CHAPITRE XXXII
Et nous dîmes : « O Notre Seigneur, Dieu et Sauveur ! quels sont ces quatre que tu as dit que l'Antéchrist devait faire périr, parce qu'il s'élèveraient contre lui? » Et le Sauveur répondit : « Ce sont Énoch, Élie, Schila et Tabitha. » Lorsque nous entendîmes les paroles de notre Sauveur, nous nous réjouîmes et nous nous livrâmes à l'allégresse, et nous offrîmes toute gloire et action de grâce à Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ. C'est à lui que sont dus gloire, honneur, dignité, domination , naissance et louange, ainsi qu'au Père miséricordieux avec lui et au Saint-Esprit, vivifiant maintenant et dans tous les temps et dans les siècles des siècles, Ainsi soit-il (15).
NOTES
(1) Ce manuscrit est indiqué au Catalogue de 1739, t. i. p. 111, sous le n° civ des manuscrits arabes; Ton y ajoute qu'il fut transcrit l'an de notre- ère 1299 , et que Vansltb en fit l'acquisition au Caire. Assemani mentionne un manuscrit de celte même légende comme se trouvant au Vatican, écrit en caractères syriaques et Zoëga a parlé d'un autre manuscrit en langue copte, que renfermait la riche collection du cardinal Borgia. Il s'en rencontre au Vatican d'autres dans ce même1 dialecte. C'est d'après le manuscrit Borgia, n° cxxi, fragment de huit feuillets, allant de la page 65 à 80 , que M. Edouard Dulaurier a traduit le récit de la mort de saint Joseph qu'il a inséré dans un opuscule fort intéressant, mis au jour en 1835. ( Fragment des Bé= relations apocryphes de saint Barthélémy et de l'histoire des Communautés religieuses fondées par saint Pakhome, Paris, iinpr. Royale, 1835, 8°, àB pages). Nous reviendrons plus tard sur ce fragment.
( 2 ) En rapprochant de ce chiffre le calcul qu'on trouve au chapitre xiv, il en résulte que Joseph mourut dix -huit ans après la naissance de Jésus-Christ , ce qui s'accorde à peu près avec l'assertion de saint Épiphane, qui place l'époque de son décès lorsque Jésus-Christ avait douze ans, (tora. n, p. 1042 de l'édition de Petau).
(3) Le mois tfAbib chez les anciens Égyptiens a porté depuis le nom d'Epiphi; les Coptes lui donnent celui de Gupti, et les Musulmans d'Elkupti; le mois ù'Ab , usité chez les Syro-Chaldéens, correspond partie à juillet et partie à août.
(à) La Vie de saint Joseph a été écrite en italien, par le capucin A. M. Afl'aituti. Gerson a composé un long poème intitulé Josephina ; il se trouve au ive tome des œuvres de ce célèbre chancelier de l'Université parisiennne (édit. de Dupin,
Anvers, 1706, 5 vol. in-{°). — Voyez (railleurs le recueil (1er, Bollandistes, t. m de Mars, p. à-25 et Tillemont. Dans la Cite mystique de la visionnaire Marie d'Agreda , on lit que Joseph avait un siège parmi ceux des apôtres et qu'il devait juger le monde. La liste des ouvrages relatifs à saint Joseph serait fort étendue ; nous laisserons de côlé ceux des jésuites Binet, Barry4, Dansquej(j, ReissetetBiver; le Josephtis du bénédictin Ch. Stengel (Munich 1616), se recommande aux bibliophiles par les estampes qui l'accompagnent et qui sont dues au burin de Sa» deier; on cite aussi le Josephus gemma mundi de Philippe de Vliesberghe (Douay 1621), et les Tabulée eminentium S. Josephi qualitatum de Charles de Saint-Paul. (Paris, 1629). Tout ce que l'on possède de plus authentique, au sujet de saint Joseph, a été recueilli avec soin par dom Calmet, dans une dissertation spéciale.
(5) Hérode eut d'autres fils, entr'autres Philippe et Anlîpas, entre lesquels Auguste partagea les états de leur père, mais ii n'est fait mention que d'Archelaiis, sans doute parce que ce fut lui qui entra , immédiatement après la mort d'Hérode, en possession de la majeure partie du royaume de Judée.
(6) Plusieurs historiens racontent qu' Hérode, en proie à une fièvre lente qui lui brûlait les entrailles et couvert d'ulcères qui engendraient une multitude de vers, expira dans des douleurs atroces. Voir Josèphe, Antiquités, xvn, 8, et Guerre des Juifs, t. ii ch. 21 ; Eusèbe, Hist. eccles., i, 8; Prideaux, Hist, eles Juifs, 1755, tom. vi, p. 233 ; la Légende dorée, etc.
(7) Façon de parler qui se retrouve souvent dans les Écritures : voir le Deutéronome, ch. 3,2, v. 10; Psaume 17, v. 8: Zeichaîne, ch. 11 , v. 11.
(8) On trouve dans saint Mathieu (ch. xvi. 28) , cette même expression énergique : non gustabunt mortsm ; il en est fait usage dans une ancienne traduction latine du Coi-an ; omnis anima gustabit morlem.
(9) Une légère correction de lettres substituerait dans le texte arabe le mot d'hommes pieux à celui de vierges. Il faut cependant remarquer que dans plusieurs passages de l'Écriture, cette dernière expression désigne les fidèles ( Psalm. xlv. 15? Math, xxv. 1. Apocal. xiv. 4.)
— hh —
(10) Ce livre, dans lequel sont écrits les péchés des hommes, est une tradition rabbinique et musulmane. Il sera apporté au jour du jugement et compulsé par l'ange Gabriel, à ce qu'assurent les commentateurs du Coran.
Ce serait une recherche curieuse , mais qui nous entraînerait trop loin, d'examiner quelles ont été les images sous lesquelles l'art chrétien a représenté l'àme. La plupart des Pères l'ont regardée comme une substance complètement incorporelle, et cependant quelques docteurs lui attribuaient volontiers une forme. Le vulgaire lui donna toujours un corps. Dans une foule de bas-reliefs, de peintures, elle est représentée sous l'aspect d'une petite figure humaine, et les hagiographes abondent en récits relatifs à des bienheureux dont on voit l'âme monter au ciel. Parfois elle s'envole sous la forme d'une colombe.
In figure de Colomb volut a ciel ,
dit un cantique roman. Voir Prudence, hymne ix, et les passages des Acta sanctorum, qu'indique M. E. du Meril. (Poésies populaires latines du moyen-âge , p. 319).
Quant aux soins que prend l'archange Michel de l'àme de Joseph, nous remarquerons que l'auteur de l'Évangile que nous traduisons s'est conformé à des traditions répandues de son temps. « Les rabbins (dit M. Alfred Maury, Revue archéologique, » t. i, p. 105), admettaient que saint Michel présente à Dieu les » âmes des justes. (Voir Targum. in Cantic. IV, 12, et Hesbith » Chochmack, c. 3), et les Juifs lisent encore dans la prière pour » les morts, appelée Tsiddouk Haddin, c'est-à-dire justification » du jugement : L'archange Michel ouvrira les portes du sanc- » tuaire, il offrira ton âme en sacrifice devant Dieu. L'ange li- » bérateur sera de compagnie avec lui jusqu'aux portes de l'em- » pire où est Israël. »
(11) Le jour du jugement est aussi appelé par les écrivains Arabes, le jour de la rémunération, le jour de la discrétion , le jour de la séparation, le jour de la pondération, le jour de la rengeance. Il doit durer mille ans et même cinquante mille, selon quelques traditions musulmanes.
11 existe un ouvrage fort singulier du père Hyacinthe Lefebure, intitulé : Traité du Jugement dernier, ou Procez criminel des réprouvez, accusez, jugés et condamnez de Dieu, selon les formaliiez de la justice, contenant l'ordre et la forme
de procéder, juger et condamner en matière criminelle , selon les lois divines, canoniques et civiles. (Paris, 1671, M. Alfred Maury duns ses Recherches sur l'origine des représentations figurées de la psychoslasie, {Revue archéologique , t. i, p. 258), a donné mie idée fort exacte de ce livre étrange dédié au chancelier de France, Pierre Séguier. « L'auteur décrit mi- •n nutieusement tontes les formes du jugement dernier, tout » comme il l'eût fait dans un traité de procédure criminelle. Les » différentes phases du jugement sont ponctuellement suivies det> puis la dénonciation, l'audition des accusateurs des parties » plaignantes, jusqu'à la citation, l'information, la consultation. » On y trouve tout, l'emprisonnement des réprouvés, l'interro- » gatoire, le récolemenl et la confrontation des témoins, l'extrait » du procès criminel fait par les rapporteurs, la liste des juges » qui composent le tribunal; en un mot, le père Hyacinthe Le- » febure s'est attaché à nous initier aux plus légers détails de » ce jugement terrible. »
(12) Les Hébreux plaçaient les corps des défunts dans des cavernes et dans des caveaux taillés dans le roc et que fermaient des portes d'une confection très-soignée. Consultez à cet égard les curieuses planches du savant ouvrage de J. iNicolaï (Leyde, 1706, à°) de sepulchris Hebrœorum,
(13) La question de l'assomption d'Énoch et d'Ëlie exigerait une trop longue discussion, si nous voulions rapporter les opinions des divers docteurs à cet égard. Quant à Énoch, nous ren= verrons au Codex pseudepigraphus vet. Test, de Fabricius, t. i, p. 160-223, à une dissertation de dom Calmet, reproduite avec quelques changements dans la Bible de Vence (T. I. p. 366-384, édit. de 1779) et à l'introduction dont M. A. Pichard a fait précéder sa traduction du Livre d'Énoch sur l'Amitié (p. 21-32. Paris, 1838. S°).Xousen dirons aussi quelques mots dans une de nos notes sur l' Évangile de Nieodème , et nous ajouterons que dans les écrits de quelques alchimistes, on trouve le récit d'un voyage que fait Alexandre-le-Grand à la montagne du Paradis; il y rencontre un vieillard couché sur un lit d'or massif; c'est Énoch ; « avant que l'eau du déluge ne couvrît la terre s dit le patriarche au conquérant «je connaissais tes actions. » Le livre connu sous le nom d'Énoch et dont le texte éthiopien nous a été conservé, paraît avoir été composé ou retouché par que1 = que ^abépii ; les géante y sont représentés comme ayant une
stature de trois cents coudées ; une pierre énorme supporte les quatre coins de la terre et six montagnes formées de pierres précieuses, brûlent nuit et jour, au sud du nioude que nous habitons. Dans cet amas de rêveries, il règne une poésie obscure, sombre et grandiose ; reflet de celle de l'Apocalypse , elle est un nouveau témoin de cette préoccupation d'une autre vie, de cette foi à l'inconnu, à l'invisible dont la littérature de tous les pays et de tous les peuples porte des traces si remarquables.
On formerait une bibliothèque assez considérable en réunissant les divers ouvrages auxquels V Antéchrist a donné lieu. Citons d'abord l'in-folio du jésuite Malvenda, trois fois réimprimé en 4603, 1621, 1647, et le Traité de l'Antéchrist, par Daneau, Genevève, 1577. GrataroU, l'un des plus célèbres médecins du xvie siècle, a également consacré un long ouvrage à ce personnage mystérieux. Des diverses idées émises sur sa naissance, une des plus singulières est celle d'un rabbin qui le fait naître dans le pays d'Edom du commerce d'un diable avec la statue de inarbre d'une vierge.
Les bibliophiles recherchent fort un Traicté de Cadvenement de /' Antéchrist, sorti en 1592 des presses d'Ant. Vérard, lepîus célèbre des typographes parisiens du xve siècle. Il existe, parmi les débris du vieux théâtre, une Farce de l" A nie christ et t de s trois femmes ; l'ennemi de Dieu n'intervient dans une querelle de halles que pour recevoir des coups de bâton et pour s'enfuir.
De 1676 à 1702 , il y eut une vive controverse entre deux théologiens d'alors, Malot et Rondet ; le premier annonça l'apparition de l'Antéchrist pour l'an 1849, l'autre la recula jusqu'à l'année 1860. Ce mésaccord de onze années occasionna un certain nombre de brochures qui n'ont pas aujourd'hui beaucoup de lecteurs.
Parmi les rares monuments de l'art dramatique au milieu de la période la plus obscure de l'histoire des lettres en Europe, parmi ces pieuses compositions latines antérieures aux mystères, il en est une dont l'Antéchrist est le héros. Le titre seul de cette pièce (ludus paschalis) indique qu'elle était destinée à être jouée lors de la fête de Pâques. Le bénédictin Bernard Pez la trouva dans un manuscrit de l'abbaye de Tegernsée ; il l'a publiée dans son Thésaurus anecdotorum, tome ir, part. 2, page 187. Donnons ici une courte analyse de ce drame à peu près inconnu ; il nous apprendra ce qu'était au xn" siècle une de ces
représentations dont se rehaussait la solennité d'une grande fête.
L'action se passe dans le temple du Seigneur; le roi des Francs, le roi des Grecs, le roi de Babylone prennent place sur leurs sièges; surviennent successivement la synagogue accompagnée d'un cortège de Juifs, le roi des Romains escorté d'un gros de soldais, le Pape suivi de son clergé, l'Église sous les traits d'une femme d'une stalure imposante, ayant à sa droite la Miséricorde tenant un flacon d'huile, à sa gauche, la Justice munie d'une balance et d'une épée. Chacun prend place en chantant. Le roi des Romains envoie des députés à tous les autres monarques, afin qu'ils viennent lui rendre hommage, car, remarquet-ii judicieusement :
Sicut sciipta tradunt bisloriographorum Totus mundus fuerat fiscus Romanovum.
Chaque roi se soumet, excepté celui de Babylone ; ii en résulte une grande bataille; le roi des Romains est vainqueur. Arrive alors l'Antéchrist armé de pied en cap; l'Hérésie et l'Hypocrisie l'accompagnent. Les hypocrites le reçoivent avec empressement, ils mettent son trône dans le temple, ils battent l'Église et la chassent. Tous les rois viennent s'incliner devant lui, excepté celui d'Allemagne. Pour convaincre celui-ci de son pouvoir, l'Antéchrist guérit un lépreux, un boiteux, il ressuscite un soi-disant mort; le roi lui rend hommage, ainsi que la synagogue. Arrivent les prophètes; ils le taxent d'imposteur, la synagogue se repent ; elle s'écrie :
Nos errons pœnitet, ad Fidem couvertimur Quidquid nobis inferet perseculor, patimur.
L'Antéchrist la fait tuer, et, tout bouffi d'orgueil, il réunît autour de lui les rois, il leur dit :
Bœc me a glorîa quam dîu praedîxere Quà fruentur meenm quicumque rcerueie.
À ces mots il se fait entendre un grand bruit sur la tête de PAnteehrist ; il tombe comme foudroyé; ses sectateurs s'enfuient et l'Église triomphante se met à chanter : « Ecce homo qui non posuit Deum adjutorew sunm, Ego autem sicut oliva fructifera in dgmo Dei, »
Tel est le jeu de adventu et interitu Anteckristi ; nous n'avons pas été fâché de le citer comme un échantillon d'après lequel on peut se former une idée assez juste de ce qu'était l'art dramatique à l'époque qui précéda les croisades, et nous espérons qu'on nous pardonnera cette digression.
(15) Nous plaçons ici le fragment traduit par M. Dulaurier et dont nous avons déjà parlé précédemment. « En comparant le » récit de l'écrivain arabe avec ceux de l'auteur copte « remarque fort judicieusement le traducteur, » on se convaincra que » l'ouvrage du premier n'est qu'une traduction abrégée de l'o- » riginal égyptien. Cette composition se rattache trop évidem- » ment par le fond des idées aux doctrines théosophiques dont * l'Égypte fut la patrie, et par son style à ce caractère desimpli- » cité qui est propre à la langue copte pour qu'il soit possible » de supposer que l'original n'ait pas été écrit en cet idiome et » qu'il ait eu le jour ailleurs que sur les bords du Nil. »
Telle est la vie de Joseph , mon père chéri. Ce ne fut qu'à l'âge de quarante ans qu'il prit une femme; il vécut avec elle neuf ans. Après qu'il l'eut perdue, il resta deux ans dans la viduité. Ma mère en passa deux avec lui, depuis qu'il l'eut choisie pour sa compagne. Il lui avait été ordonné par les prêtres de la conserver intacte jusqu'à l'époque de la célébration de leur mariage. Ma mère me donna le jour au commencement de la troisième année qu'elle habitait la maison de mon père, et le quinzième de son âge. Elle me mit au monde dans une caverne qu'il est défendu de révéler, et qu'il est impossible de trouver; il n'est aucun homme au monde qui la connaisse, si ce n'est moi, mon Père et le Saint-Esprit.
Les années de la vie de mon père Joseph , dont la vieillesse fut bénie, sont au nombre de cent onze. Suivant !a volonté de mon père, le jour de sa mort arriva le 26 du mois d'Épiphi.
« Joseph, (i) malade à Nazareth , est plongé dans la terreur n et le chagrin : il déplore ses péchés. Jésus arrive pour le con- » soler; Joseph lui adresse ses prières, l'appelle son Seigneur, » vrai Roi, Sauveur, Rédempteur, Dieu véritable et parfait, le » supplie de lui pardonner la pensée qu'il avait eue un jour de » renvoyer sa mère de chez lui , jusqu'à ce qu'un ange lui eut » asrairé qu'elle avait conçu du Saint-Esprit; il le prie aussi h d'oublier qu'une fois dans son enfonce, il l'avait saisi par les
(i) Notifie de Zoojrr,
» oreilles, parce qu'il avait ressuscité un enfant mort de la pi- » qûre d'un céraste, et cela pour lui apprendre qu'il devait s'abs- » tenir de toute action propre à lui attirer l'envie. A ces mots, » Jésus pleura en pensant à l'amertume de sa mort, au jour où » les Juifs doivent l'attacher à la croix pour le salut de tous les » les hommes. Bientôt après il appelle sa mère, et ils s'asseyent » ensemble, Jésus auprès de la tête de son père, et Marie à ses » pieds. Il appelle aussi tous les fils et les filles de Joseph, et » dans leur nombre, Lysia leur aînée , ouvrière en pourpre : » tous pleurent sur leur père expirant. »
Ayant alors tourné mes regards vers la partie méridionale de la porte, j'aperçus l'Amentès qui était accouru de ce côté, c'està-dire le diable instigateur et artificieux de tous les temps. Je vis aussi une multitude de Décans, monstres aux formes variées, revêtus d'une armure de feu, si nombreux, qu'il eût été impossible de les compter, et vomissant du soufre et de la fumée par la bouche. Dès que mon père Joseph eut jeté les yeux sur ces êtres épouvantables, qui étaient venus auprès de lui, il les aperçut terribles comme lorsque la colère et la fureur les animaient contre une âme qui vient de quitter son corps, surtout si c'est celle d'un pécheur dans laquelle ils ont trouvé la marque qui caractérise leur sceau. Mon père, à la vieillesse vénérable, en apercevant ces monstres autour de lui, fut saisi d'épouvante, et ses yeux laissèrent couler des larmes. Son âme voulut se réfugier dans des ténèbres épaisses ; et, cherchant un lieu pour se cacher, elle ne le trouva point. Dès que je vis que le trouble s'était ainsi emparé de l'âme de mon père, et que ses regards ne tombaient que sur des spectres aux formes les plus diverses et d'un aspect hideux, je m'avançai pour gourmander celui qui était l'organe du diable, ainsi que les légions infernales qui étaient accourues avec lui : elles s'enfuirent aussitôt à ma voix dans le plus grand désordre ; mais aucun de ceux qui étaient rassemblés autour de mon père n'eut connaissance de ce qui venait de se passer, non plus que ma mère Marie. Dès que la Mort eut été témoin de la manière sévère dont j'avais traité les puissances des ténèbres qui formaient son cortège; dès qu'elle eut vu que je les avais mises en fuite , et qu'aucune d'elles n'était restée auprès de mon père Joseph , saisie de crainte à son tour, elle s'enfuit, et alla chercher un asile derrière la porte. J'adi essai alors k mon Père bon une prière conçue en ces termes x « O mon père, toi qui es la source de toute bonté, toi l'an- Ipur d? fouto vérité, IVil qui vnîl tout, Torpille qui entend
tout, écoute ton fils unique ; exauce-inoi : je t'implore pour une de tes créatures, pour mon père Joseph. Fais descendre vers moi un de tes grands chérubins, accompagné du chœur des anges, de Michel le dispensateur des biens , de Gabriel, celui de tes Éons resplendissants (1), qui est chargé de tes heureux messages ; qu'ils viennent prendre soin de l'âme de mon père, qu'ils la guident vers toi jusqu'à ce qu'elle ait traversé les sept Éons de ténèbres, et qu'elle ait dépassé ies voûtes obscures qui inspirent tant d'effroi, et où l'on a le spectacle de châtiments dont la vue inspire l'horreur ; que le fleuve de feu coule semblable à de l'eau, que la mer aux ondes furieuses cesse d'être agitée, que ses flots deviennent tranquilles pour l'âme de mon père Joseph; car c'est maintenant que la miséricorde lui est nécessaire. » Je vous le dis à vous, qui êtes les saintes parties de moi-même , ô nies apôtres bénis, que lout homme qui est venu dans ce monde a connu Je bien et le mal ; et, tant que dure sa vie, quelque grand qu'il soit à ses propres yeux, lorsqu'il est près de sa fin, il a besoin de la compassion de mon Père céleste à l'heure de sa mort, à celle du voyage qui la suit, et au moment où il doit rendre ses comptes devant ie tribunal redoutable. Mais je veillerai sur les derniers moments de mon père Joseph, aux souve= ïiirs si purs. Lorsque j'eus dit Amen , ma mère le répéta après inoi en un langage céleste, et aussitôt Michel et Gabriel, et le chœur des anges, descendirent du ciel, et se tinrent sur le corps de mon père Joseph. On entendit alors retentir sur lui des plain= tes et des gémissements, et je connus que sa dernière heure était arrivée. Il éprouva des douleurs semblables à celles d'une femme en mal d'enfant. La souffrance le tourmentait aussi fort qu'un vent violent et qu'un feu ardent qui dévore de nombreux ali= nients. Quant à la Mort, la crainte ne lui avait pas permis d'entrer pour se placer sur le corps de mon père Joseph, et pour opérer la fatale séparation , parce qu'en dirigeant ses regards dans l'intérieur de la maison, elle m'avait aperçu assis auprès de sa tète et incliné sur ses tempes. Dès que je vis qu'elle hési= tait à entrer par suite de la frayeur que je lui inspirais, je fran= chis le seuil de la porte, et je la trouvai 15, seule, et toute trem= blante. Alors, m'adressant à elle i a 0 toi, lui dis-je, qui es ae=
(4) Les gno$ tiques ào.unaiei< l ie nom ù'Éons aux intelligences émanée* 4e Dieu. Valeutin qui vivait à Alexandrie daug le second siècle de notrp «Te, en présenta une théorie complète- (Voir Matter. flïsf. âa gnosticis*- *at 3*' édition t, II, p. 53.)
courue des parties méridionales, entre promptement, et accom> plis les ordres que t'a donnés mon Père. Aie soin surtout de mon père Joseph, comme tu conserverais la lumière qui éclaire tes yeux; car c'est à lui à qui je dois la vie suivant la chair, et il a eu souvent à supporter des tribulalions pour moi pendant mon enfance, fuyant d'un lieu dans un autre pour éviter les embûches d'Hérode; j'ai reçu de lui des instructions comme tous les enfants en reçoivent de leurs parents pour leur utilité, s En ce moment Abbaton entra , et prenant l'àme de mon père Joseph, il la retira du corps qu'elle avait animé. C'était à l'heure où le soleil est prêt à se montrer sur l'horizon , le 26 du mois Épiphi, en paix. La vie entière de mon père Joseph a été de cent onze ans. Après quoi, Michel saisit les deux bouts d'un tapis de soie d'un grand prix , Gabriel prit les deux autres extrémités, et, embrassant de leurs étreintes l'âme de mon père Joseph , ils la placèrent dans ce tains. Personne de ceux qui siégeaient auprès du mourant ne s'aperçut qu'il avait cessé de vivre, non plus que ma mère Marie. Je prescrivis alors à Gabriel et à Michel de veiller sur l'àme de mon père Joseph, et de la défendre des monstres ravissants qui allaient se trouver sur son passage. J'ordonnai au^si aux anges incorporels de la précéder en chantant des hymnes, jusqu'au moment où ils Tauraient conduite dans les cieux auprès de mon Père bon.