‹ Les évangiles des quenouillesChapitre 14 sur 19 · LA XL* ET DERNIÈRE EUVANGILLE · texte numérisé non relu

LA XL* ET DERNIÈRE EUVANGILLE

Quant une femme pour aler pissier engambe de nuit pardessus son mary, se c^est devant le tiers chant du cocq, affin que bras

B. Troisième Série. i5i ou jambe ou autre n'en perde sa souplesse, la doibt faire retourner ainsi qu'elle ala; et,' se cest après le chant derrenier, elle a loj de s'en retourner par ailleurs (lY, ao).

A tant finent les Euvangilles des Quer^ouUes^jadiz recueillies par honnorables et discrètes personnes maistre Fouquart de Calm^ray, maistre Anthoine du Val et Jehan d'Arras^ dit Caron.

[quatrième SERIE.]

\ EPUis les précédentes Euvangiles [ est avenu que un homme et safem- I me aloient de LilleàlaBassée,et, environ Foumes , les surprint la nuit moult obscure, etassez tost après ilz se des voyèrent, par ce que, à leur avis, tousjours veoient loing d^eulx une chandeille. Si sieuvirent icelle jusques au prèz du jour, qu^ilz s^apperçeurenl estre relouméz ou lieu où la nuit les avoit pris. Dont lendemain s^espandy la nouvelle entre les vieilles aux séries où les fileresses de coustume s^assemblent, où souvent estoit parlé de Sebille et des faéez.

[i]. Sur quoy fut dit et conclud pour EuvangUe par une vieille ridée, que ces deux gens ainsi abusez avoient faussement amé Tun l'autre, et que le luiton avoit poveoir de les ainsi mener et abuser jusques k ce que la femme aura de son mary ou filz ou fille.

B. QuATBiÈHB Série. i53

* [a]. En non Dieu, respondy une autre non moins jone, quant premièrement je amay par amours, qui fut assez loyaument, toutesfois le luiton m'abusa maintes fois , et aussi me tr^Fveilla le quauquemare souvent, jusques à ce que je y eus remédié.

[3]. Je tous prie, dist une autre sans dens qui aloit aubaston, que tu me dy es par comment tu fus quitte de la quauquemare, qui aincoires me trayeille souvent ; car, se ne fust ce meschief, et un, que bien congnoy, à mon plaisir me requeroitde marier, jà ne lui refuseroie.

[4]- Pour aussi vray que Euvangille, respondy celle, on me fist prendre viij festus cueillis la nuict de sainct Jehan , et d'iceulx en faire iiij petites croix et les mettre aux quatre corons de mon lit, et ainsy en fus délivré.

[5]. Certes ainsy en feray-je, respondy la vielle, affin de parvenir, se Dieu veult, aincoires au dessus de mon désir.

[6]. Certes, dist une autre fileresse non gaires ancienne, moult de fois ay oy parler des luitons; mais oncques n'en fus abusée.

Mais de la quauquemare ne me sçay faire quitte. J'ay autres fois oy dire que qui moust ses vaches le vendredy par entre deux jambes par derrière, la quauquemare

^4 Appendice.

le traveille tost, et son marj en a l'aventure. Mais je n'j aj volu entendre. Il a autrement du mal assez, et si m'en porroit estre de pis; tous entendez bien le surplus.

[7]. Il BLj a point de faulte, dist Tune des filleresse , qui veult estre quitte de la qoauquemaire, si s'endorme les bras en croix, et qui si se doute du luiton, si yeste sa chemise ce devant derrière.

[8]. Le luiton, dist une autre moult vielle , quant j'estoie à marier, me suivoît de nuit où que j'aloye et grant paour me faisoit. Une nostre voisine me dist i Porte du pain avec toy, et quant volenté te prent de pissier, £ay ton aise, et tandis mengue de ton pain ; s'il te voit ce faire, jamais plus il te suivera.

[9]. La survint une jadis compaigne à dame Traseline, qui dist : Or ça, où sont voz devises? — Sachiez, dist une vielle, que nous parlons des luitons , de la quauquemare et des travaulz qu'ilz nous donnent souvent. — Et, pour aussi vray que Euvangile, dist celle compaigne , se ilz vous ont traveillié, pas ne m'ont oublié ; car, n'eust esté Tayde de dame Traseline, qui sçet des secrez de Sébile, j'estoie perdue.

[10]. Mais parlons de ces leus vvarous, qui n'est riens si dangereux que leur mon-

B. Quatrième Série. i55 tre. Car mon marj, que j^ay espousé et que tel Tay souppechouDe, passé a xxxyj ans m'en fait perdre maint beau somme. Je ne sçay que penser, ne nul remède n'ay trouvé fors un seul. G*est de mon chat, qui va par nuit en amours ; car il me defiend contre tel péril, et se met au devamt de iceulx, et à toute heure deffend son ami.

[i i]. Pour aussi vray que nous sommes icy assises, dist une autre filerresse , moult de fois, puis dix ans, quant de nuit j'aloie à la série, je rencontroie mon chat qui me venoit au devant, et si oioye après lui friente comme de ours ou de vache alant et venant de loin g après moy.

[i 2]. Je oy, dist une autre, jà pieça raconter à une ma parente qu'elle doubtoit son mary estre leu warou. Mais , par conseil, si tost qu'il estoit nuit, celle traynoit sa coroie ou son escourceul sur la terre après ellci et par ainsi n'enpovoit estre aprochié.

[i3]. Gela n'est point mauvais, dist une autre, car il est esprouvé. Mais quand il vous sieut, il vous [convient] avoir de la chandeille benoite sur vous, et la tenez en vostre main sans alumer, et incontinent il vous eslongera et querra autre part son aventure.

l46 APPENDICE.

LA XXV» EUYANGILLE.

Qui dent ung chat larron, et il est pris en présent méfiait, Fen lui doibt frotter son inuseau à ce qu'il a dommagié, et par trois fois, et jamais plus ne s'i vouldra rembattre.

LE XXVI« EUYANGILLE.

Quant on yoit plenté de chaudes soris Yoller entour une maison, il en fait bon deslogier, car c^est ung grant signe que temprement la destruira (V, i5).

LA XXYII* EUYANGILLE.

Qui de nuit laisse sur la table la nappe estendue, et les soris yiennent par nuit sur la nappe mengier les millettes de pain, quiconque mengue le lendemain sur iceile nappe, ses dens lui deyiennent noirs et tost après pourrissent (V, 16).

LA XXVIII« EUYANGILLE.

Qui le samedi ne met sur le hasple tontes les fusées de la septmaine, le lundi en trouYe une mains, que les seryans des faées

B. Troisième Série. 147 prent le samedi nuit pour leur droit ; et par tout font ainsi iceulx , si les présentent à chascune sa portion^ lorsque par tout ont dilligamment vacqué.

LA XXIX« EUVANGILLE.

Quant ung en£ant est né et prest pour porter baptisier, soit filz ou fille, sur le bras où premier est mis prent-il Tadresce et inclination; car, quant vous perchevez une personne esclenchie, au porter baptisier, il fut premier couchié sur le bras esclenc, dont il tient à son préjudice. Et pour tout ne pceultTen faillir de premier coucbier et porter Fenfant sur le droit lez.

LA TRENTIÈME EUVANGILLE.

Quant ung puceau prent une vesve à femme, le premier enfant qu'ilz auront, se c'est ung filz, pour aussi yray que Euvangille, il tiendra de sa mère et sera sage, et se c'est une fille, par droit contraire, elle toute sa yie demourra innocente.

LA XXXI« EUYANGILLE.

Qui en sa maison nourrist une chienne

i48 Appendice.

tant et si longuement qu'elle a des petis, si tost qu'ilz sont faonnez, cette première portée doibt estre noiée ; carde la garder oncques n'en advint que douleur, et pour vray tous deyiennent mauvaiz ou sont dangereux du dent.

LA XXXII^ EUYANGILLE.

Quant ung homs fait sa jument copuler de cstalon, si tost qu'il pense qu'elle a retenu, on la doibt mener en lieu où elle voie de beaulz chevaux et hardis, affin que sa portée prende plus vigoureuse inclination.

Et pour tout vray, qui ainsi en fera ainsi en advendra.

LA XXXIII» ECVAIIGILLE.

S'en vostre maison avez une chatte qui faonne des petis ou mois de may, faittes-les incontinent jetter au loin g, car qui en eslève doibt savoir que jamais ne font nulz biens.

LA XXXIIII*» EUVANGILLE.

Qui par coustume tient en son hostel mireoir pendant, soit en chambre ou en salle,

B. Troisième Série. 149 de jour ne siet pas mal à y regarder. Mais, si tost que la nuit est venue , point on ne s'i doit mirer, ainchois le retourner ou couyrir la glace ; car de legier l'en j pourroit en mirant veoir le mauvais (IV, 16).^

LA XXXV« EUVANGILLE.

Quant en quelque chambre voulez adouber lit ou couche à dormir, mettez le dossal vers midy, affin que, se quelque pacient y couchoit, qu'il ait tousjours la clarté du jour sans grant veue de soleil, et au serain et au matin le air de levant et ponent, qui sentent "^ ayr de montaignes et de fontaines, et par ainsi moult tost pœult recouvrer santé à pelis despens.

LA XXXVI® EUVANGILLE.

Quant homme ou femme se liève ou matin, et il vest sa chemise à l'envers, il s'en peult de legier perchevoir incontinent qu'il cognoist que quelque chose qu'il face ne lui ^st plaisante ne prouffitable, ains dommageable, soit en achattant ou en vendant, et ainsi, pour tout vray, en advient (IV, 17.)

LA XXXVII* EUVANGILLE.

Deux hommes qui bien ayment l'un l'au'

i5o Appendice.

tre, jamaiz, si tous deux mengaent à une table et à ung escot, ne doibyent boire ensemble, mais Tun devant, l'autre après ; €ar autrement ilz, à ung très grant besoing, ne se pourroient secourir.

LA XXXVIir EUTANGILLE.

Quant une femme a son coq lent et niche, elle par force lui doibt faire mengier des aulz, dont ilz deviennent hardis, fiirieuz et ' fort combatans. Et quant telz sont devenus, mieulz en gardent leurs drois et en sont amez et cremus ^e leurs gelines ^IV, 18).

LA XXXIX^' EUVANGILLE.

Qui vœult nourrir et eslever petis chiens sans gaires croistre, doibt le matin laver ses mains en eaue largement, et de celle eaue moullier le pain qu'on donne aux petis chiens, quy par ainsi gaires ne croistront plus que icelles mains ne facent (IV, 19).

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