœus (Monumenta S. S. Patrum, 1569) , en y introduisant quelques corrections. Il n'est plus permis dorénavant de citer un autre texte que celui de l'édition de Thilo.
Les diverses nations de l'Europe s'empressèrent de s'approprier un ouvrage qui répondait si bien aux croyances de l'époque. Les versions de l'Évangile de Nicodème se multiplièrent rapidement et c'est un fait qu'il ne sera pas permis de négliger lorsque l'on voudra écrire l'histoire de la traduction au moyen-âge , travail curieux et bien propre à faire connaître le
mouvement intellectuel du monde civilisé pendant quatre siècles.
Cette légende paraît surtout avoir joui d'une grande faveur en Angleterre ; de nombreuses traductions restées manuscrites , sont répandues dans les bibliothèques des Ïrois-Royaumes ; l'hérésiarque Wiclef fut du nombre de ces translateurs. De 1507 à 1532 , l'on en connaît sept éditions imprimées à Londres chez Julien Notary, chez Winkin de Worde, chez J. Scott, et il existe aussi deux éditions sans date, dont l'une fut exécutée à Rouen, chez J. Cousturier ; ce n'est pas le seul ouvrage publié alors en Normandie pour l'usage des lecteurs britanniques (3).
En 1767, une ancienne traduction anglaise parut à Londres , chez Joseph Wilsond qui rajeunit l'orthographe , mais qui ne s'expliqua point sur l'origine de la légende qu'il publiait. Elle offre un récit qui s'écarte en maint endroit du texte latin tel que le donne Thilo ; elle renferme des traits fabuleux et des détails singuliers qui paraissent avoir été ajoutés après coup. Nous en rapporterons le prologue :
« Il arriva dans la dix-neuvième année du règne » de Tibère César , empereur de Piome, et sous le » règne d'Hérode qui était roi de Galilée, la qua- * » trième année du fds de Velom qui était conseiller de » Rome comme Oiympias avait été deux cent deux ans » auparavant. Alors Joseph et Anne étaient élevés en » seigneurie au-dessus des juges , des magistrats, des » mages et de tous les Juifs. Nicodôme, qui était un^di- » gne prince, écrivit cette histoire en hébreu, et » Théodose , l'empereur, la fit traduire de l'hébreu
» en latin , et levêque Turpin la traduisit du latin en » français , et s'ensuit cette bienheureuse histoire , » appelée l'Évangile de Nicodème. »
Dans aucun des manuscrits latins , il n'est à ce que nous voyons , fait mention de Turpin , devenu si fameux au moyen-âge , comme le fidèle compagnon de Charlemagne et comme son historiographe.
Dans un recueil d'ouvrages anglo-saxons que Ed. Thwaites mit au jour à Oxford en 1698 , l'on trouve une version de l'Évangile de Nicodème , faite sur un texte latin tel que le présentent, avec peu de différences, tant de manuscrits.
Une traduction française d'une portion de cette légende , se rencontre dans un roman de chevalerie, où l'on n'irait pas la chercher , dans Y Histoire du roi Per ceforest , publiée à Paris, en 1528, en 3 volumes in-folio, réimprimée dans la même ville en 1531-1532. C'est au 66e chapitre du 6e livre (feuillet 121 du 6e volume de la lre édition ; feuillet 107 du tome 3 de la 2e) , que se trouve l'extrait en question. Ce chapitre est intitulé : Comment le roy Arfaran sen alla en iysle de vie, publier la foy catholicque et racompter au long la passion et résurrection de Jésus-Christ au roy Gadiffer Descosse et au roy Percsforest Dangleterre, à la sage royne et aux autres, et du contenu des lettres que Pylate escrypuit à Claudius empereur de Homme. Le prêtre Nataèl qui a eu pour maître Joseph ùïAlarimathie et qui accompagne le roi Arfaran , lit devant une réunion choisie où se distinguent plusieurs têtes couronnées , la benoyste passion tout ainsi que Nicomedus la fist escrypre mot à mot, laquelle passion,
« ajouta-t-il : » jay sur moy cscrypte de ma propre main s mal volontiers yrois sans lavoir.
Il sortit en 1497 , des presses de J. Trepperel , un écrit intitulé : Passion de N. -S. -Jésus- Christ , faicte et traitée par le bon maistre Garnaliel et Nicodemus son neveu , et le bon chevalier Joseph Dabrimatie translatée du latin en françois. Ce volume est orné de figures en bois , assez jolies.
C'est un m-k° de 58 feuillets non chiffrés et dont le dernier , signé L iii , est suivi de trois feuillets non signés. Le titre du livre est ainsi conçu : « A loneur de Noslre-Seigneur-ïhesucrist a este translatée de latin en françoys la benoiste passion et résurrection par le bon maistre Garnaliel et Nichodemus son nepueu et le bon cheualier Ioseph Dabarimathie disciples de Ihesucrist laquelle sensuyt.
On lit au verso du premier feuillet :
« Cy commence la mort et passion de Ihesucrist laquelle fuct faicte et traitée par le bon maistre Garnaliel et Nicodemus son nepueu et le bon cheualier Ioseph Dabrimathie, disciples secrets de Notre-Seigneur.
» En celluy temps que Ihesucrist prit mort et passion en la cite de Hierusalem soubz la main de Ponce- Pylate qui estoit senechal de Hierusalem pour Iulius César , empereur de Romme,, et auoit son lieu en Hierusalem et en Cesarie partout icelluy règne, et auoit Pylate auec soy ung gentilhomme cheualier ( 2e feuillet recto) qui auoit nom Nicodemus , lequel auoit cent cheualiers soubz soy qui estoient aux gages de l'empereur pour garder la cité d'Ihlz , pour conseiller et ayder à Pylate; aussi estoit ung maistre à Hierusalem
qui lisoit les loys de Moyse qui auoit nom Gamaliel , qui estoit moult sage et Pylate et les outres Iuifs croioient fort son conseil et estoit oncle de Nicodemus et aussi auoit là ung prudliomme qui auoit nom Ioseph Dabarimatie qui estoit né naturellement à Barimathie, et estoit Iuif et disciple de Ihesucrist secrètement , car il ne osoit faire semblant pour doubte des Iuifz. Mais segretement il escoutoit les paroles de Ihesucrist et estoit à ses sermons, uoulentiers aloit là où il sçauoit les amys de Ihesucrist et quant Pilate auoit riens afaires, il mandoit Gamaliel, rsichodemus et Ioseph et tout ce qu'ilz lui conseilloit , il faisoit. »
Rapportons une circonstance relatée au feuillet E ii :
« Comme après que Ihesucrist fut trespasse Annas et Cayphas allèrent autour de la croix veoir si estoit mort. Et tantost Annas et Cayphas et plusieurs aultres des Iuifz allèrent enuiron la croix pour veoir si Ihesucrist esloit mort et les aultres non , et Cayphas dist a Centurion quil lui faillit percer le costé dune lance , et Centurion dist que riens nen feroit pour tout le monde, car il auoit veu les plus grands merueilles que onques ne vit ne ouyt dire pour mort de nul homme, et tantost ung Iuif qui auoit nom Longis et estoit aueugle et si estoit un gentilhomme de Romme qui le prit par la main et luy dist : Veulx-tu recouruer la veue ; oui, dist -il, si! se peult faire, et le Iuifz print une longue lance et fist toucher le fer de la lance au coste de Ihesucrist et lui dist quil boutast fort , et tantost en yssit sang et eaue meslee et descendit du long de la lance iusques aux mains de ce Longis et il en toucha
sesyeulx , or tantost après quil eut touché à ses yeulx, il vit elèrement et tous ceulx qui uirent le miracle cheurent par terre et disoient que mal leur estoit pris, car ils auoient liure à mort Ihesucrist , et Ioseph Dabrimathie prisl ung vaisseau là où il retint le sang de Ihesucrist et retint la lance et la mist en la cite de Hierusalem. »
L'extrême rareté de ce livre nous fera pardonner les détails dans lesquels nous sommes entrés à son égard.
N'oublions pas un autre ouvrage du même genre : La vie de Jesu-Crist. — La mort et passion de Iesucrist, laquelle fut composéevpar les bons et expersmaîtres,, Nicodemus et Joseph d'Arimathie. — La destruction de Hierusalem et vengeance de nostre Saulveur et Rédempteur Jésus-Christ , faicte par Vespasien et Titus son fils. Lyon. J. de Ghandeney , 1510. 4°. La première des trois parties dont ce compose ce volume , est mêlée de vers et de prose ; elle se compose de 37 feuillets; la seconde partie a 32 feuillets et la troisième 16.
En Italien , indépendamment de l'extrait qu'en donna d'après le français et de seconde main la dilettevole historia del valorossissimo Parsaforesto Re délia gran Bretagna (Venise, 1558, 6 vol. 8°), l'Évangile de Nicodème trouva divers traducteurs dont les travaux sont demeurés inédits. Lami indique comme se trouvant à la bibliothèque Riccardiana un Evangelio di Nicodemo Catal. 1756, (p. 181) etNicodeme, Narrazione délia resurrezione di Ckristo. D'après Lami qui en parle dans son savant ouvrage de eruditione
Àpostolorwn (Florent. 1738, p. 181), le premier de ces manuscrits est une paraphrase plutôt qu'une traduction fidèle. Un manuscrit du Vatican (5420) , contient une histoire de la passion de Jésus-Christ écrite en Italien par un Juif converti , du nom d'Isaac, et des emprunts considérables faits à la légende de Nicodème s'y font remarquer.
Nous ne connaissons pas de version espagnole , mais en allemand il en existe de nombreuses , restées inédites et toutes plus ou moins chargées d'interpolations. L'on connaît six éditions imprimées séparément; deux sont sans date , elles appartiennent au quinzième siècle ; les autres virent le jour en 1555, 1616, 1676 et 1684. Aucune n'offre de particularités dignes de remarque. Un livret en langue hollandaise sorti en 1671 des presses de Rotterdam, est intitulé : TWonderlyck Evangeïium van Nicodemus.
On n'a trouvé encore aucune traduction complète de l'Évangile de Nicodème dans quelques-unes des langues de l'Orient , mais la trace des récits qu'il renferme se rencontre dans divers auteurs syriens ou coptes ; Assemani dans sa Bibliotheca Orientalis, (Rome, 1719-28, 4 vol. f°.) et Zoëga dans un ouvrage que nous allons avoir occasion de citer, en ont fait mention ; des légendes puisées à la même source se montrent aussi dans divers manuscrits arméniens et arabes de la bibliothèque du Roi et de celle du Vatican. Nous donnerons ici la traduction du début d'une de ces relations arabes telle que l'illustre Silvestre de Sacy la fait passer en latin; c'est celle du manuscrit n° 160 de la bibliothèque du Roi.
Au nom du Père , et du Fils et du Saint-Esprit , un seul Dieu ; le martyre de Pilate ; sermon qu'a composé notre Père saint , digne de toute vénération , l'abbé Hériaque , évêque de Balmessa , sur la résurrection de Notre-Seigneur- Jésus- Christ d'entre les morts et sur les tourments qu'il a soufferts dans la ville de Jérusalem , lorsqu'il fut cruçjfié , sous Ponce- Pilate. Lorsque Notre-Seigneur, Dieu et Sauveur, eut été crucifié , les vénérables princes Joseph et Nicodème , le descendirent de la croix et le placèrent dans un sépulcre neuf. La vierge Marie pleurait et désirait aller au sépulcre de son fils ; mais elle ne pouvait le faire à cause de la peur qu'inspiraient les Juifs, c'était le jour du Sabbat qui vient après la sixième fête et, ce jour-là, personne ne pouvait sortir ni se livrera quclqu'occupation que ce fût. Le matin de la première fête, la vierge Marie prit avec elle d'autres femmes et elle emporta des parfums pour oindre le sépulcre. Marie devança Les autres femmes et elle vint au sépulcre avant que les ténèbres de la nuit fussent dissipées, et elle vit que la pierre qui fermait la porte du tombeau avait été ôtée. Et lorsqu'elle était frappée d'étonnement , elle vit deux Anges vêtus de blanc , assis l'un à la tête , l'autre aux pieds de l'endroit où avait été posé le corps de Jésus, et ils lui dirent : «Femme, pourquoi pleures-tu? » Elle répondit: « Parce qu'ils ont enlevé le corps de mon Seigneur et je ne sais où ils l'ont mis. » Et se retournant, elle vit Jésus qui lui dit : « Femme , quel est le motif qui te fait verser des larmes et pourquoi pleures-tu? etc»
Dans la suite de son discours, l'écrivain oriental
dit que tout ce qu'il raconte a été écrit par Gamaliel et Anne (Ananie), hommes pieux et doctes qui étaient avec Joseph et Nicodème et qui furent témoins de la passion ; il ajoute que Pilate obtint la palme du martyre , car il embrassa la foi de celui qu'il avait condamné, et Hérode, l'ayant envoyé à Rome, il y eut la tête tranchée.
M. Dulaurier , dans un écrit que nous avons déjà cité , a traduit un fragment des Actes de saint André et de saint Paul, inséré par Zoëga dans son Catalogus codicum copticorum qui in museo Borgiano adservantur (Romce, 1810 , folio).
Saint Paul raconte qu'ayant pénétré dans le sein de l'abîme, il a vu le lieu où résident les âmes.
« Le Sauveur est descendu dans l'Àmentès ; il en a » retiré toutes les âmes qui s'y trouvaient, il l'a rendu » désert ; les gardiens de l'Amentès pleurèrent sur le » Diable en ces termes : Tu te glorifiais d'être lioi ; » lu disais : c'est moi seul qui le suis. Nous voyons » bien maintenant que c'est faux, car celui qui est » ton Roi est venu ici et en a ramené toutes les âmes » qui étaient soumises à ton pouvoir. — Alors îe » Diable s' adressant aux légions infernales : O vous » puissances de mon empire , leur dit-il , qui pensez » qu'un autre l'emporte sur nous , parce qu'il est » descendu en ces lieux , ne nous reste-t-ii pas une » âme qu'il n'a pu délivrer ?.... Écoute-moi (ô mon » frère André) . je te dirai que j'ai vu les rues de » l'Amentès désertes , personne ne les habitait et les » portes que le Seigneur avait brisées étaient en mor- » ceaux. Tu vois ce fragment de bois qui est dans
» mes mains et que j'ai rapporté avec moi ; il formait » le seuil des portes que le Seigneur a détruites.
Moi , Émée, Hébreu, qui étais docteur de la Loi chez les Hébreux , étudiant les Divines Écritures ; m'appliquant dans la Foi , aux grandeurs des Écritutures de Notre-Seigneur-Jésus-Christ , revêtu de la dignité du saint Baptême, et recherchant les choses qui se sont passées et qu'ont faites les Juifs sous le gouvernement de Ponce -Pilate; trouvant le récit de ces faits écrits en lettres hébraïques par Nicodème, je l'ai interprété en lettres grecques, pour le porter à la connaissance de tous ceux qui adorent le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et je l'ai fait sous l'empire de Flavius Théodose, la dix-huitième année et sous Valentinien Auguste. Vous tous, qui lisez ces choses dans les livres grecs ou latins, je vous prie de daigner intercéder pour moi , pauvre pécheur, afin que Dieu me soit propice et qu'il me remette tous les péchés que j'ai commis. Que le paix soit aux lecteurs, le salut à ceux qui entendront. C'est la fin de la préface.
Ceci arriva dans la dix-huitième année de l'empire de Tibère , César , empereur des Romains, et d'Hérode, fils d'Hérode , empereur de Galilée , l'an dixhuitième de sa domination , le huit des calendes d'avril, qui est le vingt-cinquième jour du mois de mars sous le consulat de Ruffin et de Rubellion ; la qua-
trième année de la deux-cent-deuxième olympiade, lorsque Joseph et Caïphe étaient grands-prêtres des Juifs ; et Nicodème écrivit alors en lettres hébraïques, le récit de tout ce qui s'était passé lors du Crucifiement du Seigneur et après sa Passion (k).