‹ Les Évangiles apocryphesChapitre 2 sur 211 · TII · texte numérisé non relu

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quel, occupant un rang inférieur, tenait renfermés dans ses vastes cavernes les patriarches, les prophètes, et, en général, tous ceux qui étaient morts avant l'avènement du Christ. En lisant le récit de leur délivrance, de leur entrée dans la loi nouvelle, on ne peut manquer de reconnaître une énergie d'expression, une vigueur de pensées peu communes. »

Notre traduction a été conçue et exécutée dans un système de fidélité rigoureuse ; nous avons uniquement cherché à rendre le texte original que nous avions sous les yeux, sans l'embellir, sans lui prêter aucun ornement, sans en faire disparaître ce que l'on prendrait aujourd'hui pour des vices de rédaction littéraire.

Quelques notes ont été annexées lorsque nous avons jugé que certains passages réclamaient des éclaircissements, ou étaient susceptibles de donner lieu à des rapprochements qui pussent offrir de l'intérêt. Plusieurs fois nous nous sommes aidés des travaux des éditeurs nos devanciers, mais nous avons cru devoir élaguer les discussions théologiques, les minuties grammaticales, l'attirail des variantes, enfin tout ce dont les commentaires que nous avons consultés ont été grossis énormément.

Nous avons disposé ces légendes dans Tordre qui nous a paru le plus logique, dans celui qui nous a semblé devoir présider à leur lecture ; il s'écarte de la classification adoptée parles éditeurs. Fabricius a débuté par l'évangile de la Nativité de Marie, et Thilo par Y Histoire de Joseph. Celle-ci,

le savant hambourgeois l'avait placée parmi les légendes de l'Ancien Testament : elle appartient toutefois exclusivement au Nouveau.

Chaque composition sera précédée d'un court avant-propos, dans lequel nous relaterons ce qui la concerne plus spécialement. Du reste, dans tout notre travail de critique et de glossateur, on ne peut voir qu'un précis des plus modestes et des moins prétentieux.

Nous allons maintenant donner sur l'ensemble de la collection quelques détails de bibliographie ; quant à cette portion de nos recherches , nous lui avons donné des soins particuliers, d'abord afin de faciliter les investigations des personnes qui voudraient approfondir ce que nous avons dû nous borner à effleurer, et ensuite parce que la bibliographie, beaucoup trop souvent négligée, est un excellent instrument de travail, une science bien plus difficile qu'on ne croit, et dont l'importance est chaque jour mieux sentie.

Le mérite d'avoir le premier recueilli quelquesunes des légendes apocryphes relatives au Nouveau Testament, revient à Michel Neander, théologien allemand du seizième siècle ; il les joignit à une édition grecque-latine du petit catéchisme de Luther, imprimée à Bàle en 1543, et reproduite en 1547 avec diverses additions. Une partie du travail de Neander reparut à Hambourg en 1594 par les soins de N, Glaser, qui l'accrut de quelques autres fragments. Plusieurs de ces écrits furent également insérés dans différentes collections volumineuses,

telles que les Bibliothèques des Pères, éditées à Paris, à Cologne ou à Lyon, dans les Orthodoxographa de J.-B. Hérold (Bâle, 1555), dans le recueil de J.-J. Grymaeus (Monumenta S. Patrum orthodoxographa, Bàle, 1569), dans l'ouvrage de Laurent de la Barre : Historia christîana veterum patrum. Paris, 1583, in-f°.

Ce fut un des plus infatigables érudits de la laborieuse Allemagne, qui réunit le premier en corps d'ouvrage tous ces écrits épars dans des livres d'un accès peu facile; Jean Albert Fabricius, si connu par ses immenses travaux de bibliographie et d'histoire littéraire, fit paraître à Hambourg, en 1703, la première édition de son Codex apocryphus nom Testamenti; elle fut réimprimée avec quelques additions en 1719-1743, trois parties, 2 vol. in-8°. On pourrait désirer dans ce recueil et dans les préfaces, notes et dissertations dont il est gonflé, plus de méthode et de concision ; depuis un siècle une exégèse infatigable et clairvoyante a découvert de nouvelles pièces, elle a épuré les textes, elle a perfectionné l'œuvre des critiques antérieurs, mais elle a rendu justice au zèle et à l'érudition de ceux qui avaient déblayé le terrain.

Justement recherché, l'ouvrage, dû au savoir et à la patience de Fabricius, est devenu rare ; son prix est élevé. Réuni aux deux volumes du Codex pseudep. Vet. Test., il s'est payé 63 fr. à la vente Langlès, et tout récemment 49 fr. à celle de Daunou.

Peut-être Fabricius n'eût-il pas dû grossir sa collection en y insérant de* liturgies attribuées à diflfê-

rents apôtres, et le Livre du Pasteur attribué à saint Hermas (1) ; productions étrangères aux apocryphes proprement dits. Il a écarté Y Histoire de Prochore, déjà publiée plusieurs fois, et les Actes de saint Paul et sainte Thècle; ces écrits lui ont paru, et non sans raison, ne contenir que des récits privés de toute vraisemblance ; mais était-ce un motif suffisant pour rejeter des légendes qui servent du moins à constater le mouvement de l'esprit humain à une des plus grandes époques de son histoire?

Un théologien anglais, Jérémie Jones, recueillit à Londres, en 1722, les écrits apocryphes du Nouveau Testament, et cette collection reparut à Oxford en 1798. Elle est à peu près introuvable hors de la Grande-Bretagne ; elle se partage en trois volumes. Le premier est consacré aux écrits dont il ne nous est parvenu que des fragments ; le second contient les légendes que nous possédons dans leur état d'intégrité ; le troisième, étranger aux apocryphes, présente une défense de l'authenticité des écrits ca-

(1) Cet ouvrage remarquable est un véritable petit poème, plein de grâce et de fraîcheur; le texte grec paraît perdu. Un ange y parle sous la figure d'un pasteur; de là son titre. Il fut écrit avant la persécution de Domitien. Hermas fut disciple des apôtres, et Ton croit que c'est lui que saiul Paul fait saluer de sa part. ( Epîlre aux Romains, xvr. ih). Nous renvoyons d'ailleurs à un article plein d'intérêt inséré dans ln Revue Européenne, n° 32, tom. ix. Nous mentionnerons aussi quelques savantes monographies venues d'outre-Rhin; Torelli, Dissert, hist. placita quœdam IlermœV. ut habiiur Ap. eothib. (Lond. goth., 1825. 4°) ; Gratz, Disq. in Pastor. Herm. fBorra, 1820, A°) ; Jachmann, D. Hirle dar Hermas, E, Beitrag, Patrie* (Konisbarg, 1835, 8°),

noniques et une réfutation des déïstes. Gomme éditeur, Jones s'est borné à reproduire les textes grecs ou latins donnés par Fabricius, en y joignant une traduction anglaise ; il n'a point voulu donner de notes nouvelles, il n'a point cherché à perfectionner le travail de son devancier.

Après Fabricius et Jones, les légendes apocryphes demeurèrent longtemps négligées ; les théologiens, les philologues du dix-huitième siècle ne s'en occupèrent pas; il faut attendre jusqu'à l'an 1804 pour voir surgir deux écrits qui les concernent.

L'un est le Corpu§ omnium veterum apocryphorum extra biblia que C. G. L. Schmidt édita à Hadémar, petite ville du grand duché de Nassau. Cet essai, qui n'eut point de suite, ne mérite guère de nous arrêter ; il ne renferme que des textes latins peu corrects des évangiles de la Nativité de Marie, de l'Enfance et de Nicodème.

L'autre écrit est plus important; c'est YAuctuarium codicis Apocrypki 2V. T, Fabriciani, dont l'évêque d'Arhus, André Birch, mit au jour le premier fascicule à Copenhague. Lne narration de Joseph d'Arimathie, une apocalypse apocryphe de saint Jean, des rescrits de Tibère à Pilate y furent publiés pour la première fois ; des variantes furent recueillies pour quelques légendes déjà connues. Tout en rendant justice au zèle du prélat danois, nous devons convenir que son travail ne répondit pas toutà-fait à l'attente des savants ; les morceaux inédits qu'il publia ne sont pas d'un vif intérêt, et ils sont défigurés par un si grand nombre de fautes de toute

espèce, qu'il est souvent bien difficile d'en découvrir le sens.

Plusieurs érudits, pénétrés de l'importance des écrits apocryphes, avaient songé à leur consacrer leurs veilles; le comte Léopardi, cet illustre philologue italien, mort à la fleur de l'âge (1), caressait l'idée de mettre au jour un supplément au recueil de Fabricius : il n'en a rien paru.

En 1832, J. Ch. Thilo, professeur de l'Université de Halle, fit paraître à Ltipzig le premier volume du Codex apocryphus Novî Testamenti. C'est un in-8° de cl\ et de 896 pages ; les textes arabes et grecs ont été revus avec soin sur un grand nombre de manuscrits ; une foule de variantes sont recueillies et discutées avec une attention scrupuleuse qui ne se dément jamais ; des notes sont jetées au bas de chaque page, et quelques-unes d'entr'elles méritent, grâce à leur étendue, le nom de véritables dissertations ; elles portent sur le choix, sur l'emploi des mots ; elles éclairassent des points obscurs d'histoire ou de géographie. Un juge fort compétent, M. Hase, a rendu dans le Journal des Savants (juin 1833) le compte le plus favorable de cette publication, qu'il proclame une des productions philologiques les plus importantes qui aient paru de-

(1J La Bibliographie universelle, tom. lxxi, p. 332 a consacré une notice intéressante à cet écrivain enlevé à trente-neuf ans, et qui, comme érudit, comme prosateur et comme poète, «'est placé bu premier rang de ses compatriotes et contemporains. M. Sainte-Beuve en a fait l'objet de quelques pages bien finement écrites. Voir la Renie des Deux-Mondes , septembre 184^, et le tome III des Portraits littéraires.

puis le commencement de ce siècle. Elle est malheureusement demeurée inachevée ; la mort n'a point permis au laborieux éditeur de mettre au jour le second et le troisième volume qu'il promettait.

Les légendes apocryphes n'ont point été recueillies et traduites en entier dans des ouvrages modernes.

En 1769 il parut, sous la rubrique de Londres, un volume in-8° intitulé : Collection d'anciens évangiles ou monuments du premier siècle du Christianisme, extraits de Fabricius, Grabius et autres savants, par l'abbé B***. Cette compilation fut attribuée à l'abbé Bigex, l'un des secrétaires de Voltaire; elle fut certainement faite sous la direction de l'auteur de la Henriade et retouchée par lui. (Barbier, Dict. des Anonymes, n°244î Quérard, France Littéraire, x, 288).

Dans cette version infidèle, tronquée, conçue dans une pensée irréligieuse^ on ne trouve que cinq des évangiles édités par Fabricius, les lettres et la relation de Pilate, et les actes de saint Pierre et saint Paul rédigés par Marcel. La traduction anglaise de Jones a, de son côté, été imprimée à part à Londres, et un journal allemand nous apprend qu'une version suédoise des légendes apocryphes a vu le jour en 1818 à Stockolhm. Nous avons sous les yeux la traduction allemande faite par le docteur C. F. Borberg, et imprimée à Stuttgart en

Une foule d'écrivains, dont rénumération serait aussi longue que fastidieuse, Élie du Pin , Ceil-

lier, Tillemont, dom Calmet, Mill, Michaëlis, Eichhorn, etc., etc., se sont occupés, en passant, et dans leurs volumineux ouvrages, des légendes apocryphes du Nouveau Testament; en fait de publications spéciales, nous mentionnerons la dissertation de Th. Ittig, De pseudepigraphis Chrisli, Virginis Mariœ ei Apostotorum, jointe à son travail sur les hérésiarques de l'époque apostolique (Leipzig, 1696), et l'ouvrage de Kleuker, iiber die Apokryphen des N. T. (Hambourg, 1798).

Nous signalerons aussi : J. J. Eurenius, De librxs N. T. in génère. Lund, 3738, in-4° ; de Burigny, Sur les ouvrages apocryphes supposés dans les premiers siècles de l'Église, mémoire inséré dans l'Histoire de l'Académie des Inscriptions, tom. xxvn, p. 88 ; Is. de Beausobre, Dissert, de N. T. libris apocryphis, Berlin, 1734, in-8°. Nous n'avons pu réussir à consulter VEssay concerning the books commonly called apocrypha. (London , 1740, in-8ù). Nous avons déjà fail mention du remarquable travail de M. Douhaire, inséré dans V Université Catholique (1); nous citerons aussi une thèse en deux parties (40 et 22 p. in-4°), imprimée à Konigsberg en 1812 : De Evangeliis quœ ante Evangelia canonica in usu Ecclesiœ cliristiance fuisse dicuntur... publiée defendet D. F. Schatz, et nous n'omettrons pas une dissertation de F. J. Arens : De Evangeliorum apocryphorum in canonicis usu historico , critico , exegctico. (Gottingce, 1835, 61 p. in-4°).

(1)T. iv, p. 361-369; v, 121-131, 270-279 ; vi, 108-115 ; m, 975-385 • vni, 93-103: ix, 354-3*4 s x, 255, 349-359,

Tels sont les principaux ouvrages auxquels nous avons dû recourir, afin de servir de base au travail que nous offrons aujourd'hui au public. Nous osons nous flatter qu'il sera accueilli avec quelqu'indulgence. Les Évangiles apocryphes méritent assurément d'être lus, bien qu'ils ne puissent, sous aucun rapport, se comparer à l'admirable et sublime simplicité qui fait des quatre Évangiles canoniques un livre complètement à part.

Nous avons divisé notre travail en trois parties ; la première renferme la traduction , accompagnée de notes, des sept Évangiles que contient le recueil édité par Thilo; la seconde est relative à divers Évangiles dont il n'est parvenu que de bien courts fragments et à quelques écrits qui touchent aux apôtres; la troisième enfin, appendice de notre travail, est consacrée à de curieuses compositions qui se classent parmi les livres apocryphes de l'Ancien Testament et qui, éditées en Angleterre et en Allemagne, sont à peine connues de nom en France.

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