Isaïe, vu
1. Sur les générations i% oùSevô; ôv7itc0, voir Philon, De cherubim, § 12 et suiv.
3. V. Vie de Jésus, p. 74, et l'appendice à la un de ce volume.
4. Les mariages disproportionnés quant à l'âge des conjoints ne sont nullement appréciés en Orient comme chez nous.
[An 85] LES ÉVANGILLS. 189
miracle facile. Certes , la légende se serait créée sans cela; cependant, comme le mythe s'élaborait dans un milieu de gens qui avaient connu la famille de Jésus, une telle circonstance d'un vieux mari et d'une jeune femme n'était pas indifférente. Un trait fréquent dans les histoires hébraïques était de relever la puissance divine par la faiblesse même des instruments qu'elle employait. On se plaisait ainsi à faire naître les grands hommes de parenls vieux ou longtemps stériles. La légende de Samuel engendra celle de Jean-Baptiste \ celle de Jésus, celle de Marie elle-même*. Tout cela, d'un autre côté, provoquait l'objection des malveillants. La fable grossière inventée par les adversaires du christianisme, qui faisait naître Jésus d'une aventure scandaleuse avec le soldat Panthère 3, sortit sans trop d'effort du récit chrétien, récit qui présentait à l'imagination le tableau choquant d'une naissance où le père n'avait qu'un rôle apparent. Cette fable ne se
f. Luc, i.
2. Êvang. de la nativité de Marte, dans Tischendorf, p. 106 et suiv. Au moyen âge, on remonta plus haut encore. Voir Hist. litt. de la Fr., t. XV11I, p. 834 et suiv.
3. Acta Pilati, à, 2 ; Celse, dans Origène, Contre Celse,\, 28, 32;Talm. de Jér. Schabbath, xiv, 4; Abodazara, h, 2 ; Midrasch Koh., x, 5; Épiphane, hser., lxxviii, 7; saint Jean Damascène, De fide orthod., TV, 1 o
100 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 80]
montre clairement qu'au 11e siècle ; dès le iPr, cependant, les juifs paraissent avoir malignement présenté la naissance de Jésus comme illégitime. Peut-être argumentaient-ils pour cela de l'espèce d'ostentation avec laquelle, en tête du livre des toledoth de Jésus, on étalait les noms de Thamar, de Rahab, de Bethsabé, en omettant ceux de Sara, de Rebecca, de Lia. Les récits de l'enfance, nuls dans Marc, se bornent dans Matthieu à l'épisode des mages, lié à la persécution d'Hérode et au massacre des innocents. Tout ce développement paraît d'origine syrienne ; le rôle odieux qu'y joue Hérode fut sans doute une invention des parents de Jésus, réfugiés en Batanée. Ce petit groupe semble, en effet, avoir été une source de calomnies haineuses contre Hérode. La fable sur l'origine infâme de son père, contredite par Josèphe et Nicolas de Damas1, paraît être venue de là2. Hérode était devenu le bouc émissaire de tous les griefs chrétiens. Quant aux dangers dont on supposait que fut entourée l'enfance de Jésus, c'était là une
1. Jos., AnL, XIV, 1, 3 ; D. J., I, vi, 2. Cf. Ecclésiaste, x, 16. Ce livre peut être du temps d'Hérode.
î. Jules Africain, dans Eu-., //. E., I, vi, 2, 3; vu, 11, 12. Cf. Macarius Magnes, cl), xi, p. 77, Paris, 1876 (eniprunle-t-il à Eusèbe ou à l'Africain, ou à une source indépendante de l'Africain?), et Justin, Dial., 52.
[An 85] LES ÉVANGILES 101
imitation de l'enfance de Moïse, qu'un roi aussi vou-^ lut faire mourir, et qui fut obligé de se sauver à l'étranger. Il arriva pour Jésus comme pour tous les grands hommes. On ne sait rien de leur enfance, par la raison fort simple qu'on ne prévoit jamais la célébrité future d'un enfant; on y supplée par des anecdotes conçues après coup. L'imagination, d'ailleurs, aime à se figurer que les hommes providentiels ont grandi au travers des périls, par l'effet d'une protection particulière du Ciel l. Un conte populaire relatif à la naissance d'Auguste 2 et divers traits de cruauté d'Hérode 3 purent donner origine à la légende du massacre des enfants de Bethléhem.
Marc, dans sa rédaction singulièrement naïve, a des bizarreries, des rudesses, des passages qui s'expliquent mal et prêtent à l'objection. Matthieu procède par retouches et atténuations de détail. Comparez, par exemple, Marc, m, 31-35, à Matthieu, xii, 46-50. Le second rédacteur efface l'idée que les parents de Jésus le crurent fou et voulurent le lier. L'étonnante naïveté de Marc, vi, 5 : « Il ne put faire là (à Nazareth) aucun miracle, etc., » est adoucie
4. Voir la Vie de Zoroastre, traduite par Anquetil-Duperron , se rappeler Cyrus, Romulus, etc.