‹ Les Évangiles apocryphesChapitre 36 sur 211 · EVANGILE DE L'ENFANCE · texte numérisé non relu

EVANGILE DE L'ENFANCE

Henry Sike donna à Utrecht, en 1697, la première édition du texte arabe de cette légende, Il l'établit, d'après un manuscrit qui se trouva dans la vente faite à Leyde de la bibliothèque du savant Golius. On ignore ce qu'est devenu ce manuscrit (1) , peut-être a-t-il passé en Angleterre , car Sike s'était rendu en Hollande avec un anglais nommé Huntington, qui étudiait les langues orientales pour se préparer à un voyage dans le Levant, mais qui , plus tard , renonça à son projet , revint dans sa patrie , fut nommé professeur d'arabe à Oxford, et finit par se pendre de ses propres mains en 1712.

Sike regardait le texte arabe comme la traduction d'un original fort ancien écrit primitivement en grec ou en syriaque. Un auteur arabe , Ahmed-Ibn-Idris, cité par Maracci dans son travail sur le Koran , atteste que l'on croyait que l'Évangile de l'Enfance, regardé comme le cinquième des Évangiles , avait été rédigé par saint Pierre qui en avait recueilli les matériaux de la bouche de Marie.

Fabriciusse contenta de donner la version latine de Sike en y joignant en marge de courtes notes assez in»

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signifiantes; Thilo a réimprimé le texte arabe soigneusement corrigé , il a revu la traduction et il a conservé celles des notes du premier éditeur qui offraient le plus d'importance.

Nous connaissons quatre traductions allemandes de cet Évangile; la première vit le jour en 1699 , sans indication de lieu et sans nom d'auteur ; la seconde , également anonyme , porte la date de 5738 (1789) à Jérusalem ; la troisième vit le jour en \S0U; la quatrième fait partie du recueil déjà cité du docteur Borberg (t. I, p. 135 et suiv.)

L'on a cru pouvoir attribuer la rédaction de l'Évangile de l'Enfance tel que nous le possédons à quelque écrivain nestorien ; il est de fait que cette légende a toujours joui chez ces sectaires de la plus grande faveur. On l'a retrouvée chez les chrétiens de Saint- Thomas, fixés sur la côte de Malabar et qui partagent les erreurs anathématisées par le concile œcuménique d'Éphèse. Les Arméniens en ont reproduit dans leurs divers écrits les principales circonstances.

A des époques d'ignorance , l'on ne manqua point d'attribuer cet Évangile à l'un des apôtres ; l'on désigna successivement saint Mathieu ou saint Pierre, saint Thomas ou saint Jacques comme l'ayant coin» posé, saint Irénée croyait que c'était l'œuvre de quelque inarcosien, Origène y voit la main de Basilide, et saint Cyrille celle de quelque sectateur de Manès. Quoi qu'il en soit, ce recueil de traditions, plus ou moins hasardées, se retrouve dans tout l'Orient le même pour le fond des choses,

îî est facile de se rendre compte de la grande po-

pularité dont a joui cet Évangile, en Égypte surtout, lorsque l'on réfléchit que c'est en Égypte même que se passent la plupart des faits qu'il relate. Les Coptes ont possédé un grand nombre d'ouvrages relatifs à ces mêmes événements ; Âssemani mentionne dans sa Bi~ bliothéque orientale (t. II, 517, t. III, P. I, 286 et 641 ) , une histoire de la fuite de la sainte Vierge et de saint Joseph en Égypte , faussement attribuée à Théophile d'Alexandrie.

Un prélat égyptisn , Cyriaquc , évêque de Tabenne, se distingua par l'empressement qu'il mit à recueil= lir et à propager ces légendes si propres à charmer des auditeurs peu éclairés, mais de bonne foi ; la bibliothèque du Roi possède de lui deux copies d'une histoire de Pilate et deux sermons (manuscrit arabe, n° 1/|3) , dont le savant Sylvestre de Sacy, dans une lettre adressée à André Birch , et que celui-ci a publiée (Copenhague , 1815) , a donné une analyse cu= rieuse ; on ne sera pas fâché de la retrouver ici.

Le premier de ces deux discours a pour objet de célébrer le jour où J. C. enfant accompagné de U sainte Vierge, de Joseph et de Salomé, au moment de sa fuite en Égypte, s'arrêta au lieu nommé, aujourd'hui le monastère de Baisous,, situé à l'est de Banhésa. Le jour est le 25 du mois de Paschous. Suivant cette légende, l'enfant Jésus fit en ce lieu un grand nombre de miracles; entre autres choses, il planta en terre les trois bâtons d'un berger et de ses deux fils, et sur-le-champ, ces bâtons devinrent trois arbres couverts de fleurs et de fruits , qui existaient encore du temps de Cyriaque, Cyriaque prétend avoir appris toutes ces parti-

cularités de diverses visions qu'eut un moiue nommé Antoine, en conséquence desquelles il fit faire des fouilles en cet endroit ; on y trouva un grand coffre fermé contenant tous les vases sacrés d'une église, avec une inscription , qui apprit que le tout avait été caché au commencement de la persécution de Dioctétien , par le prêtre Thomas, qui desservait cettte église „ l'ordre lui en ayant été donné dans un songe. Le coffre ouvert, on y trouva les vases sacrés, et un écrit que l'on lut et qui contenait toute l'histoire de l'enfant Jésus, avec ses parents en ce lieu, le 25 du mois de Paschous, et le récit de tous les miracles, par lesquels il y avait manifesté sa divinité. Celte relation était écrite de la main de Joseph , époux de la sainte Vierge. Elle est fort longue. Après l'avoir lue, Cyriaque fit bâtir, en ce lieu, une église, dont la construction fut encore accompagnée de visions, et la desserte confiée au moine Antoine. Cyriaque raconte en finissant, comment un homme qui avait souillé cette église et y avait commis des dégâts , fut tué à peu de distance de là par un monstre envoyé de Dieu. — Le second discours de Cyriaque a pour objet l'arrivée et le séjour de l'enfant Jésus et de ses parents en un lieu de la province de Cous , lieu nommé aujourd'hui le couvent brûlé. Le discours est fait pour être lu le 7 de Barmandi , jour anniversaire de l'arrivée de la sainte famille en ce lieu. Le tissu de cette légende est toutà"fait semblable à celui de la précédente.

Transcrivons aussi un passage des voyages de Thévenot (liv. Iî, ch. 75) , où il est question des récits

conservés parmi les chrétiens qui habitent sur les bords du Nil.

« Les Coptes ont plusieurs histoires fabuleuses tirées des livres apocryphes qu'ils ont encore parmi eux. Nous n'avons rien d'écrit de la vie de Notre-Seigneur, durant son bas-âge , mais eux , ils ont bien des particularités , car ils disent que tous les jours il descendait un ange du ciel , qui lui apportait à manger, et qu'il passait le temps à faire avec de la terre de petits oiseaux , puis il soufflait dessus , et les jetait après en l'air, et ils s'envolaient. Ils disent qu'au jour de la cène on servit à Notre-Seigneur un coq rôti , et qu'alors Judas étant sorti pour aller faire le marché de Notre-Seigneur , il commanda au coq rôti de se lever et de suivre Judas ; ce que fit le coq, qui rapporta ensuite à Notre-Seigneur que Judas l'avait vendu 9 et que pour cela ce coq entrera en paradis. »

Vansleb qui parcourut l'Égypte au dix-septième siècle , rapporte diverses légendes analogues à celleci ; on montre encore , observe-t-il , un olivier que l'on dit être venu d'un bâton que Jésus avait enfoui en terre , Ton parle d'une fontaine qu'il fit paraître tout d'un coup pour étancher la soif dont souffrait Marie, et tous les malades qui burent de cette eau miraculeuse furent guéris.

Nous montrerons dans les notes dont nous accompagnerons l'Évangile de l'Enfance, combien les Musulmans y ont ajouté de traditions empreintes de l'imagination orientale ; les écrits des docteurs juifs ont également reproduit quelques-uns des récits de notre légende ; c'est ainsi que le Toldos Jesc.hu , l'un des

ouvrages que les rabbins ont essayé de diriger contre le christianisme (2) , mentionne les oiseaux que Jésus formait avec de la boue et qu'il animait de son souffle ; le même ouvrage donne le nom d'Elchanon comme celui du maître qui instruisit le fils de Marie ; d'après un passage un peu obscur, il est vrai, de la Gemare de Babylone (3), il se serait appelé Josué fils dePérachia.

Parmi les traductions de YÉvangite de l'Enfance en diverse* langues, nous ne pouvons omettre celle qui vers le treizième siècle, eut lieu dans l'idiome du midi de la France ; M. Raynouard en a publié des extraits à la fin du premier volume de son Lexiqve roman ; nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de rencontrer ici un de ces extraits d'une composition qui mériterait d'être publiée en entier :

El nom de Dieu vuelh comensar,

Que m lays dire et acabar,

Que sia ad honor et a lauzor

De Jhesum Crist Noslre Senhor,

E que vos plassa del auzir

So que ieu vos vuelh contar e dir

Del filh de Dieu cant era enfans,

E non avia que. V. ans.

El fon gentils et amoros,

Bel e cortes e gracios ,

E fon humils e fou plazens

E agradans a totas gens...

Fotz sels que l'enfan regardavan,

Paucs e grans, s'en enanioravan.....

Fillis de Jozept, veus bel effan !

Totz l'aneron fort regardan.

Tant grau bontat l'enfan avia

Que a cascun graD gaug fasia.

Senhors, aras vos vuelh contar L'enfant Jhesus que anet far

Ain los Juzieus s'asolassava.,.,.

Ar auzires que anet faire

L'enfant Jhesuz, franc, de bon aire.

Un bon mati sécréta men

De Nostra Doua se panet, A l'escola maior anet, Ont ac doctors e clerx honratz, Nobles et ries et apoderatz Et ancian en teuletgia, En logica, en gromancia Et en ganrn d'autra sciencia.

L'enfant Jhesus, senes temensa ,

Denant los maistres s'en venc

A els se près a desputar.

L'effans iur moc grans questios

Totz se van fort meravilhar...

Neguns respondre no sabia, Et ero maistre en theuletgia î Deraantenen totz s'en aneron, De gran vergonha qu'els agueron ; Cant viro que aquel enfant

Era tan jove, e sabia tant

Apres aisso pueis s'endevene L'effan Jhesus demantenent S'en anet en la tencharia, So fon entre tercia e mieg dia.

L'effan Jhesus secretamen

S'en intret en. i. obrador,

Tôt lo plus rie e'I plus raelhor,

Que ac gran re de nobles draps

Que non eron apparellhatz...

E'I maistre de la lencharia

Anet dir a sa companhia :

« Joves homes, hueymais es temps

» Que no'n anem tratotz essems

» Esperlamen cascu dinar;

» Tan tost pessem del retornar,

» Car nos avem gran re a faire

» Per qu'ieu vos prec, non estes gaire.

Totz respondero : « Fag sera ;

« Cant serem disnatz, cascu venra. »

Trastuç essem s'en van anar

Vas lur hostal cascu dinnar...

E, cant s'en foron totz anatz , L'effan Jhesus, qu'era remas, Per Pobrador el s'en anet, E totz los draps qu'el atrobet Que devian esser blans e vertz, Gruexs, ferries o persetz vermelhs, E trop ganre mais d'autres draps, Brunetas et escarlatas, L'effant Jbesus totz los mesclet, Dedins lo perol los getet...

En Pobrador anet trobar Grana e roga e breziih, Indi et alun atressi, Pastel et fustet issamen ; E Peffan Jhesus manteneu Totas las tenchas a mescladas Sus los draps el pairol getadas.,.

Aissi cora del obrador issia Un d'aquels de la tencheria Que era vengutz de dinnar, A la porta vay encontrar...

E tan tost Io maistre venc

E totz sos escolas issamen

Dis lo maistre ; « Que son fatz

a Los draps c'avian aissi laissatz?

Lo massip tencheire vai dir « A la porta vau encontrar » Aquel effan, sel de Maria, s Que d'aquest obrado issia

a Et ieu tan tost vau li sonar

» Digas, effan, d'on venes vos ?

» Et anc el no m sonet mot. . . »

Respon lo maistre tencheire :

e Per cert, aisso no fou a ereire...

E parlet. i. dels escolas :

« Maistre, vos si a certas, » Aquel effan, vos die per sert, » Que fui lot jorn d'aitals esquerns. • . » Tota la teucheria serqueron, Los draps e las tenchas troberon ; Tôt fon cremat dins lo pairoh . «

• ci

Els massip tencheires van dir. , .

a Per cert, crezem que niay valria « Que a Jozep nos anessem. . . »

Davant Jozep s'en van venir. . .

Jozep al t^ncheire va dir. . .

a Ieu vuelu que nos autres anem

i A la ttncharia, e veircm

b Aquelas tencbas e los draps.

» Que nostre effant vos a crematz. »

A la tencharia van venir. . .

Los draps giteron de! pairol ,

Et me ton los en inieg del sol...

E'I tencheire va regardar

Et estet fort miraviluos,

Que vie los draps d'aitals colors

Que re del mou no y sofranhia. . .

Au nom du Père, et du Fils, et de ['Esprit-Saint , Dieu unique.

Avec le secours et l'assistance du Dieu tout-puissant , nous commençons à écrire le livre des miracles de notre Sauveur, maître et Seigneur Jésus-Christ, lequel s'appelle l'Évangile de l'enfance , dans la paix du Sauveur. Ainsi soit-il.

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