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HISTOIRE DE JOSEPH LE CHARPENTIER

Cette légende fut publiée pour la première fois à Leipzig en 1722, par un érudit suédois, George Wailin ; il en donna le texte arabe d'après un manuscrit de la bibliothèque du roi à Paris (1) , il y joignit une version latine et des notes. Personne après lui ne s'occupa pendant longtemps du texte arabe ; Fabricius se borna à reproduire la traduction latine dans le tome II (p. 309-331) de son Codex pseudepigrap/ius Vet. Test. mais il supprima les notes de Wallin et il n'en mit point d'autres à leur place. Deux siècles avant l'éditeur Suédois , un dominicain d'Italie qui dédiait son ouvrage au pape Adrien VI, Isidore de Isolanis avait fait mention dans sa Summa de donis S. Josephi de la légende dont nous nous occupons ; elîe était fort répandue parmi les Coptes ; divers auteurs ont parlé d'une version latine qui en fut faite, au milieu du XIVe siècle, sur un texte hébreu et qui paraît perdue.

Thilo a donné le texte arabe d'après une révision soigneuse, et il a fait disparaître bien des erreurs qu'avait laissées subsister son prédécesseur ; il a conservé

celles de ses notes qui lui ont paru renfermer le plus d'intérêt. Wallin regardait cette légende comme antérieure au IVe siècle ; son style est d'une grande simplicité; il ne se ressent point de l'enflure et de la recherche métaphorique dont aucun des écrivains arabes que nous connaissons n'a su se préserver, il conserve toutefois de l'élévation ; il s'y rencontre des passages fortement empreints de la couleur biblique ; une foi vive, une teinte patriarcale y domine partout.

Par une fiction hardie, J'auteur place son récit dans la bouche du Sauveur lui-même , et parfois aussi il paraît s'énoncer en son nom personnel. Il y régne dans quelques phrases une obscurité qui résulte de lacunes ou d'erreurs de copistes; nous nous sommes efforcés, sans nous écarter du texte , d'offrir toujours un sens aussi clair que possible , et nous avons profité.* pour atteindre ce but, des conseils d'un orientaliste éclairé auquel nous avons soumis notre version. Un examen attentif fait reconnaître dans le texte arabe des locutions appartenant à l'idiome vulgaire, et l'on est fondé à y voir une traduction faite vers le xne siècle, sur une relation écrite en copte et restée inédite jusqu'à ce jour.

Une preuve de la haute antiquité à laquelle remonte la rédaction primitive de cette légende, c'est que les erreurs du millénarisme y ont laissé des traces. On sait que cette croyance fut très-répandue dans les deux premiers siècles et que des docteurs vénérables l'adoptèrent ou n'osèrent la condamner. Les millénaristes prétendaient que Jésus-Christ devait régner sur la terre avec ses saints dans une nouvelle Jérusalem, pen-

dant mille ans avant le jour du jugement ; ce que tertains d'entre eux racontaient de cet empire céleste ressemblait fort au paradis que se promettent les Musulmans. Cérinthe donna le premier de la vogue à cette opinion ; elle flattait trop les penchants de l'humaine espèce pour ne pas faire de nombreux prosélytes; Papias l'épura et crut la démontrer par le 20e chapitre de l'Apocalypse. On peut consulter d'ailleurs YHistoria critica Chiliasmi de Corrodius. Un certain nombre de théologiens anglicans ont embrassé pareilles opinions. Tout récemment, en 1862, le docteur J. Griffiths, s'en est déclaré le champion le plus déterminé dans sa Défense du Millènarisme.

Les évangélistes parlent fort peu de saint Joseph; ce n'est que dans les premiers chapitres de saint Mathieu et de saint Luc qu'il en est fait mention en peu de mots. 11 n'en est plus reparlé après le voyage à Jérusalem avec Jésus et Marie ; il était sans doute déjà mort lorsque Jésus-Christ commença à enseigner.

Au nom de Dieu, un en son essence et triple en ses personnes.

Histoire de la mort de notre père , le saint vieillard Joseph , le charpentier ; que ses bénédictions et ses prières nous protègent tous, ô frères. Ainsi soit-il !

Sa vie fut de cent onze ans (2), et son départ de ce monde arriva le vingtième du mois d'Abib qui répond

au mois d'Ab (3). Que sa prière nous protège. Ainsi soit-il !

C'est notre Seigneur Jésus-Christ lui-même qui a raconté cette histoire aux saints ses disciples sur le mont des Oliviers, leur narrant tous les travaux de Joseph et la consommation de ses jours; les saints apôtres conservèrent ce discours et le laissèrent consigné par écrit dans la bibliothèque à Jérusalem. Que leur prière nous protège ! Ainsi soit-il !

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