‹ Les évangiles des quenouillesChapitre 2 sur 19 · LE %X\V> ET DERRAIN CHÀPPITRE · texte numérisé non relu

LE %X\V> ET DERRAIN CHÀPPITRE

Et pour conclusion, mes amies et voisines, et pour mettre fin à mes chappitres, je vous dy que, quant à une femme vient le mal des manunelles, il ne lui fiault autre chose sinon que son mari lui fiace de son instrument naturel trois cercles environ le mal, et sans aucune double elle en garira

Glose. Saintine Tempremeure dist qu'on doit entendre ces trob cercles estre fais au débout du ventre, un pou soubz la chainture.

Toutes les assbtentes commencèrent moult fort à rire de ceste joyeuse conclusion,, et moult loèrent la sage dame Ysengrine, qui si haultement avoit continuée son Ëuvangile, et départi par .xxvj. articles, qui tous estoient de grant sens et de grande importance, et promirent qu'elles metteroient paine de tant les repeter qu'elles les sauroient par cuer, pour les publier et conmiunicquer à celles qui point n avoient esté à ceste lecture.

OULT me fut bel quant dame Ysengrine mist fin à son parler, car papier et chandeille me fail^

Première Journée. 29 loient, avec sommeil qui fort m'avoit accueilli, car près de minuit estoit. Si voulz prendre d'elles congié, mais elles me prièrent que, avant que partisse, je veisse eslire celle qui à lendemain deveroit lire son Euvangile. Si se mirent toutes ensemble à cdnseil, et d'un commun accort esleurent Transeline du Groq, une ancienne damoiselle, laquelle prist volentiers la cherge de ce faire, et me requist tresinstamment, en la présence d'elles toutes, que à ce besoin g lavoulsisse servir. Je lui promis, que en vis que volentiers, mais d'une chose la requis :

c'est qu'elle venist un pou plus tempre que ce lundy n'avoient fait, aflin de éviter le traveil de la nuit et le veiUier, qui les yeulx traveille.

^S'ensîeut la condnuacion des Euvangiles

faities et leuttes par dame Tran-^

seline du Croq , pour le mardj,

en Vostel et à heure aceous-

tumez*

j UAHTviotlc mardy, environ cinq f heures da vcspre , commencèrent venir et assembler femmes , tant yielles comme joncs, de toutes parts : car des] à elles avoienl publié ce que le liindy aToit esté fait , et ce que le raardy faire se devoit par dame Transeîine du Croq, femme Lien renommée, car elle estoit gentil femme, eagie de environ soixante ans. Longue et maigre estoit. En ses jones jours avoit demouré avec une dame qui savoit partie de Tart de géomancie, et rendoit rai* sons de plusieurs choses avenir, avec laquelle elle aprisl moult dVu^uric, dont depuis elle fut moult renommée et honnourée. Mais, pource qu'ici le avoit un jour mengié soupe avec Venus, faitte au cbauderon d'Amours, ODcques depuis ne cessa de cxcerser son

3a Deuxième Journée.

service avec les subjez dlcelle. Et en sa yiellesse s'estoit retrailte et alliée avec le curé de la ville, qui de nuit et de jour oyoit sa confesse, pourquoy toutes celles de son voisinage Ta voient en grant révérence.

Dame Transeline doncqûes, venue entrVlles, salua toute la compaignie, et, après qu'elle m'eut demandé se ma plume estoit preste d'escripre, commença à parler en ceste manière :

LE PREMIER GHAPPITRE.

Or ça, dist-elle, mes bonnes voisines et amies, en continuant nostre propos du soir précèdent, je vous prie que silence soit faitte, et je vous dy pour aussi vray comme Euvangile que, quantune femme veult estre de son mari ou de son amy bien amée, si lui face mengier berbe de chat, et il sera d'elle si très-amoureux qu'il n'aura aucun repos se d'emprez elle n'est.

Glose, Ceste chose est véritable, dist Burge Fauvele, car tout ainsi en feis à mon mari, et lui en feis une salade; mais ceste amour ne dura que six sepmaines^ pourquoy je cuide qu'il le fault renouvel- 1er souvent.

Deuxième Journée. 33

le second chappitre.

Et si vous dy que qui porroit finer d'un vrai mandcgloire, et le couchas! en blans draps, et lui presentast à mengier et à boire deux fois le jour, combien qu'il ne meugue ne boive, cellui qui ce feroit devendroit en pou d'espace moult riche, et ne sauroit comment.

Glose. Certes, dist Jehan ne Waslelière, ou dist, mais c'est en tapinage, que Âlexus du Cornet est ainsi devenus riche.

LE TIERS CHAPPITRE.

Je vous dy pour Euvangile que quaut aucun se met au chemin, et un lièvre lui vient audevant, c'est un tresmauvais signe.

Et pour tous daugiers éviter, il doit par trois fois soy retourner dont il vient, et puis aler son chemin, et alors sera-il hors du péril.

Glose, A ceste parolle se leva Maroie la Faée, et dist tout hault que ceslui chappitre estoit moult véritable, car son parrastre avoit rompu la jambe au cheoir de son che* val, après qu'il avoit rencontré un lièvre ; mais qui rencontre un loup, un cerf ou un ours, c'est tresbon signe.

34 Deuxième Journée.

le 1111* chappitre.

Onques homme sage De monta sur asDe, pourTonneurde Nostre Seigneur, qui dessus monta, mais tresbien sur cheya], car qui chiet de Fasne il dist criève, et qui chiet du cheval ilditliève

Glose. Sur cest article se puet ùire un argument, car quant Joseph mena la Vierge Marie en Egypte, elle monta sur un asne, et toutesfois elle n^en eut nul grief. Respondy dame Sébile du Fossé que aincoires n'avoit Ihesucrit point monté sur Tasne, comme il fîst depuis. Replica une ancienne, nommée Perrette du Trou-Pnnais, que si avoit, et que Nostre Dame l'emporta avec elle monté sur Tasne. Pour cest argument sourdy grande noise entre toutes les assistentes, et telement que les unes soustenoient le texte de ceste Euvangile, et les autres soustenoient la glose, et si grant clameur sourdy entre elles, qu^on ne sayoit à la queUe entendre. Touteffois dame Ysengrine, comme présidente pour ceste nuitie« lelur imposa silence, affîn qu^elle peust paisiblement parfaire sa lecture, laquele chose elle obtint à tresgrande paine.

Dëuxièiie Journée! 35

• LE V GHAPPITRE.

Mes Toisines, pour muer propos et abaissier voz debas, je tous dy pour Euyangile que se une femme laisse son trepié ou son greil sur le feu sans j mettre ou baston ou tison ardant, sachiez qu^elle en enyieillist fort et en a ridé le yisaige.

Glose, Dist Tune des fiUeresses, nommée Piate au Long-Nez, que qui s'en va concilier sans remuer le siège sur quoy on s'est deschaussié, il est en dangier d'estre ceste nuit chevauchié de la quauquemare.

le VI« GHAPPITRE.

Qui laisse de nuit une selle ou un trepié les piez dessus, autant et aussi longuement est Tennemi à cbcyal dessus la maison.

Glose, Certes dist Ysorée la Tempriève que sa grant mère disoit que autant de gannes dyables sont assiz dessus cbascun pied, s^ainsi demoure, comme il en y a.

LE vu" GHAPPITRE.

Je tous asseure, et dy pour Euvangilé, que, quant agaches ou pyez gargonnent

36 Deuxième Journée.

dessus une maison, que c'est signe de très mauvaises nouvelles ; mais se moussons y gargonnent ou y font leurs nyds, c'est signe de bon air et de bonne fortune.

Glose. Gertrud des Blez dist que quant une cygoingne fait son nyd dessus une cheminée, c'est signe que le seigneur de Tostel sera riche et vivera longuement.

LE VIII^'CHAPPITRE.

Quant les oreilles escopissent ou demenguent à aucun, sachiez pour vérité et comme Ëuvangile que, se c'est la droicte oreille, ce seront bonnes nouvelles, et se c'est la senestre, elles seront mauvaises.

Glose, Ysabel de la Greste-Rouge dist sur ce propos que, quant le nez escopist, c'est signe de boire vin vermeil.

LE IX" CHAPPITRE.

Quant poix ou poirée boueillent ou pot qui est mis jus du feu, sachiez pour vray que en cestui hostel n'y a nulles sorcières.

Glose. Perrette Tost-Vestue dist que la chose que les cauquemares craingnent le plus, c'est un pot qui boult jus du feu.

Deuxième Journée. 87

le x* guappitre.

Or entendez, tous toutes, bien cé chappitre , €ar je vous dy que qui doubte ht cauquemare qu'elle ne yiengne de nuit à son lit, il convient mettre une sellette de bois de cbesne devant un bon feu, et se elle venue se siet dessus, jamais de là ne se porra lever qu'il ne soit cler jour , et est chose esprouvce.

Glose. Jenneton Tost-Preste dist qu'elle oublia une fois à ceste chose faire, mais elle, après qu'elle fut cauquie, tasta que ce povoit estre, si trouva que c^estoit une chose velue de assez doux poU.

LE XI^' GHAPPITRE.

Qui laisse le samedy à parfiler le lin qui est en sa queloingne, le fil qui>en est filé le lundy ensuivant jamais bien ne fera, et si on en fait toile, jamais elle ne blanchira.

Glose. DistMarion le Bleue : Pour ce que les femmes d'Alemaigne ont ceste coustume que de laissier le Hn à la queloingne le samedi, jamais leurs toilles ne sont blanches. Et c'est venté : il appert aux chemises que les hommes en apportent pardeça.

38 Deuxième Jooruâk.

le xii<' chappitrb.

Qui se abstient de torchier son derrière d'herbe, de fueiiles, ou d'autre verdure qui ait creu sur terre, il n'aura jà mal en l'eschine ne es rains.

Glose. Pyatine le Verde dist k ce propos que cellui qui ce fait, il n^aura jamais les trandbisoDS en la teste, mais en ce lieu il aura souvent sa chemise dorée.

LE XIII*' GHAPPITRE.

Cellui qui ne jette ou suefire jetter ou feu les os après qu'il en a mengié la char, jamais n'aura mal es dens, pour l'onnenr de sainct Laurens.

Glose. Mais Noir-Trou afferme ce chappitre estre vray, mais elle dist que en ce lieu les chiens s'en combatent voientiers.

LE XIIII» GHAPPITRE.

Cellui qui point d'argent n'a en sa bourse se doit abstenir de regarder la nouvelle lune, ou autrement il n'en aura guères tout au long d'icelle.

Glose, Robinette Noire-Trache dist sur

Deuxième Journée. 39

ce chappitre que celui qui perchoit le croissant à plaine bourse, il le doit saluer et encliner dévotement, et pour certain il multipliera toudis celle lunoison.

LE XY« GHAPPITRE.

Cellui ou celle qui treuve le treffle à quatre fueilles, s'il le garde en révérence, sachiez, pour aussi vray que Ëuvangile, qu^il'sera eureux et riche toute sa vie.

Glose. Sur cest article dist dame Sébile Rouge -Entaille que se un homme passe à pieds nuds sur le treffle à quatre fueilles, il ne puet eschapper d^avoir les fièvres blanches, et se c'est une femme, elle sera wihotte.

LE XVI« GHAPPITRE.

Quant un homme treuve sur sa robe une yraigne, c'est signe d'estre ce jour moult eureux, et pareillement qui treuve le fer d'un cheval ou partie d'icellui, il aura bonne fortune.

Glose. Lors se leva Francine Molles-Tettes, et dist que quant on treuve au matin devant desjuner argent à terre, c'est très mauvais eur, s'il n'y « de l'or parmy.

4o Deuxième Jouhnée.

LE XYIl* GHAPPITRE.

Quiconque frotte un porion la veille de sainct Jehan de la fueille d'un sehus, et puis la boute parfont en terre, à mesure que celle fueille pourrira, le porion seichera.

Glose, Ysîiel de la Doutre distque ceste avoit autreffbis fait. Mais de frotter le porion du lait d'une fueille de pissenlit, il en sèche plus tost, car elle Favoit esprouvé.

LE XVIIl* CHAPPITRE.

Quant un homme treuve en son pourpris un vaisseau d'eeps atachiés en un arbre, s'il ne Testrine d'une pièce d'argent, c'est mauvais signe.

Glose. Baudinon Gorgette distque cellui qui approprie à soy les eeps sans les estriner comme dit est ou texte, elles ne feront que picquier cellui, et jamais ne Taimeront ne lui feront proufHt.

LE XIX« CHAPPITRE.

Cellui qui le jour sainct Vincent loye

Deuxième Journée. 4i

les arbres de son jardin de loyens de fuerre de fromment, il aura cestui an plenté de fruis.

Glose, Emmeline le Crottée dist à ce propos que qui behourde le jour des brandons ses arbres, sache pour yray qu'iJz n'auront en tout cest an ne honnines ne vermines.

le xx« ghàppitre.

Cellui qui estrine sa dame par amours, le jour de Tan, de couteaux, sachiez que leur amour refroidera.

Glose. Dist à cest article Collette du Cren : Je vous asseure que cellui qui estrine sa dame d'espinceaux à grosse testes, que Tamour en devient plus ardant et plus durable.

LE XXI® GHAPPITRE.

Cellui qui franchement puet chevauchier Tours .ix. pas d'un tenant, il est affranchyde .ix. paires de maladies.

Glose. Dist une vieUe matrone qui derrière les autres estoit : Je cuide bien qu'il soit vray de la guarison desdites .ix. mala* dies, mais non pas de celles dont on chiet à la renverse.

49 Deuxième Journée.

le xxii** ghappitre.

Quant tous veez un chat assis sur une fenestreau soleil, qui lesche son derrière, et la patte qu'il lève ne porte au dessus de Toreiïlc, il ne vous convient doubter que celle journée il ne pleuve.

Glose, Lors se leva dame Mehault Oaillotte, et dist que point n'y a faulte, car aincoîres est sa buée ou cuvier, qu'elle n'ose laver pour ce que son cbat ne cesse de lechier son derrière.

LE XXIIl*» GHAPPITRE.

Qui siet au feu et cscript es cendres de son doy ou d'un baston , ou qui se joue du feu, c'est signe qu'il a pissié ou qu'il pissera au lict.

Glose, Peronne l'Enfumée dist en affermant ce texte que cellui qui regarde sa femme couvrir le feu devant lui sans soy lever, sachiez que celle nuit il ne cessera de ronfler et de dormir. Et se c'est une fille à marier, elle ne sera de l'année mariée.

Deuxième Journée. 43

le xxiy* chappitre.

Quant on craint que son chien ne soit mors de chien enragié, faittes le mengier et boire parmi un trepié, et il sera ce jour asseuré de la rage.

Glose, A ce propos dist Guillemette la Boisteuse que qui veult son chat ou sa geline tenir à Fostel sans les perdre, si prengne ou le chat ou la geline et la tourne par trois fois entour la crameillie, et puis leur frote leurs pattes contre le mur de la cheminée, et sans nulle faulte jamais de cest hostel ne se départiront.

La conclusion de ceste journée,

OUR ceste Euvangile commencèrent toutes lès assîstentes moult fort à rire, et de fait en laissièrent le filer et desYuidier, et moult fort loèrent dame Transeline du Groq de la déduction de son Euyangile, ensamble celles doctoresses et sages femmes qui Taroient glosé et si honnourablement déduit et postilé que mieulx on ne les porroit exposer. Je me levai de mon siège k demy lassé, et desjà semons du messagier du Dieu dormant pour

44 Deuxième Journée.

aller le berchier en sod repos, mais ayant mon département je youlz veoir faire Telection de celle qui lendemain devoit présider.

Les femmes donques, ayant laissié le rire, dirent que tempz estoit d eslire la dame qui lendemain presideroit. Si eslorent dW commun accort dame Abonde du Four, qui Facccpta benignement et promist d'en faire son povoir. Après ceste élection ainsi de dame Abonde du Four, je me départis le plus coyement que je peus, car elles se prihdrent si fort à quaqueter ensemble, qu'elles n'eurent regart à mon départe* ment.

frWrt

S'ensieui la contîntutcion des Euvattgites

des Queloingnes failles le mercredy

soir par dame Abonde du Four»

[ E mercredy soir, à heure acouslu- Jmée, conviudrent et s'assemblè- [rcnt toulcâ les femmes ([ui a voient acoustumé d y estre, ensemble pluiscur.'» autres qui ijaravaut «Y avoieDt este, par la inductiou delcursYobincs. Et elles ainsi assembléez, survint darae Abonde du Four, qui pourccstc nuit devoitetestoit ordonnée pour lire son Euvangile, comme elle fist. Mais avant que je procède aux chappitrcs d'tcelle, jevueil dest^ripre de son estât la manière* Il est vray que en ses jones jours elle fut marchande de luxure à détail, et depuis en tant bouticle en gros à Bruges entre les marchans. Belle femme avoilestéen sajonesse; mais le vin et les bons morseanx quVdIe avoist pris, et souvent, Tavoient faittesi grasse que a pou avoit sa rondeur sa longueur. Et à brief dire, elle avoit une partie des sept ars en sa mémoire^ cai* elle avoit estudié â Paris par

46 Troisième Journée.

Tespasse de sept ans au colliege de Glatigny, dont elle ayoit rapporté mainte parfonde science. EUe donc<{aes venue se alla seoir ou siège k ce déterminé, et après scilence faitte des assistentes, conunença pour son thume et premier chappitre en ceste manière :

LE PREMIER CHAPPITRE.

Pour le premier chappitre de tnon Euyangile, je tous asseure que pour pissier entre deux maisons, ou contre le soleil, on en gaigne le mal des yeulx qu^on appelle le leurieul.

Glo8e, Aucuns rappellent la rougerole, dist Beatrix Flabaude ; mais je croy mieux que ceste maladie viengne de trop boire à la fontaine d*amours.

LE 11^ CHAPPITRE.

Pour eschever de non venir paiasineux de la teste ou des rains, il se fault abstenir de mengier de teste ne de char de chat ou de ours.

Glose. Dist tantost Berte au Gourt-Talôn :

Jecuideet si croy que pour le paiasin des rains, il se fault garder de couchier à Tenvers, voire les femmes, et les hommes au contraire.

Troisième Journée. 47

le ii1« chappitre.

Qui se met à pissier contre un monstier ou en une atre, c'est grant merveille se avant sa mort il ne chiet en apopelisie, car du moins il sera graveleux.

Glose. Certainement, dist Jacquemine Galoise, qui long temps avoit servi le curé, je vous asseure que cellui qui ainsi pisse ou fait sa neccessité contre regliseouenFattre, Teaue benoite qu^l rechoit le dimencene le pnet aidier contre le tonnoirre pour celle sepmaine.

LE IIII^' CHAPPITRE.

Se une femme perchoit un loup qui le suive, elle doit tantost trayner sa chainture par terre après elle en disant : Garde toy, loup, que la mère Dieu ne te fière ; et tantost tout confus s'en retournera.

Glose. Jehanne la Sauvage dist que se aucun voit le loup devant que le loup le voye, il n'aura povoir de lui meffaire, et pareillement la personne au loup.

LE V« CHAPPITRE.

Quant le seigneur ou la dame d'un hos-

4S TtioisiÈiiR Journées.

têt est malade, et un corbaald vient crier dessus la cheminée ou la maison où le pacient gist ^ c'est grant signe qu'il mora de ceste maladie.

Glose, Mehault Tost- Preste dist à ce propos que quant une agache j vient gargon ner, c'est bon signe, et que le pacient garira.

LE VI* CHAPPITRE.

Quant le vent d'escorchevel vente , le:

femmes sages et bonnes mesnagières doivent taillier le débout de l'oreille dextrc de leur jone veau, et jetler celle pièce à l'encontre du vent, affin que leur veau croisse et amende, comme il fera.

Glose. Certes, dist Maroie Joe-Brulée, je croy que qui prometteroit à sainct Barthelemieu sa dextre corne, qu'il souffiroit.

LE vil® CHAPPITRE.

Mes bonnes voisines, je vous vueil en ce chappitre dire l'un des plus grans secrez que j'ayc oncques apris en Savoie. C'est, pour aussi vray comme Euvangile, que quant aucune tempeste lèvera en l'air, vous devez tantost faire du feu de quatre bastons

Troisième Journée. 49 de chesne en croix au dessus du vent, et lui faire une croix dessus, et tantost la tenipeste se tournera de costé, et ne touchera à Yoz biens.

Glose, Baudine Camuse dist bien que ou pays de Savoie a pluiseurs sages femmes, car pour Cadre bel ou lait temps elles en sont maistresses.

LE yill« GHAPP ITRE.

Quant les anettes sentent la tempesteesmouvoir en Taîr, et qu^elles volent et crient SUT Teaue en bas, c'est signe qu'il plouvera sans tempeste ; mais quant elles se taisent, elles redoubtent fort le tonnoire.

Glose, À ce propos dist Mabelie Joliette que quand les cynes ou les oies se baignent et debatent en Teaue, il n'y aura aucune faulte qu'il ne pleuve cellui jour.

LE IX* GHÀPPITRE.

Quant on oit chiens uller, on doit estoupper ses oreilles, car ilz apportent mauvaises nouvelles. Et par contraire, en doit oyr le cheval crier et haynir.

Glose. Magnon Broquette dit en approuvant cest article que quant on oit les loups

5o Troisième Journée.

uUer on se doit mettre efn bon estât, car c'est signe de grande pestilence i venir par guerre on par fisunine.

LE X® CHAPPITRE.

Quant tous yeez les lonps Tenir qnenv leur proie près des villes ou dedens les tHlages, sachiez que c'est grande apparence de chier temps.

Glose, Jehanne Baguette dist sur ce texte que quant cerfÎE, bisches ou dains Tiennent paistre près des Tillages et des maisons^ c'est bon signe, et babondance de tous biens.

LE XI« CHAPPITRE.

Je tous dy pour EuTangile que nul qui Teult gaignier au jeu de dez ne se doit jamais asseoir, pour jouer, son dos dcTcrs la lune, où qu'elle soit lors, ains lui doit tourner le Tisage, ou se ce non, jamais il n'en IcTera sans perte.

Glose, Michelelte Houchue dist à ce propos que qui Teult gaignier aux dez par jour, il convient faire le contraire, car il fault tourner le dos au soleil.

Troisième Journée. 5i le xii® ghappitre.

Je vous dy, mes voisines, que quant on met blans draps en un lit, l'angèle de Dieu s'y repose jusques à ce qu'on y lait ou pet ou vesse.

Glose. Marion Ort-Trou dist à ce propos que tantost que Tangèle s'est départis du lit, le dyable puant y entre, dont souvent en sourt grande noise entre bomme et femme.

LE XIII® GHAPPITRE.

Gellui qm rechoit de Teaue benoite le dimence à la grant messe, le diable mauvais, en toute ceste sepmaine, nepuet cellui ou celle tempter ne approcfaier à sept piez prez.

Glose, Berte le Lourde dist que qui ne rechoit de l'eaue benoite le dimence , le dyable lui puet et jour et nuit asseoir invisiblement sur l'espaule. Et qui ne la rechoit de la main du prestre, sachiez qu'elle n'a ne force ne vertu.

LE XIIII® GHAPPITRE.

Cellui qui souvent benist le soleil, la

5a Troisième JouRnis.

lune et les estoilles, ses biens lai multiplie-

ront au double.

Glose. Jossine Tost-Preste dist que qui â son couchier salueroit Testoille pouchiniire, il ne seroit possible de perdre aucun de ses pouchins, et se multiplieroient doublement.

LE XT« CHAPPITRE.

Gellui qui au matin à son lever fait le signe de la croix et laye ses mains ains qull passe bors de son buys, le djable pour ce jour n^aura poYoir de le grever. Et s^il ne le fait, quelque labeur qu^il face tout ce jour ne lui pourra multiplier.

Glose. A ce propos dist Geffrine Tost- Preste que qui ne fiait dire le benedidte à son disner, le dyable inyisiblement siet à celle table et y boit et mengue.

LE XVI« CHAPPITRE.

Quant aucune femme porte des chappons à la bonne ville pour les vendre, ou autres choses, s'elle, d*aventure, chausse au matin son pied droit premier, elle aura bon eur de bien vendre.

Glose, Geste chose m'est souvent avenue,

Troisième Journée. 53 dist Tempre-Meure, et oultre ce ay esté maintefois estrinée de tel marchant qu'il en peseroit à mon mari, s'il le savoit.

LE XVII® CHAPPITRE.

Quant une fenmie entre au matin en son estable pour moudre ses yaches, s'elle ne dist : Vous sauve Dieux et sainte Bride ! volentiers les yaches du pied de derrière regimbent, et souvent brisent le pot ou respandent le laict.

Glose, A ce propos se leva une vielle qui n'avoit mais que un dent, et dist en audience que quant les veaulx ne veulent boire ne au doy ne autrement, que le toreau qui engendra ce veau n'eut point d'amour à la mère.

LE XVIIl® CHAPPITRE.

Se une censé a plenté de brebis qui aient pluiseurs aigneaux, et après la disme payée on n'en présente chascun an un au loup, certes il en prendera un , nonobstant garde qu'on y commette.

Glose, Emmelote du Glay dist à ce propos que qui ne présente un aigneau au loup en l'onneur de l'aignel de Dieu, il sache

54 Troisième JouHnâe.

certainement quHl en y aura de foireux en l^année.

LE XIX® GHAPPITRE.

Qui cueille ou eslit la porée le samedj après nonne pour le dimence cuire et mengier, il en vient de legier , k ceUes qui ce font, le mal qu^on dist le joyelNostre-Dame.

Glose, Janne Court-Talon dist que ainsi Ten ayint ensa jonesse, mais un jone medecîi» Ten gaiit assez doucement en pou de temps»

LE XX*» GHAPPITRE.

QuAiïT un homçie est prest pour monter à cheval, il ne doit prendre de la main de sa femme son espée ne autre pièce de hamas ^ car à son besoin g ne s'en porroit defiendre.

Glose. Dist une des assistentes, nommée Ângeline Verdevaine, qve ainsi en avint-il à son premier mari, car en chevauchant de nuit il vey à la clarté de la lune un espovantaire de costé sa voye : mais il ne sceut onques tirer son espée, que lui avoie baillie, de haste qu'il eut de s'en fouyr.

LE XXI^ GHAPPITRE.

Gellui qui pisse contre le soleil, il de-

Troisième Iournée* 55 ^ vient en sa plaine vie graveleux , et si engendre souvent la pierre.

Ghs€. Je croy , dist Âgncchon la Pcllée, F que Ja gravele vicngoe plus lost de hoire trouble vin ou autre beuvrage trouble, et especialement de chcvaucliîer sans selle.

La conclusion de ceate journée*

PRÈS ceste Euvangile fist pause dame Abonde du Four, car il ne lui esloit possible de procéder en oultre à sa lecture, pour le murmure des liseez que les fillei^esses firent lors toutes en* semble. Et quant a pièce de temps elles firent aucun pou de silence, elles remercièrent moult dame Abonde de ses vrayez Euvangiles 1 promettans que point ne les metteroient ^en oreiUe de veel , ains les divulgue roi en t et publieroient par tout leur sexe, à celle fin que de generacion en gcneradon eUes fussent continuéez et auguementéez. Sur ce se commencèrent toutes à elles lever et prendre leurs quenouilles, fuisseaux, fuseez, happiez, vertoiles, tourés et autres Ba gai gesap» partenansa Tartde fîilerie, pour elles retouiv lier cliascune à sa chascune. Et je troussay mes agoubilles pour m'en tourner dormir, car la minuit approcboit* Elles, après pluiseurs

56 Troisième JournAe.

raisons et menues sufi&ages, esleurent dame SebiJe des Mares pour lendemain lire à heure accoustumée, dont elles furent moult joyeus^, et tandis qu'elles estoient empeschiez je m'en allay reposer.

S'ensiêui la continuacwn des Eut^an*

giUs leuites par dame Seèile

des Mares le jeudy soir, en

Vos tel accouslumez.

Je jeudy entre six et sept heures |du V€spre, après souper^ conTiiit drent et assemblèrent les matrones et femmes acoustuméez der venir h la série, ensemble pluiseurs autres qui point n'avoient accoustumôdY venir, pour oir lire dame Sébile des MaiTS son EnvangiJe* Dame Sébile, qui fort tenoit du grave, vint en la compagnie de pluiseurs de sa congnoissance, et se assist pour présider ceste nuit, comme celle qui à ce faire esloit ordonnée. Mais ains que oultre procède, je vucil toucbier un pou de sa vie el Testât de sa conyersacion» Ceste Sébile estoit de par sa grant mère venue de Savoie, d*iine conti*ce nommée Vaux, dont premiers vindrent les Vaudoîs , de laquele science elle avoit beaucoup retenu. Elle avoit d*eage environ .Ivij. ans. Maigre et longue femme estoit, et si se disoit

58 Quatrième Journée.

gentil femme, à cause de Vaux, et en quelque assemblée qu*elle se trouyoit, elle ayoit yolentiers la derrenière parole pour tout coHchire, et ainsi estoil-elle avantaigiire, pourquoyily eut pluiseurs femmes qui pour ceste cause y vindrent qui paravant n^ a voient esté. Dame Sébile donc assise en son siège, après silence obtenue,commença le premier cbappitre de son Euyangile, et cQst :

LE PREMIER GHAPPITRE.

Qui vuelt que ses enfans ne soient paoreux. , il est expédient que incontinent après le batesme de Fenfant, le père lui face empoingnier de la main droite son espée ou son glaiye, et il sera toute sa yie hardis.

Glose. Dame Alix des Mares, sa sœur, dist que qui feroit lire par un prestre dessus Tenfant TËluyangile des trois rois ou Toroison sainct Gharlemaine, il seroit bardis et yictorieux.

LE SECOND GHAPPITRE.

Quant deux jones gens, fils et fille, sont pour leyer un enfant, le prestre se doit mettre entre deux, car s'il ayenoit qu*ilz preissent Tun Fautre à mariage, jamais n^auroit paix entr'eulx.

Quatrième Journée. 59

Glose» Une yielle qui U estoit dist tan-

tost sur cet article qu'il estoit certain et vray .

Et oultre que, sllz ayoientenfans; ilzferoient

tous pute fin.

LE TiERS CHAPPITRE.

Cellui qui congnoist chamelement sa commère à sa prière jamais ne puet en paradis entrer, se le filleul son enfant ne fait de son gré la penitance , premier pour sa marrine, et après pour son père.

Glose, Gristine la Sauvage dist' que qui prent sa commère par mariage, toutefois qu'ilz se conjoindent chamelement, qu'il tonne yolentiers, ou fait orage en terre ou en mer.

LE quart CHAPPITRE.

QuiGONQUES congnoist chamelement nonnain ou femme violée par copulacion d'homme de religion ou prestrc séculier, sachez qu'ilz morrons tous à membre roit, et à trop plus de doleur que autres gens.

Glose, Fillette l'Estroite dist que se de tel accouplement viennent enfans, ilz sont enclins à mainz maulz et fortunes.

LE V« CHAPPITRE.

Une meschine deprestre, persévérant en

6o Quatrième Journée.

son pechié jnsques à la mort, sachiez pour vray comme Ëuyangile qu^elle est chevalet au dyable, et ne convient prier pour elle.

Glose. L^une d'entre elles, qui savoit de cest article , respondy que le pechié se povoit estaindre par les prières du prestre et par les enfans qu'ilz ont engendrez, jasoit ce que communément ilz ne facent gaire bonne fin.

LE VI® GHÀPPITRE.

Se un prestre séculier ou autre religieux congnoist charnelement femme mariée , il n'aura jamais du pechié pardon, se premièrement ne lui est pardonné du mari d'elle.

Glose, Certainement , respondy une matrone, cest article croy-je bien, car Dieu n'emprent jamais sur le droit d'autrui, et après il pardonne, le droit de partie sauf.

LE VII® GHAPPITRE.

Se un honune marié habite à la femme de son voisin ou autre femme mariée, il mesmes se clôt la porte de paradis, et jà n'y entrera , com fort qu'il y busche.

Glose, Margot Glappeie dist que jamais ne lui sera ouverte, fors par celui à qui tant

Quatrième Journée. 6i a offensé, quant aincoires il lui auroit pardonné.

LE YIII*' GHAPPITRE.

Quant le prestre a chanté messe, et que les aucuns vont baisier Tautel , ceulz en celle sepmaine ne doivent baisier femme nulle s'ilz ne Font espousée.

Glose, Certainement , dist une yieUe filleresse , ceulx qui font contre cest article ne fauldront avoir mal aux dens ou à la teste.

LE IX** CHAPPITRE.

Quant une femme encbainte porte son enfant plus sur le cpsté dextre, et qu'elle mengue volontiers venoison et volille, qu'elle oyt volen tiers -parler de tournois et de joustes, sachiez de vray qu'elle porte un* filz.

Glose. Mabelie, qui mère alerresse estoit, dist que quant la femme porte sur le costé senestre et appète dansses et sons d'instrumens, que eUe aura une fille.

LE X® GHAPPITRE.

Se une femme grosse d'enfant désire savoir quel hoir elle porte, ascoutez-la parler.

6a Quatrième Journée.

et par elle mesmes le saurez, car quant elle demandera : Quel hoir vous semble-il que je porte? se vous dittes : Un beau filz, et elle n'en rougist, sachiez pour yray qu'elle fera une fille.

Glose. Dist Laurette la Série que se la femme enchainte marche au mouvoir plus tost du pied droit que du senestre, elle porte sans faulte un filz, et s'elle fait le contraire, ce sera une fille.

LE XI« GHAPPITRE.

Quant un homme engendre naturellement un enfant, s'il Im povoit lors souvenir le temps qu'il lui avint, et il pensoit comment après le fait il se trouva disposé, autre juge fors lui n'y fauldroit; car quant Tomme engendre un filz , petit s'en change, pour ce qu'il engendre son semblable ; mais à engendrer une fille, qui est hors de sa complexioD, il s'en treuve fort aliéné, voire pour deulx ou trois jours.

Glose. Perrote Galoise dist que incontinent que femme a conceu enfant masle, pour les trois premiers mois elle porte assez bel, mais les autres six mois moult en a grant doleur plus que d'une fille Toutefois, les trois premiers mois, la fille lui baille plus à souffrir.

Quatrième Journée. 63

le xii« ghappitre.

Quant tous voyez les gelines assembler dessoubz quelque apentis ou en requoy, sachiez pour yray que le temps se muera en pluye de brief.

Glose. Puisque sonmies entrez de parler des gelines , dist Enuneline Trumelière, je vous en diray droites merveilles : car quant vous volez avoir voz poules coupez dessus leurs testes, pour aussi vray que stimmes icy, il vous convient affubler un sac aquoquide, quant vous metlez les œfz couver, et les poulies seront toutes couppées dessus leurs testes.

LE XIII® GHAPPITRE.

Et quant vous veiTez alumer la sieuye dedens vos chemineez, faittes-lui la moe, et, pour aussi vray que Euvangile , elle s'estaindra à acop.

LE XIIII® GHAPPITRE.

Mes amies et voisines , quant vous alez au retrait , gardez-vous de torchier vostre derrière de fueilles, et, pour aussi vray que

64 Quatrième Journée.

Euvangile , jamais ne serez malade du mal sainct Loup de Feuilloy.

Glose. Galle Court-Talon dist qu'eUe le fist une fois, mais elle ne povoit durer d^escopine qui le poingnoit au dedens des cuisses : je croy que ledjable estoit en Ferbe.

LE XV« GHAPPITRE.

Quant un enfant est né, avant qu^il soit baptisié, gardez-yous de le mettre premièrement ne porter sur yostre bras senestre, car pour yraj il en seroit gauchier toute sa vie.

Glose . Martine Tost-Preste dist à ce propos que se vous faites tourner à vostre mari son visage vers orient tandis qu^il est embesoingnié ou fait d^amours, s'il fait generacion , ce sera un filz.

LE XVI« GHAPPITRE.

Qui se mire en un mirouer, de nuit, pour aussi vray que Euvangile, il y veoit le mauvais, et si n'en embelira jk pourtant, ains en deviendra plus Itait.

Glose. Belotte Camuse dist qu'il y a des mirouers a Bruge, à glace, qui sont naturelz , et qui rendent les gens qui se mirent

Quatrième Journée. 65

un pou bruns ; mais ilz ont mauvaise alaine.

LE XVI1« GHAPPITRE.

Qui veult estre victorieux en guerre ou eureux en marchandise , si veste au matin sa chemise ce devant derrière ou à Tenvers, et, pour vray, il le sera.

Glose, Geste rigle est sans aucune faulte, mais que la guerre ne soit contre sa femme, car, s'il la voloit batre, il le perderoit.

LE XVIIl® GHAPPITRE.

Quant une femme a son coq lent et niche , elle lui doit faire mengier des aux et lui en oindre la creste, affin qu'il en deviengne plus fort et plus vigoureux , et aussi il en gardera mieulx ses drois envers ses ge- Hues.

Glose. Qui porroit trouver, dist Marote Ridée , l'erbe qui reveille les niches maris , j'en donroie jusques à ma chemise, et deusse aler pour mon pain.

LE XIX® GHAPPITRE.

Qui veult nourrir et eslever pelis chiens sans gaires croistre , il doit au matin laver ses mains en largement d^eaue , et d*icelle

66 Quatrième Journée.

mouillier le pain qu^on donne aux chiens, et de celle eaue leur bailler à boire , et, pour vrai, jamais plus ne croisteront, neiz que les mains qui d'icelle sont layées.

Glose. Je croy bien qu'il soit ainsi , mais Marote Pelée , ma taie , les nourrissoit en nnpot, et ilz ne povoient croistre plus grant que le pot n^estoit.

LE XX« GHAPPITRE.

Quant une femme se Hè^e de nuit pour pissier devant que le coq chante la tierce fois, et elle engambe pardessus son mari, sachiez que, s'il a aucun de ses membres roide, qu'il se amollira s'elle ne retourne en son lieu par où elle est engambée.

Glose. Maroie Ployarde dist que, se c'est après le premier chant du coq , elle sans préjudice s'en puet retourner par ou lui plaist.

LE XXI® GHAPPITRE.

Pour certain, mes voisines, qiiaut vous orrez fort venter, sachiez que c'est tout signe de traison , ou au moins de mauvaises nouvelles.

Quatrième Journée. 6y

Glose. C'est chose moult de fois esprouvée, dont les exemples en seraient trop longues à raconter.

LE XXII® GHAPPITBE.

Quant un homme cheyauce par le chemin et il rencontre une femme filaûit , c^est très mauvais rencontre^ el.doit retourner et prendre son chemin par autre voye.

Glose, Jacquette Joquesus dist que, se la femme veult muchier sa queloingne en son gyron ou derriire son cul , qu'il ne lui puet nuire ; mais s'il, par avanture, cheoit de son cheval, il se porroit bien fojrt blechier eu aucun de ses membres.

LE XXIII^ GHAPPITRE.

Je vous dy pour conclusion, et pour àusâ vray que nous sommes icy, que, se uiie femme veult que son mari ou amy Taimie fort, elle lui doit mettre une fueille de gau-« guier , cueillie la nuit islut Jehan tandis qu'on sonne nonne , en son soûler du pied senestre, et salis faulte il l'amera mool^ merveilleusement.

68 Quatrième Journée.

Conclusion de la série dujeudy,

, CELLE conclusion commencèrent toutes les vielleset jones qui presens y estoient à deviser toutes ensemble et faire un murmure , comme toutes esbahies des nobles auctoritez et vra jes Eu-^ vangiles que dame Sébile leur avoil exposé , et bien promirent entr'elles de les retenir et mettre en leurs mémoires , car sainetes et bonnes les tenoient. Il me desplaisoit moult que compaignie d^aucun homme tie povoie avoir pour rire : car, certes, la manière qu'elles tenoient estoit moult estrange, et, à mon avis, il leur sembloit que le monde, par ces constitucions et chappitres, se devoit cy après gouverner et régir par elles. Or ça, dist Tune, qui moult vielle et bocbue estoit, nommée estoit Mabelie du Cendrier, mes amies et voisines, il est jeudy, qui est jour de recreacion, et le plus cras de la sepmaine. Il m'est avis qu'il seroit bon que feissons un petit bancquet pour recréer noz espris, et especialement pour bienvegnier le profiat de noz bonnes et sages doctoresses , qui jusques icy nous ont

Quatrième Journée. 69

instruit et amonnesté la noble doctrine, dont ci-après, sans aucune double, serons améez, prisiez et honnourées , et par aventure par- Tendrons à avoir dominacion par dessus les hommes. Qu'en dittes-vous ? Certes , dist une sienne voisine, qui bonne galoise estoit, et savoit assez du bas voler, nommée Mehault Ployarde, je vous diray : Onccjues femme ne dist mieulx ; je m'en voy à ma maison tout quoiement tandis que mon mari Ployart dort , et aporteray une douzaine d'œ6. Dist une autre : Et je m'en voy quérir de la farine et du burre ; si ferons des gauffres, et, par Dieu, le vilain Joquesus n'en tastera jà. Respondy une vielle ridée, nommée Flourette du Pré : Et je m'en voy quérir demy lot de vin doulz, car aincoires ay-je espargnié un denier que mon mari Malprest ne sait point. Or sus doncques, chascune se mette en ses devoirs, dist l'une, et je feray tout aprester. Tandis qu'elles estoient ainsi empeschies et ne pensoient fors d'accomplir leur entencion, je me départi en muchettes, et sans congié me retray, car grant sommeil avoie. De la chiire quelle firent riens n'en sçay, fors ce que le lendemain m'en fut dit ; mais il n'y a chose digne d'estre mise par escript , car en ce bancquet y eut tant de raisons

76 Quatrième Journée.

sans efiet, qu'il n^est secrétaire, tant soit

poMiqae , qui en eut sceut tenir le conte.

tacontinuacion de la journée dajctuly au

vendredy^ faute par dame Gomberde

la Faée.

CANT vint k vcndredy à teure f aconstumée, et que les \ielles ma- I troncs et autres voisines de toutes sortes iurent illec venues, airant que dame Gomberde Ja Pace fust venue pour présider en soo siège, elles se commeocèrent a deviser entr'ellcs de la bonne chière qu^elîes avoient faittes le soir précèdent depuis mon département, par quoy je sccus comment la nuit s estoil portée. Et di^oil dame Mabelie du Cendrier à Flourette du Pré : Dya, voisine, et comment vous yoz huvastes hier soir ! Je croy que ce fut pour mieulx dormir; TOUS touchastes de la tierce pinte. — Et je le croy bien, rcspondy Flourette. Pieça ne m'avint d'avoir si bonne nuit : cai* ce songart Joquesus, mon mari, ne me fîst ne chou ue quoy, voire au moins qui vaille , passé a plus de. ix. jours. Je croy qii*il face sa neufyaÎDe a quelque saînct. Mauprcu lui

72 Cinquième Journée.

puist-il faire de me ainsi espargnier ! Mais, puisque temps avons de deviser, comment s'achema Meliault Ployarde! Il scmbloit que tout fust sien, et, àbrief dire, il n'y avoit que pour elle. Il seroit bon de savoir se elle ne resveilla point sou mari Ployart au couchier. A hay! respondy Mebault, et, pour Dieu, qu^on le laisse désormais en paix, car il ne vault désormais plus riens, et moins que riens; que maie froide joye en puist-on avoir ! Et comment , dist une jone ûlle qui Fescoutoit , dame Mehault, vous qui estes si vielle et si ancienne, youldriez-vous aincoires gymberter, et y a-il en vous encore vaine qui y tende? A ceste paroUe mist dame Mehault ses mains à ses costez, et en grant couroux luy respondy que voirement avoit-elle aincoires une verte vaine, jet que pour couchier dessoubz il ne failloit point regarder à Teage, mais seulement au bon vploir, qui aincoires lui estoit demouré, et que, Dieu merci, aincoires fondoit le burre en sa bouche, combien qu'elle ne peust croquier noisettes, car elle n'a voit que un seul dent.

Adont vint dame Gomberde la Faée pour commencer son Euvangile, à la Tenue de laquele fut faitte silence. Mais ce fust à très grande paine, car dame Mehault estoit

Cinquième Journée. 73 si malcontente de ce que elle avoit esté appellée vielle, et si n'avoit aincoires que .Ixxvij. ans, que nullement ne se yoloitappaisîer. Touteffbis, tant l'en pria Ten qu'elle se teust, la Dieu merci. Si pris ma plume et mon papier, et me mis en mon devoir pour noter ce qu'elle diroit ; mais avant que je procède à ses cbappitres, je vous vueil dire qui fut celle doctoresse Gomberde. Elle estoit de par sa mère d'Auvergne, et de par son père de Piémont. De simple et assez belle manière estoit devant les gens , car elle se disoit gentil femme ; mais se aucun avoit perdu quelque cbose , elle se mesloit de le renseignier, et qui eust à faire d'aucune fille secrète , elle en eust fait plaisii* pour gracieux vin, et c'estoit la practique de quoy elle s'entretenoit le mieulx. Subtile estoit, comme il apperra par sa lecture. Quant elle fut assise et que silence fut faitte , elle commença son tbume en ceste manière :

LE PREMIER GHAPPITRE.

Or sus , dist da^ie Gomberde , laissons toutes ribotes et debas ester, et commençons, pourl'onneur du vendredy ouquel nous sommes, à parler du sainct sacrement de ma-

74 Cinquième Journée.

riage : car j'ai esté sept fois mariée; mais, ce non obstant, se le Tiij" me yenoit et il estoit à mon het, aincoires y entenderoie yolentiers. Et, pour de lui estre fort amée, je lui feroie mengier une poirée d'he]i>es cueillies la nuit sainct Jehan à nonne, et, pour vray, il ne lui seroit possible de me laissier pour une aultre plus jone dfe moy.

Glose. Dist Belotte ^Court-Talion à ce propos que se une femme mettoit enVor^le de son mari des plumes d'un chappon qui auroit mené joues pouchins, et du poil de la droite patte de son chien, et du poil du bout de la queue de son chat, il ne pourroit jamais oublier Tamoùr d'elle.

LÉ SECOND GHAPPfTRE.

Se une femme yeult estre au dessus que son mari ne la batte, il fault prendre toutes ses chemises, et, quant le curé lit la Passion le vendredi, les mettre dessoubz Tautel, et lui faire vestir le dimence ensuivant. Sachiez que, tant qu'il aura yestue ceste chemise, il sera à sa femme doulx et courtois.

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