‹ Les évangiles des quenouillesChapitre 1 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

|eci n'est pas seulement an li- 'vre amusant : c'est encore un ides livres les plus précieux. pour rhistoire des mœurs, des opinions et des préjugés.

Vers Je temps à peu près où de Lrillanls seigneurs et de beÛcs dames , groupés autour d'un jeune prince qui fut plus tard le roi Louis XI, inventoient.» ajustoient et raconloient ces belles histoires devenues célèbres sous le titre des Cent Nouvelles nouvelles , de vieilles femmes se réunissoient , non loin du manoir pnucier, pour passer la veillée^ filer leur quenouille et conter aussi des liistoii'ès.

Ce besoin de se réunir, de conter, de jaser et de rii'e, a produit la moitié de notre littératm-e, et la bonne moitié. Se réunir et faire des contes, c'étoit tout un -^ si bien que tous les conteurs ont encidré leurs récits dans rhistoire d'une société conteuse. Boccace, cet enfant de Paiis — qm" mit en italien des histoires françoises , et qui n'a rien îii\i

de bot]

: cela, —

oises , et qui n a rien collecteurs

Cent

TJ PRiFAGE.

Nouvelles nouvelles , la reine de Navarre et quelques autres , nous ont donné les contes qui se faisoient dans les cerdes les

Elus fleuris , entre grands seigneurs et noies dames ; Guillaume Bouchet a recueilli les conversations des bons bourgeois du seizième siècle; Noël du Fail s'est fait le secrétaire des paysans ; le seigneur des Accords, Etienne Tanourot, a bravement franchi le seuil des Ecreignes dijonnoises^ et nous en a fait connoître les contes, les bons mots, les plaisanteries et les jeux. Les Ecreignes^ chacun sait ce que c^est, même ceux à qui ce mot seroit inconnu. Les femmes du peuple, qui ne le cédèrent jamais aux grandes dames pour la facilité de Télocution, prirent de bonne heure Fhabitude de se réunir le soir pour causer et rire en filant leur quenouille. CW à ces réunions quW a donné, suivant les provinces, les noms d'écreigne, de série , de siète , etc. La chose existe partout. Nous nous dispenserons de reproduire ici les renseignements qu'on trouve sur cette matière dans une foule d'auteurs : Tabourot, Furetière,- Ménage, La Monnoye, etc., et surtout dans les Mémoires de V Académie de Troyes.

Les Ei^angiles des Quenouilles sont, s'il faut en croire l'auteur, les mémoires d'une académie de vieilles femmes qui se réunissoit dans une écreigne du quinzième siècle. Un beau jour il prit envie a ces honorables matrones de mettre par écrit leurs savantes observations : elles déléguèrent six d'enti-e elles

Préface. vij

pour lire ce qu'elles intitulent leurs Ei^angiles. — Pourquoi ce titre et pourquoi ce nombre de six , c'est ce qu'on peut voir dan* le livre. — L'auteur fut choisi pour leur secrétaire , et chargé de recueillir les cliapitres des Evangiles et les Gloses qu'on pourroit faire sur chacun d'eux.

Assurément, il y a là une mise en scène due à l'imagination de l'auteur ; le livre n'a pas été fait de cette manière , ce que nous avons à dire des manuscrits le démontreroit au besoin. Mais, si la forme appartient à l'auteur, le fond est bien digne de celles à [ui on l'attribue; ce sont bien là des propos ie vieilles femmes, pai'lant de tout et d'autre chose encore , de Dieu et du diable, de la pluie et du beau temps, de sorcières et de lutins, de remèdes, de philtres, de charmes, de secrets, de tout ce qui peut tomber dans la conversation d'une assemblée de vieilles femmes. Ce que des siècles d'observations ont consacré se mêle aux préjugés les plus étranges et les plus inadmissibles , et de ce mélange résulte le répertoire le plus curieux des croyances , des erreurs et des préjugés répandus à cette époque parmi le peuple.

Rien n'est vivace comme un préjugé.

Des recherches entreprises autrefois pour un travail sur les livres populaires resté inachevé nous ont mis à même de reconnoître que presque toutes les erreurs enregistrées dans les Evangiles des Quenouilles subsistent encore dans nos provinces. Comment de telles errcm*s ont pu se perpétuer,

viij Préface.

ce qu'il faudroit faire pour les détruire, Toila, ce nous semble, des questions dignes d'intérêt, et que la réimpression àesEuanffi" les des Quenouilles aura signalées à Tattention des esprits sérieux.

Tout naturellement, les bonnes vieilles qui dictent leurs évangiles n'oublient pas le mot pour rire , elles ne reculent pas devant les questions délicates ; puis le chapitre amène la glose : ces gloses sont pleines de malice et de sel, et donnent souvent une tournure bouffonne aux idées les moins susceptibles de provoquer l'hilarité. Hâtonsnous d'ajouter que la plaisanterie ne va jamais jusqu'à la licence, chose bien digne de remarque dans un livre de cette époque.

A qui devons-nous ce livre curieux ?

On trouve dans le Catalogue Brochaid (Musœum selectum, n® 1872*;, l'indication a'un manuscrit des Evangiles des Quenouilles portant le nom des auteurs, maistre Fouquart de Gambray, maistre Anthoine du Val, et Jean d'Arras, dit Garon. G'est uniquement sur cette indication que repose tout ce qu'ont dit les bibliographes sur ce sujet. Ge manuscrit , ou un autre qui contient le même texte et les mêmes indications , fait actuellement partie de la riche bibliothèque de M. Armand Gigongne. G'est un volume in-folio, sur vélin, du XV* siècle, parfaitement exécuté, enrichi de miniatures et de lettres ornées. Il contient en outre les Advineaux amoureux et les Ventes d'amours. De l'examen attentif de ce manu-

Préface. ix

scrit il résulte pour nous la conviction que c'est la rédaction originale , le premier jet des Ei^angiles des Quenouilles. Cet ouvrage s'y trouve divisé en trois séries ^ écrites de la même main et d'une manière uniforme. Après la conclusion de la troisième série, conclusion dans laquelle se trouve le nom des auteurs, viennent de nouvelles Evangiles^ écrites avec moins de soin et plus tard que ce qui précède. Jusqu'à la fin de la troisième série, l'ouvrage est probablement le résultat du travail collectif des trois auteurs ; ce qui suit a du être ajouté par ordre de l'un d eux , possesseur de la copie qui s'est conservée jusqu'à nous.

C'est donc réellement à Fouquart de Cambray , Ânthoine du Val et Jean d'Arras qu'il faudroit faire honneur de la composition des Et^angiles des Quenouilles,' mais, hâtons-nous de le dire, il y a loin de leur ébauche à la version qui nous a été transmise par l'impression. Avant d'être mis sous la presse, le travail des trois auteurs a reçu des modifications importantes ; il a acquis de la clarté, de l'ordre, une forme littéraire ; les gloses se sont mises à leur S lace. Nous avions eu d'abord la pensée 'attribuer ce travail au premier éditeur de Tou vrage, Colard Mansion ; mais nous avons acquis la certitude qu'il y étoit étranger. En effet, nous avons découvert à la Bibliothèque impériale, fonds Colbert, n*» 7979 ', un autre manuscrit des Evangiles des

X Préface.

Quenouilles, C'est un volume iii-4°, écrit sur vélin, orné d'une miniature et d'initiales peintes , avec titres en rouge, d'une belle écriture du quinzième siècle, relié en maro-

2uin rouge , aux armes de Colbert. Avant 'entrer dans le cabinet de cet amateur, il avoit appartenu à Marie de Luxembourg , dont il porte la signature sur la dernière page. Ce manuscrit concorde si bien de tous points avec l'édition de Colard Mansion, qu'évidemment il a servi pour préparer cettfe édition. Peut-être est-ce à l'un des auteurs nommés qu'il faut faire honneur de l'achèvement de l'ouvrage. Nous n'essaierons pas de décider en faveur de Tun des trois ; nous renoncerons même à donner aucun renseignement sur leur compte, car nous ne connoissons d'eux que ce seul ouvrage, et nous n'avons rien trouvé de satisfaisant dans les biographies générales ou particulières*.

Nous avons dit que les Es^angiles des Quenouilles avoient été composées vers la même époque et à peu près dans les mêmes lieux que les Cent Nous^elles nouvelles , c'est-à-dire vers le milieu du XV® siècle et en Belgique. Cette conviction résulte pour nous de l'étude du dialecte , des circonstances mentionnées dans l'ouvrage, de l'état

1. M. Arthur Dinaiix ( Trouvères ^jongleurs et menestrels du nord de la France et du midi de la Belgi' que, 3 Tol. in-8°] s'est occupé des Evangiles des Quenouilles, mais son travail se ressent un peu trop du manque absolu de documents.

Préface. xj

des manuscrits et des éditions. Rien d^ailleurs ne nous a fourni d^indications précises , et nous ne parlons aue par conjecture.

M. Brunet a donné, dans le Manuel du Libraire , la liste des éditions des Evangiles des Quenouilles. Nous allons reproduire cette liste à peu près littéralement.

Nous n'avons trouve qu'une édition qui n'y fut pas mentionnée. Outre cette édition inconnue, nous avons vu la plupart de celles que M. Brunet a décrites. Comme cela arrive assez souvent pour les ouvrages qui ont d'abord circulé manuscrits, les éditions des Evangiles des Quenouilles , publiées sur des manuscrits différents , à des époques et dans des lieux éloignés , présentent des variantes assez nombreuses; nous ne nous sommes pas attaché à les signaler. La meilleure édition , c'est la première , donnée à Bruges par Golard Mansion, vers 147^, in-fol. C'est celle que nous avons suivie , en nous aidant du manuscrit de la Bibliothèque impériale. Nous avons fait quelques additions, que nous allons indiquer dans un tableau des Variantes et corrections. Dans un appendice, nous donnons trois chapitres du manuscrit de la Bibliothèque impériale qui ne se trouvent dans aucun imprimé , et le texte complet du manuscrit de M. Cigon^ne, qui nous a paru présenter assez de différences pour mériter d'être reproduit en entier. Enfin , dans un Glossaire-index^ nous donnons l'explication des mots difficiles et la liste des choses mentionnées

xij Préface.

dans les divers chapitres de Touvrage. Ce travail nous a paru susceptible d'utilité, dans un livre non moins intéressant pour les amateurs de notre ancienne littérature que pour le philosophe et le savant.

Liste des éditions des Evangiles des Quenouilles^,

* 1. [Evangiles des Quenoilles]. Petit infol. goth.

Edition extrêmement rare, sortie des presses de Golard Mansion , imprimeur k Bruges , vers 1475. Elle n^a ni chiffres, ni réclames, ni sî-

§ natures, et Ton n'y compte que ai ff. en tout, ont les quatre premiers sont imprimés à longues lignes , et commencent par les deux sui- Tantes :

Cy commence le traittié intitulé les Euuangiles des Quenoilles faites en lonneur et exaucement des dames.

Cette partie a 33 lignes par page entière ; la seconde, de 17 fT., est èi 3 col., dont celles qui sont entières portent 34 lig. L'ouvrage se termine sur le verso du dernier f . par la conclusion de laeteur,.,.

2. Le Livre des Connoilles. Pet. iQ-4> de 27 ff., y compris le titre , 3i lig. par page.

Edition sans chiffres ni réclames, sans lieu ni date, imp. en car. goth. dans le genre de ceux de Math. Husz, de Lyon, avec des fig. en bois. On lit au recto du dernier f. ( et en deux

1. L'astérisque placé devant le numéro désigne les éditions que j'ai vues. P. J.

Préface. xiij

lignes) : Cy finissent les Euangilles des Cônoilles, lesqwlles traictent de plusieurs choses joyeuses. Le texte commence par ces mots :

Maintes gens sont aujeur d'hui qui allèguent et autorisent leurs parolles,

3. Les Ëuangiles des Gonnoilles faites a Ihonneur et exaulcepient des dames, lesquelles traitent de plusieurs choses joyeuses , racontées par plusieurs dames assemblées pour filer durant six journées. Lyon , Jean Mareschal , 1493, in-4. goth.

Edition très rare, citée par Duverdier.

* 4* Le Livre des Gonnoilles. Sans lieu m date, in-4* goth^ de 32 ff., signât. A.-D. fîg. en bois.

Cette édition est annoncée dans le catalogue du Roi comme de Lyon, 1493.

* 5. LeLiure des Quenoilles. Cy fine le Hure des Quenoilles, lequel traicte de plusieurs choses joyeuses. Imprime a Rouen pourRaulin Gaultier, libraire demourant audit lieu en lagrant rue de Sainct Martin du Pont , jotuote lensepgne du Fardel, Pet. in-4* de 21 ff. à 36 lig. par page, car. goth.

Autre édition rare.

6. Le Liure des Quenouilles, ou les Ëuangiles des femmes. {Sans lieu ni date,) pet.

in-8. goth. de 32 ff.

* 7. Le Livre des Gonnoilles. — Cy finist le livre des Connoilles , lequel traicte de plusieurs choses ioyeuses. Pet. in-8. goth. de 32 ff. à 27 lig. par page , avec une vignette au frontispice.

Cette édition n^est pas la même que la précédente; elle parott être d'Alam Lotrian, de i53o à i536. Le verso du dernier f. n'a que ao lig.

xiv Préface.

* 8. Le Hure des Quenoilles, — Cy finist le livre des Quenoilles y lequel traicte de plusieurs choses joieuses. Pet. in-8. goth., signatures a — fiiij , sans lieu ni date, avec une vignette au frontispice.

Edition duXYI® siècle , qui a échappé aux recherches de M. Brunet.

* 9. Les Euangilesdes Connoilles , faictes en lonneur et exaulcement des Dames. Lyon , Jehan Mareschaly mccccxciii {Paris, Techener, sans date), in- 16 goth. fig. sur bois.

Réimpression qui &it partie de la collection de Joyeutetés publiée par M. Techener.

M. Brunet cite aussi une traduction anglaise, imprimée par Wynkyn de Worde, et décrite dans les TypogroptUcal Antiquities, édition de Dibdin, II, page 339.

ivv^:^>-:

Variantes et Corrections.

NoU-e édition reproduit littéralement rédilioQ originale, imprimée à Bruges par Colard Mansion, sauf les corrections faites d'après le manuscrit de la Bililiolhèque im-pénale.

Elle contient de nJus :

1° Le cîiapitre Xa de la V*^ Journée, et les chapitres XVI et XV 11 de la Vl*' Journée, nui mauqucnt dans 1 édition originale et aans le manuscrit de la BiMiothèque impériale, et que nous avons intercalés d'après Tédition de Rouen, Raulin (iauïtier^ îa-4. Nous devons faire remarquer que ces ti'ois chapitres se trouvent dans les autres éditions dés le XV® siècle,

2" Trois chapitres qui, dans le manuscrit de la Bihliolhèque impériale» portent les n*^* XVI, XVïl et XVill, Ces trois chapitres ne se trouvent dans aucune édition ♦

3° Le texte du manuscrit de M . Cigongne. Nous ayons renvoyé, par des chilTl'es placés k la suite de chaque Evangile, au dia pitre de notre édition correspondant ' ;

1 Le chiffre romain indique la jûBraée» et le chiffre arabe le chapitre.

xvj Variantes.

mais ce manuscrit contient plusieurs chapitres qui ne figurent pas dans les imprimes.

En voici Tinoication :

1" Série, chapitres 5, 26.

2« Série, chapitres 5, i4, 20 (la fin), 21, 24, 26 (la fin), 35, 38, 4o, 48, 5i, 53 (lafin), 55, 61,65,66, 82.

3® Série, chapitres 1, 2, 5, 8, 9, 17*, 19, 21, 25, 28, 29, 3o, 3i, 32, 33, 35,37.

4® Série , en entier.

Voici quelques observations particulières :

i'« Journée, chap. xx, Glose, au lieu de Hulottote , lisez Hulotte,

3® Journée, chap. xiii, Glose, Berte le Lourde, le manuscrit Colbert porte : Berte le Sourde,

4® Journée , chap. iv, violée , lisez voilée. Du reste , ce chapitre n'a de sens que dans le manuscrit de M. Gigongne {Appendice B, 2® série, lxxii® évangile), et c'est là qu'il faut le lire

4* Journée , chap. xi , engendre , lisez a engendré,

— chap. XVI, Glose, mirouers àBruge^ à glace ^ lisez, comme au manuscrit Golbert , à brune glace.

Appendice^ 3* série, 17* évangile, musclé, hsez masclé,

1. C'est le 17® chap. de la vi» journée', qui n'est ni dans le mss. Golbert, ni dans Tédition originale.

^m Cf commente le traimê intitulé les ^H Eui*angi!ea des Quenoilles ^ fautes ^H â Vonncur et exaucement

^^^^L des damei»

■ X iJ^jfVAiHTES gens sont au jour wlkwwi a d'buy qui îillegoent et auclo* rident leurs parolles et raisons par les EuTangilles des Quenouilles, qui gaires ne scevent de quele importance et auctorité elles sont, ne qui en furent les sages doctoresses et premières inTenteiresses» Et aincoircs^ qui pis est, les allèguent plus par derrisîon et en mocquerie qu'ilz ne fotitpcir affection qullzaycntà la grande substance qu'elles C4)nticnDent. Et ce font-ilx lousjours en l'iimoiodrisscment etrcboutement des dames, doût c'est pechié et graut honte pour ceulx qui ainsy Je font.

Car ilz ygnorent la gratidc noblc^sse des dames, elles grans biens qui d'elles procèdent. Car pour ce que la première femme fot faitte et créé en lien hault et noble,

2 Les Eyangiles

plain de net et pur air, pour ce sont toutes femmes naturelement nobles, nettes, dou~ cez, courtoises et plaines d*esperit legier et inventif, et à tr^soubtil que h bien pou d^ay de elles scerent pluiseurs choses avenir, car les passéez et présentes sçavent de leur propre nature, selon les conjectures et dispositions des temps, des personnes, des auguremens des oyseaux et des bestes , et, brief, de toutes autres créatures, comme il apperra ou procès de ce livre. Or est ainsi doncques que pour obvier k teles injures; et teles mocqueries mettre à néant, et par contraire exauchier les dames et leurs Euvangiles vérifier, je, qui de pieça et me&mes dès mon enfance ay esté leur humble clerc et serviteur, et dont des biens que d^elles ay receus a$$e& ne me sauroi loer, je, à la requeste d^aueuucvii iii<k^ treschières , ay, comme cy Aprè« pont"» ^ipoir , mis par escript et en ordre ce petit traittié^ qui contient en soy le texte des Euvangiles des Quenouilles, ensemble pluiseurs gloses et postilles y adjousteez et esclarciez par aucunes sages dames , desqueles les noms seront cy ensuivant mis et escrips.

DES Quenouilles.

Le^ noms des dames qui fireni le (extt des Euvangiles des Querwilles,

OtJR entammer donc(|ues cestc cu- ► vre,ilest loul notoire à tous bons î et vrais catholiques que pour mettrc et rédiger par escnpt, k la mémoire perpétuelle des crestieiis , les saiutes et Trayes paroUes, en s ambles les vertueuses cuvres et faiz de «ostre benoît sauveur el rédempteur Jbesus Crist et de ses sain^apostres, furent esleus quatre preudliommes d'entr'eulx^ plains de vérité et vertus, pour faire cestui sainct mistère qui se nomment Euvangilcs, parles escriptures lesqueles la vraye et sainte foy catholique est tenue, enluminée et corroborée, et sera jusques en la fin des siècles. A samblablc doncqiies, pour vérifier et mettre en avant les parolîes et auctoiitez des femmCsS de jadis, affin aussi de les non perdre ne telement evanouyr que la mémoire ne puisse estre fresche et récente entre celles du temps pre-

s Les Evangiles

sent et de cellui à avenir, ont esté trouvéez six matrones sages et prudentes pour reciter et lire lesdiltes Euvangilles des Quenouilles en la manière que cy après sera declairée. Et pour ce que en tout tesmoingnage de vérité il convient trois femmes pour deux hommes, pour faire et accomplir doncques le nombre desdiz quatre euvangelistes , il a convenu que six femmes aient esté cmpeschiez de faire cestui euvre, pour plusgrande approbacion de vérité, desqueles les noms s^ensuivent : La première fut nommée dame Ysengrine du Glay ; la seconde estoit appellée dame Transeline du Croq ; la tierce eut nom dame Abonde du Four ; la quarte fut appellée dame Sébile des Marez; la quinte eut nom dame Gomberde la Faée ; et la sîxiesme eut nom dame Berthe de Corne. Ces six dames furent si tressaiges en leur temps, que, se ce eust esté pour conjurer un bleu dyable ou pour le loyer dessus un coussin, si estoient-elles assez expertes et babilles.

DES QOEPÏOUILLES.

Qui fut la première femme qui mist avant ces Etwangileê, et comment le compose ur de ce livre fut constraint de faire cest euvre,

( ELON ce que je treuve es anciens l registres, ces Euvangiles furent fcomraerjcéez dès les premier et second eages du monde , ou temps que regoojt le fort et puissant roy Zoroastes, qui fut le premier qui trouva Fart de nygromaucie, de laqnele art il monstra et enseigna partie à la royne sa femme, nommée Itermo&oditâ, et laquelle depuis fist de beaux principes pour le commencement de ces Euvangiles ; mais elles ne furent de son temps ac^eveez, ains d'eage en eage et de siècle en siècle elles ont esté multipliéez et par legiers espris infusez es corages des prudentes femmes, cliascuues en son temps, selon les augurcmens et signes qu'elles povoient concevoir et veoir, tant en la terre comme eu Tair, Et depuis ce temps n'a esté

aincoires aucun, yoire que j^aye sceu, ne qui soit Tenu k ma congnoissance, qui ait volu prendre la paine de les mettre par escûpt ou en registre, au moins le tout, ne par ordre, mais ce tant pou que fait en a esté , ce a esté confusiblement et par pièces puis cj puis là, sans tenir aucun ordre. Et aincoires ce qui fait en a esté , c'a esté plus par derrision et mocquerie que autrement, et toutesfois elles ne deffaillent pas de grant mistère. Et pour vous donner à congnoistre comment je suis yenu en ceste téméraire et presumptueuse hardiesse et oultrecuidance, que de yoloir escripre et mettre par ordre cest euvre , il est yerité que un soir apris souper, pour cause d'esbat et de passetemps, es longes nuis entre le Noël et la Chandeleur derrain passé, je me transporta j en Tostel d'une assez ancienne damoiselle, assez près ma yoisine, où j'ayoje acoustumé d'aller souyent deyiser, car pluiseurs desyoisines d'environ venoient illec filer et deviser de pluiseurs menus et joyeux propos, dont je prenoie grand soûlas et plaisir. Mais pour ceste fois estoient illec les six dames assemblées / qui moult fort estoient empeschiez de diverses raisons, et souyent, de la grant haste qu'elles avoient de dire leurs propos, elles anticipoient Tune l'autre

BES Quenouilles» 7

et parloieni toutes ensemble. Moy, aucunemcQl honteux de cestc ma soudaiue avenue entrée! les, me voulz retrairc arrière, et pris congié dVlles, en moy départant dlliec; mais soudainement je fus d'elles rappelles et de fait arrestez par la roLe par Tune d elles, dont moitié force, moitié requeste, Je retournay et m'assis enlr elles, et leur priay moult humblemenl qu'elles me pardounaisseut de ce que si francemciit et si baudcment me esloic esbatus entre elles* L'une prist la parolle pour toutes les autres et me dist que vrayemcut je leur cstoie le tresbien venus, et le mieulv que bomme qu'elles sceusseut eu ce monde , et qu'il leur sembloit que Dieu m'avoit illec amcuc pour cstre en leur ayde, attendu le fait en quoy elles esloient pour ceste heure occuppéez et empescbiez, et que mieulv leur drescberoie leuj^ euvre et con-

cept,

que

autreffois en autres matières

a voie escript des dames fort à leur honneur. Et aiucoires de présent me piîoient que le pareil voulsisse faire, à ceslui leur tresgrant besoin g, et elles en temps oportun, par elles ou par leurs successeurs^ me feroicnt tele remuneracion que jusques à souMrc, me priant en oultre que voulsisse entreprendre de mettre par escript un petit volume «{uipour son nom prenderoit lesEuvaugiles

des Quenoilles, en mémoire et souvenance perpetuele d'elles et k Tadrescliement de toutes celles qui vendroient. Moy, aucunement honteux de la loenge qu'elles me donnoient, me cuiday excuser, mais tantost je fus sy anticipez de paroUes, et de diverses raisons enveloppez, que tout confus me convint entreprendre ceste charge, en laquelle, s'il y a à redire ou aucune faulte ou mauvais entendement, je vous supplie le me pardonner, et laditte faulte imputer k celles qui par si tresgrant haste le me disoient, que loisir ne temps n'avoie aucuneffois les bien entendre, ne ma main, qui par viellesse est devenue pesante, et mesyeulx obnubilez, ne les povoient si hastivement comprendre, ne servir si tost qu'elles eussent bien volu. Ceste charge doncques par moy ainsi prise, les dames me remercièrent grandement, etprindrent jour entre elles et heure de retourner le lendemain après souper, et me chargièrent que avec moy aportaisse largement papier et enchre et plumes, car elles vouloient déterminer de haultes besoingnes.

lEPfiïËiSAiN à Leure assignée, je, Ifonrny de mes agoubilles , me jlroiiYay ou lieu assigné, ouquel estoient desjà assambléez Jes six daines, qui après moy attendoient. Et elJes de ma venue joyeuses, comme par samb lance eOes demomtroient» après qu'elles me eurent préparé mon lieu pour à mon aise oyr et escri jvre leurs oppinions et doclrines, ruue d*cUes, et la plus ancienne, nommée dame Ysengrinc du GJay, commença à parler, après licence obtenue des autres, ses compaignes, les paroUes qui s^ensuiveot : Mes Ircscbièrcs voisines et compaignes, en ces le vocacion vous voye^, et aussy il est tout notoire, commentles bommes du temps présent ne cessent de escripre et faire libelles diffamatoires et livres contagieux poiguans iTionneur de nostre sexe. Et touteffois, attendu que eux et nous sommes fais tous

d'un ouvrier, descendans Tun de l'autre, et encoircs, puisque dire le me convient, sommes venues et descendues de plus bault et plus noble lieu qu'ilz ne sont , et faittes de matière plus nette et plus clarifiée que eux, il m'est avis, à correction de vous toutes, quebonseroit que, à l'ajde de cestui nostre secrétaire et amy, nous feissons un petit traittié des chappitres que volons tenir et mettre par ordre, lesquelz de pieça de noz grandes et anciennes mères ont esté trouvéez, affin de les non mettre en oubliance, et qu'il puisse venir entre les mains de celles qui aincoires sont à avenir. Lequel traittié contendra les cbappitres des Euvangilles des Quenoilies , ensemble les gloses que aucunes sages et prudentes matrones j ont adjousté, et aincoires feront, en multipliant le texte.- Et pour entrer en la matière et mettre ordre en nostre commencement, vous savez qu'ilz sont six jours ouvriers en la sepmaine, et nous sommes six qui avons empris cestebesoingne, et qui avons veu et oy recorder, par nos anciennes pluiseurs choses des viel et nouvel Testament , et pluiseurs vraies et bonnes auctoritez, si m'est ad vis, en conclusion, qu'il seroit bon que à lundy prochain venant nous assemblissons en l'ostel de Maroie Ployarde, où l'en a accoustu-

DES Quenouilles. ii

mé de tenir la série, environ sept heures du vespre, et illec, se c'est vostre avis, Tune de nous commencera sa lecture, et ses chappiti^es recitera, en la présence de toutes celles qui illec seront assembléez, pour les tenir et mettre en perpetuele mémoire.

Les assistentes tantost et sans autre deliberacion dirent toutes à une voix que dame Ysengrine avoit tresbien dit, et de fait lui prièrent qu'elle voulsist entreprendre ceste charge de lire la première, pour ce lundy, à Teure assignée , et elles sans aucune faulte y seroient , et sy prieroient aucunes de leurs voisines vielles et jones , pour mieulx auctoriser leur chappitre. Ceste charge prist moult volentiers dame Ysengrine, et dist qu'elle en feroit son mieulx ; en ce disant elle se tourna vers moy, et moult amoureusement me requist que son secrétaire voulsisse estre, et pareillement de toutes les autres, et qu'elles me fcroient guerredonner par aucunes d'elles des plus jones et à mon chois, duquel guerredon je les remercie, et dont desjà me tiens pour content.

iJ

L'ordonance de la première journée, et de

la descripcion de dame Yncngrine du

Olay , et qui elle fui,

I E lundj au soir, envi ion entre jsept et buit lieurcs, après souper, [s'assemblèrent lesditessix dames, enseinbles toutes les voisines qui accoustumé avoient d*y venir, et pluiseurs autres qui y furent invitéez, qui aincoiies n^ avoient esté, pour oyr le mislère que illec faire se devoit. Dame \sengrine du Glay y vint accompaigoié de pluiseurs de sa congnoissance, qui toutes apportèrent Jcms queeoilles, lio, fuiseaux, estandarSi liapples, et toutes agoubilles servans à Iciu- art. Et biief^ ce sembloit à veoir un droicl marchie où Fen ne vendoit que parolles et raisons a divers propos de pou d'efîect et de petite valeur. Le siège de dame Yscngrine estoit préparé à un costé un pou plus hauît des autres, et le mien de costé elle. Devant moy un rondeau où estoit as&ise une lampe

i4 PkEiiiÈRE Journée.

d*oile poar enluminer sormon euvre^ et toutes les assistentes avoient tourné leurs visages ou regart de dame Ysengrine, laqnele, apris licence obtenue, commença à parler en ceste manière. . . Mais ayant que j e commence escripre ses chappitres, je vous vueil reciter Testât et la généalogie d'elle. Dame Ysengrineestoiteagie de .Ixy. ans ou environ. Belle femme avoit esté en son temps, mais elle cstoit devenue fort ridée. Lesyeîdx avoit enfonssez, et la bouce grande et large. Cinq maris avoît eu, sans les acointes de costé. Elle se mesloit en sa viellesse de recevoir les enfans nouvellement nez , mais en sa jonesse elle recevoit les grans enfans. Moult experte fut en pluiseurs ars. Son mari estoit assez jone, duquel elle estoit fort jalouse, et dont elle faisoit souvent grandes complaintes à ses voisines. Touteffois, licence, comme dit est, obtenue, elle commença son Euvangille, et prist son thnmc sur son mari, en hongnant, et dist :

Première Jodrkée.

Cjr commencent les ckappitres de VEm'an-

gïie dame Ysengrine du Glay, pour

le lundf.

ES bonnes compaignes et voisines, il n'est aucune de vous qui ne sace tpie je prins mon maxi Jo5selin plus pour sa beauté que pour sa ridiesse, car povre compagnon es toit, et vêla je ne Je vej ne bier ne au jour d'hiiy, dont j ay grant doïctir au cuer. Et certes il a grant marcbié des biens que mes maris ses prédécesseurs ontparcidevant à grande peine et doîeur assemblez. Je croy que ce sera ma mort*

Et à ce propos, et pour premier cbappitre, je dy, pour aussy vray comme Euvangile, que Tomme qui despent indeuement les biens qui lui viennent de par sa femme, et sans son gré et congic, il en rendra conte devant Dieu comme de chose emblée.

Glose. Sur ce cliappitre distune ancienne matrone nommée Griele, femme de Jehan

î6 Première Journée.

Joquesus : Certes, cellui mari qui fait contre ce chappitre est mb après sa mort pu purgatoire des mauvais maris, en un baingde soulphre ardant, s^il n'a faitte sa penitante en ce monde par les hospitaux.

le second chappitre.

Il n'est riens plus certain que le mari qui va au contraire de ce que sa femme lui conseille et veut faire, et qui la contredist de chose qu'elle dye, il est faulx et desloyal parjure.

Glose. Certes, dist Gombaude du Fossé, j'en ay veu pluiseurs miracles de ceulx qui ont transgressé ce chappitre, et mesmes mon parastre se rompy la jambe pource qu'il nlavoit volu croire le conseil de ma mère.

LE tiers chappitre.

Homme qui sa fenune bat , pour quelconque cause que ce soit, n'aura jamais, pour prière qu'il sace faire, grâce de la Vierge Marie , se premièrement il n'a obtenu pardon de sa femme.

Glose. Maroie Ployarde dist sur ce chappitre que cellui qui bat sa femme fait autel pechié comme s'il se yoloit soy mesmes

Première Journée. 17 désespérer : car, selon ce que j'ay ouy dire à no curé, ce n'est que un corps, dliomme et de femme acouplez par mariage.

LE QUART CHÀPPITRE.

Homme qui fait aucune chose sans qu'il le donne à congnoistre k sa fenune, je tous dj comme Euyangile qu'il est en concience pire que larron, qui bien Toseroit dire.

Glose, Les anciennes matrones ont maintenu pour vérité que les enfans qui viennent de tel mariage jamais en ce monde ne deviendront riches, et si seront volentiers menteurs.

LE GINQUIESME CHAPPITRE.

Mes amies, je vous di pour vérité qu'il n'est doleur ne angoisse pareille à celle que femme porte quant son mari va autre part porter et donner sa substance, et especialement quant les biens viennent de par elle.

Glose, Pour certain, dist une vielle qui estoit nommée Flourette la Noire , celui qui rompt son mariage par adultère est moins à prisier que un Juyf ou Sarazin, car il est paijur.

i8 Première Journée;

LE VI* CHAPPITRE.

Fille qui yeult savoir le nom de son mari à venir doit tendre devant son huis le premier fil qu'elle filera cellui jour, et de tout le premier homme qui par illec passera savoir son nom. Sache pour certain que tel nom aura son mari.

Glose. A ce mot se leva Tune des assistentes, nommée Geffrine, femme de Jehan le Bleu, et dist que ceste chose avoit esprouvée, et que ainsi lui en estoit avenu, dont elle maudissoit Peure d'avoir encontre un tel homme, qui toute couleur etheauté avoit perdue, et si estoit si tresmauvais mesnagier que autre chose ne povoit faire que dormir.

LE VII* CHAPPITRE.

Quant femme porte enfant, et on veult savoir s'elle porte filz ou fille, on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si soement que point ne le sache, et après ^ en devisant à elle, sachiez quel nom elle nommera.

Scelle nomme homme, ce sera un filz; et s^eUe nomme femme, ce sera une fille.

Glose. Geste mesmes chose m'avint quant

PHEMiÈ&E Journée. 19 je pottoie ma fille Lise Tempremeure, dist Grièle du Solier, et le me fist et apiist ma tante, qui estoit fort ancienne et moult renommée en pluiseurs ars.

LE VIII*» CHAPPITRE.

On ne doit point donner à jones filles à tnengier de la teste d'un lièyre, afin qu'elles mariéez, et par especial enchaintes, n'y pensent : car, pour certain, leurs enfans en pourroient avoir leurs lèvres fenduez.

Glosé, Dist tantost Margot des Bledz :

Tout ainsi en avint-il nagaires à l'une de mes cousines : car, pour ce qu'elle avait mengié de la teste d'un lièvre, safille, dont elle estoit enchainte, en apporta sur terre quatre lèvres.

LE IX« CHAPPITRE.

Om ne doit point aussy laissier mengier aux jones filles à marier déteste de mouton, de crest de coq, ne d'anguille, affin qu'elles ne cheent du mal sainct Loup par derrière.

Glose. Certainement, dist Belotte la Cornue, c'est un tresgrant dangier : car, pour ce que ma mère en menga, j'en ai eu trois tadies qui, coiùme je croy, jamais ne me fauldront : l'une si est que souvent me laisse

ao Première Journée.

cheoir par derrière ; la seconde, que je hurte volentiers ; et la tierce, qu'il me croist oa plus secret lieu de mon corps une chose à manière de la creste d'un coq, dont j'ay grand vergoingne.

LE \^ GHAPPITRE.

Je Tousjure comme Euvangile que, quant une jone fille mengue acoustumeement lait bouiily en la paelle ou en un pot de terre, qu'il pleut yolentiers et par coustumele jour de ses nopces, et si a volentiers mari merancolieux et hoingnard. Et aussi ne fault-elle pas d'eslre souvent crottée et mal parée.

Glose. Dist dame Abonde : A cest texte ne fault aucune exposicion, car la règle en est toute commune, et jamais n'y a faulte, comme il apparut à mes nopces, où pluiseurs de vous furent.

LE XI« €HâPPITRE.

Pour certain et pour aussi vray que Euvangile , quant un homme couche avec sa femme ou s'amie ayant les piez ors etpuans, et il a vient qu'il engendre un filz , il aura puante et mauvaise alaine ; et se c'est une fille, elle l'aura puante par derrière.

Première Journée. ai

Glose, Maroie Ployarde dist sur ce chappitre que de sa cousine germaine en ayint ainsi, car, par tout où elle aloit, elle rendoit une odeur si puante de son derrière, que les assistens en estouppoient leurs nez, mais ne sayoient qui cellui estoit qui en estoit cause.

le XIl<' CHAPPITRE.

Pour aussy yray que Euyangile, je tous dy que quant un jone homme pucel espouse une fille pucelle, le premier enfant qu^ilz ont est par coustume fol.

Glose. Berthe FËstroite sur ce chappitre dist que ainsi estoit nagaires ayenu.à Tune, de ses filles, qu^elleayoit mariée au porchier de son hostel, car il conyint' que pour la première nuit elle leur enseignast çonunent ilz deyoient faire, dont il est ayenu que leur premier filz est fol et poyre innocent.

LE XIII® chappitre.

Mes yoisines et compaignes, je yous dy pour Euyangile que, quant Tenfant estnouyellement né, et ayant qu'il suche la mamelle, se on lui donne à mengier d'une pomme cuitte, jamais, après, toute sa yie, il

2ii Première Journée.

n'en sera si luffres ne gourmant à table, en boire et en mengier, et si en sera plus courtois en fais et en parolle entre les dames.

Glose. Maroye Morele dbt sur ce texte que, quant un enfant est né, qui lui porter roit le petit boyau jusques au cbief, il en âuroit longue -vie, douce alaine, bonn»

voix et gracieuse loquense.

LE XIIII® CHAPPITRE.

Je tous asseure, pour aussy vray qu'Eu* yangile, que , pour faire avoir aux enfans cheveux crespez, tantost après qu'ilz sont desobez , il convient laver leur cbief de vin blanc, et en leur baing soit mise la racbine de blanche vigne.

. Glose, Dame Hcrmofrode, sur ce pas, dist, en corroborant le texte, que qui feroit sechier, par deux enfans jones et beaux, l'aubete du petit enfant sur la pointe d'une espée trenchant et clere, que l'enfant sera toute sa vie beaux et hardis, et bien venus entre les nobles.

LE XV» CHAPPITRE.

Or entendez bien, vous toutes qui cy estes présentes, je vous avertis que jamais on ne.

Première Journée. i3

doit tirer espée nue ne autre long trenchant deyant femme grosse, que, premier que riens s'en £ace, ne lui va doucement toucbier du plat sur son chief, affin qu'elle demeure asseurée, et que son firuit en soit toute sa vie plus hardj.

Glose, Peronne Beyette dist que, pour ce que on ne fist point ainsi à sa mère quant elle la portoit, elle a esté et aincoires est si paoureuse, qu'elle n'oseroit coucbier seule sans avoir compaignie dliommes.

LE XVI® CHAPPITRE-

Je vous dy pour aussi vray que Euvangile que jones filles ne doivent jamais mengier cerises à la derraine avec leurs amoureux, car souvent a vient que cellui à qui vient ]a derrenière demeure le derrenier de tous à marier.

Glose. Dame Sebille des Mares dist sur ce pas que les filles ne doivent point mengier à cachelouche leur potage avec leurs amoureux, car par coustume il avient souvent que leurs maris ont acointe à part , et non pas les femmes.

LE XVII® CBÂPPITRE.

Aincoires vous dy que Dieu et raison def-

34 Première Journée.

fendent le parler ou le rameuteyoir, devant aucune femme mariée en eage de porter enfans, ou qui est enchainte, de quelconque chose pour mengier qui pour le présent et au besoing ne sepourroit trouver, affin que le fruit qu*elle porte n'en apporte enseigne sur son corps.

Glose. Dame Abonde du Four dist que, par ruer au visage de la fenune qui porte enfant aucunes cerises, frezes ou vin vermeil, Tenfant en apportera sur soy aucune enseigne.

LE XVIII*' CHÂPPITRE.

Sachiez que bonune qui se double en mariage est inhabile de parvenir à aucune dignité, et, se sa femme lui fadsoit le pareil cas, sans faulte il seroit cause de Tun et de l'autre mal, et elle deveroit estre jugie quitte et sans pugnicion.

Glose. Dame Ysorée la Courte dist sur ce pas que la femme qui veult que son mari point ne se desvoye avec autres femmes, si face par trois lundis chanter messe de sainete Avoie : Et je vous dy pour certain que les dames de Paris en entretiennent ainsi leurs maris.

Première Journée. a5

LE XIX* GHAPPITRE.

Quant on baptise aucun enfant, soit filz, soit fille, se la fille a deux parrins, elle aura deux barons ou plus ; et aussi, se le filz a deux marrines, et il vit eage dliomme, il aura deux femmes ou pluiseurs.

Glose. Certainement , dist Ampelune Hucquette, je doy bien maudire Teure que Willequin mon mari en eut oncques tant, car il en a trois accointes, sans celles que point ne sçay.

LE XX« GHAPPITRE.

Quant on voit ces petits enfans courir parmi les rues à cheyaulx de bois, à tout ^ lances, et desguisez par manière de gens de guerre, c'est tout vray signe de prochainement avoir guerre et discencion ou pays.

Glose. Perrine Hulottote dist sur ce pas que, quant lespetis enfans portent banières et confanons en cbant^mt par les rues, c'est tout signe de mortalité.

LE XXI« GHAPPITRE.

Se femme yeult certainement sayoir se

a6 Première Journée.

son mari se double, si ayise se une plaine lune se passe sans elle approchier ; certes, s'elle y a soupechon, ce n'est pas sans cause. Glose. Geste Ëuyangile est yraje, dist Maroie Ployarde, car il y a plus de trois lunoisons que Jan Ployart, mon baron, ne fist ne cou ne quoy, et si suis aincoires femme assez poiu: Tendurer.

LE XXII<* CHAPPITRE.

On ne doit point donner aux femmes grosses à mengier de nulles testes de poissons, affin que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre la bouche plus relevée et plus aguë qu'il n'est de coustume.

Glose Perrette Faytos, sage femme, dist qu'elle ayoit receut pluiseurs enfans qui ayoient leur débout plus long oultre mesure que les autres.

LE XXIII* CHAPPITRE.

Se d'ayanture un homme bat sa femme enchainte, ou la pile dupié, lors qu'elle enfantera moult grant trayeil en aura, et bien souyent les en convient morir.

Glose, Dame Hermofrode dist que en ce

Première Journée. 27

n'a aucun remède, fors qu'il convient avoir le soler dont le mari la pila, et qu'elle boive à mesmes, et, se ainsi le fait, sachiez qu'elle enfantera legierement.

le xxiiii® chappitre.

S'il avient que aucun ou aucune engambe par dessus un petit enfant, sachiez que jamais plus ne croistera, se cellui ou celle mesmes ne rengambe au contraire et retourne par dessus.

Glose. Certes, dist Sébile, de ceste chose viennent les nains et les petites femmes.

LE XXV® chappitre.

Sachiez pour vray comme Euvangile que, se la chausse d'une femme ou fille se desloie emmy la rue et qu'elle le perde, c'est signe et n'y a jamais faulte que son mari ou amy ne se desvoye.

Glose, A ce mot laissa le filler une nommée Transsie d'Amours, jonede .Ixvij. ans, et dist qu'il n'estoit chose plus vray e que ceste Euvangile : car dès mercredy derrain passé je ne vey mon ami Joliet, pour ce que en ce mesmes jour je perdy mon gartier en la rue. .... j

38 PeBMIÈEB JODENiB.

LB XXTI« BT DEEEAI3I CHAPPITEE.

Et pour oondusion, mes amies et yoîsines, et pour mettre fin ii mes du^itres, je vous dj que, quant à une femme yient le mal des mammelles, il ne lui £uilt antre chose sinon que son mari lui lace de son instrument naturel trois cercles enyiron le mal, et sans aucune doubte elle en garira

Glose Saintine Tempreoienre dist quW doit entendre ces trois cercles estre £ûs au debout du y entre, un pou soubz lachainture.

Toutes les assistentes commencèrent moult fort il rire de ceste joyeuse conclusion, et moult loèrent la sage dame Tsengrine, qui si haultement ayoit continuée son Euyangile, et départi par .xxyj. articles, qui tous estoient de graot sens et de grande importance, et promirent qu^elles metteroient paine de tant les repeter qu*elles les sauroient par cuer, pour les publier et conmiunicquer à celles qui point n'ayoient esté à ceste lecture.

OULT me fut bel quant dame Ysengrine mist fin à son parler, car papier et chandeiJle me fail*

Première Journée. 29 loient, avec sommeil qui fort m'avoit accueilli, car près de minuit estoit. Si voulz prendre d^elles congié, mais elles me prièrent que, avant que partisse, je veisse eslire celle qui à lendemain deveroit lire son Euvangile. Si se mirent toutes ensemble à cdnseil, et d'un commun accort esleurent Transeline du Groq, une ancienne damoiselle, laquelle prist volentiers la cherge de ce faire, et me requist tresinstamment, en la présence d'elles toutes, que à ce besoin g lavoulsisse servir. Je lui promis, que en vis que volentiers, mais d'une chose la requis :

c'est qu'elle venist un pou plus tempre que ce lundy n'a voient fait, affin de éviter le traveil de la nuit et le veiUier, qui les yeulx traveille.

^■S'ensîeut la continuacion des Euvangiles fautes et leuties par dame T r ansel ine du Croq ^ pour le mardjr, en l'os tel et d heure accous^

tumez.

j UAnTTÎntle mardy, environ cinq

■âj^SJJf heures du vcspre , commencèrent W^^o^ Tenir et assembler femmes , tant vielles comme joncs, de toutes parts : car desjà elles a voient publié ce qoc le lundy avoit esté fait , et ce que îe maidy faire se devoit par dame Transeline du Croq, femme bien renommée, car elle estoit gentil femme, eagie de environ soixante ans. Longue et maigre cstoil. En ses joncs jours avoit demouré avec une dame qid savoit partie de Fart de géomancie, et rendoit raisons de plusieurs choses avenir, aveclaquelle elle aprist moiiit d augurie, dont depuis elle lut moult renommée et bon no urée. Mais, pource qu'elle avoit un jour meegié soupe liyec Venus, faitte au cliaudcrou d^Âmours, 'oDcques depuis ne cessa de excerser son

3a Deuxième Jouenés.

service avec les subjez dlcelle. Et en sa Tiellesse s'estoit retrailte et alliée ayec le curé de la yiUe, qui de nuit et de jour ojoit sa confesse, poorquoj toutes celles de son Yoisinage Ta voient en grant révérence.

Dame Transeline doncqûes, venue entr'elles, salua toute la compaignie, et, apris qu'elle m'eut demandé se ma plume estoit preste d'escripre, commença à parler en ceste manière :

LE PREMIER GHAPPITRE.

Or çà, dist-elle, mes bonnes voisines et amies, en continuant nostre propos du soir précèdent, je vous prie que silence soit faitte, et je vous àj pour aussi vray conuae Euvangile que, quantune fenmie veult estre de son mari ou de son amy bien amée, si lui face mengier herbe de chat, et il sera d'elle si très-amoureux qu'il n'aura aucun repos se d'emprez elle n'est.

Glose. Geste chose est véritable, dist Burge Fauvele, car tout ainsi en £eis à mon mari, et lui en feis une salade; mais ceste amour ne diura que six sepmaineSf pourquoy je cuide qu'il le fault renouveller souvent.

Deuxième Journée. 33

le second chappitre.

Et si vous dy que qui porroit finer d'un vrai mandcgloire, et le couchast en blans draps, et lui presentast à mengier et à boire deux fois le jour, combien qu^il ne meugue ne boive, cellui qui ce feroit devendroit en pou d^espace moult riche^ et ne sauroit comment.

Glose, Certes, dist Jebanne Waslelière, ou dist, mais c'est en tapinage, que Âlexus du Cornet est ainsi devenus riche.

LE TIERS CHAPPITRE.

Je vous dy pour Euvangile que quant aucun se met au chemin, et un lièvre lui vient audevant, c'est un tresmauvais signe.

Et pour tous daugiers éviter, il doit par trois fois soy retourner dont il vient, et " puis aler son chemin, et alors sera- il hors du péril.

Glose, A ceste parolle se leva Maroie la Faée, et dist topt hault que ceslui chappitre estoit moult véritable, car son parrastre avoit rompu la jambe au cheoir de son cheval, après qu'il avoit rencontré un lièvre ; . mais qui rencontre un loup, un cerf ou un ours, c'est tresbon signe.

34 Première Journée.

fendent le parler ou le rameuteyoir, devant aucune femme mariée en eage de porter en- £euis, ou qui est enchainte, de quelconque chose pour mengier qui pour le présent et au besoing ne se pourroit trouver, affin que le fruit qu^elle porte n'en apporte enseigne sur son corps.

Glose. Dame Abonde du Four dist que, par ruer au visage de la femme qui porte enfant aucunes cerises, frezes ou vin vermeil, Fenfant en apportera sur soy aucune enseigne.

LE XVIIP CHÀPPITRE.

Sachiez que homme qui se double en mariage est inhabile de parvenir à aucune dignité, et, se sa femme lui faisoit le pareil cas, sans faulte il seroit cause de Tun et de Tautre mal, et elle deveroit estre jugie quitte et sans pugnicion.

Glose. Dame Ysorée la Courte dist sur ce pas que la femme qui veult que son mari point ne se desvoye avec autres femmes, si face par trois lundis chanter messe de sainete Avoie : Et je vous àj pour certain que les dames de Paris en entretiennent ainsi leurs maris.

Première Journée. aS

LE XIX** GHÀPPITRE.

Quant on^ baptise aucun enfant, soit filz, soit fille, se la fille a deux parrins, elle aura deux barons ou plus ; et aussi, se le filz a deux marrines, et il vit eage dliomme, il aura deux femmes ou pluiseurs.

Glose. Certainement, dist Ampelune Hucquette, je doy bien maudire Teure que Willequin mon mari en eut oncques tant, car il en a trois accointes, sans celles que point ne sçaj.

LE XX« GHAPPITRE.

Quant on voit ces petits enfans courir parmi les rues k cheyaulx de bois, à tout ^ lances, et desguisez par manière de gens de guerre, c'est tout vray signe de prochainement avoir guerre et discencion ou pays.

Glose, Perrine Hulottote dist sur ce pas que, quant lespetis enfans portent banières et confanons en chantant par les rues, c'est tout signe de mortalité.

LE XXI« GHAPPITRE.

Se femme veult certainement savoir se

a6 Première Journée.

son mari se double, si avise se une plaine lune se passe sans elle approchier ; certes, s'elle y a soupechon, ce n'est pas sans cause. Glose. Geste Ëuvangile est yraje, dist Maroie Ployarde, car il y a plus de trois lunoisons que Jan Ployart, mon baron, ne fist ne cou ne quoy, et si suis aincoires femme assez poiu: Tendurer.

LE XXII<* GHÂPPITRE.

On ne doit point donner aux femmes grosses à mengier de nulles testes de poissons, affin que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre la bouche plus relevée et plus aguë qu'il n'est de coustume.

Glose Perrette Faytos, sage femme, dist qu'elle ayoit receut pluiseurs enfans qui avoient leur débout plus long oultre mesure que les autres.

LE XXIII« GHAPPITRE.

Se d'ayanture un homme bat sa femme enchainte, ou la pile dupié, lors qu'elle enfantera moult grant traveil en aura, et bien souvent les en convient morir.

Glose, Dame Hermofrode dist que en ce

PftEHiÈfRE Journée. 27

n'a aucun remède, fors qu'il convient avoir le soler dont le mari la pila, et qu'elle boive à mesmes, et, se ainsi le fait, sachiez qu'elle enfantera legierement.

LE XXIIII® CHAPPITRE.

S'il avient que aucun ou aucune engambe par dessus un petit enfant, sachiez que jamais plus ne croistera, se cellui ou celle mesmes ne rengambe au contraire et retourne par dessus.

Glose. Certes, dist Sébile, de ceste chose viennent les nains et les petites femmes.

LE XXV® CHAPPITRE,

Sachiez pour vray comme Ëuvangile que, se la chausse d'une femme ou fille se desloie emmy la rue et qu'elle le perde, c'est signe et n'y a jamais faulte que son mari ou amy ne se desvoye.

Glose, A ce mot laissa le fiUer une nom> mée Transsie d'Amours, jonede .Ixvij. ans, et dist qu'il n'estoit chose plus vraye que ceste Ëuvangile : car dès mercredy derrain passé je ne vey mon ami Joliet, pour ce que en ce mesmes jour je perdy mon gartier en la rue. .... ^

aS Première Journée.

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