‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 143 sur 393 · Comp. Marc, il, 2G, et Matth., xn · texte numérisé non relu

Comp. Marc, il, 2G, et Matth., xn

5. Marc, xi, 13 et suiv.; Matth., xxi, 19 et suiv Liic (xiii, 6 et suiv.) va plus loin; il moralise toute l'histoire du figuier et en fait une charmante parabole. — La façon particulière de chasser le démon muet (Marc, ix, 29; est généralisée (Matth., xvn, 20).

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discours fait que l'étendue de l'abrégé est plus considérable que celle de l'original. Que l'on compare les récits du démoniaque de Gergésa, du paralytique de Capharnahum, de la fille de Jaïre, de l'hémorrhoïsse, de l'enfant épileptique1, on se convaincra de ce que nous disons. Souvent aussi Matthieu réunit en un seul acte des circonstances qui, dans Marc, constituent deux épisodes*. Quelques récits qui, au premier coup d'œil, paraissent lui appartenir en propre, ne sont en réalité que des calques dénudés et appauvris des longues narrations de Marc3.

C'est surtout à l'égard du paupérisme qu'on découvre dans le texte de Matthieu des précautions et des inquiétudes. En tête des célestes béatitudes, Jésus avait hardiment placé la pauvreté. « Heureux les pauvres » fut probablement le premier mot qui sortit de sa bouche divine quand il commença de parler avec autorité. La plupart des sentences de Jésus (comme il arrive toutes les fois qu'on veut donner à la pensée une forme vive) prêtaient au mal-

1. Comp. aussi MaLth., xii, 4 5-16, et Marc, m, 7-12; Matth., xv, 34, et Marc, vm, 57; Matth., xm, 58, et Marc, vi, 5.

2. Comp. Matth., ix, 18, à Marc, v, 23, 35; Matth., xn, 46, à Marc, m, 21, 31 ; Matth., xvm, 1, à Marc, ix, 33-34; Matth., xxi, 4 8-19, à Marc, xi, 12-14 et 20.

3. Comp. Matth., ix, 27-31, à Marc, vin, 22-26; Matth., ix, 32-33, à Marc, vu, 32-37.

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entendu ; les ébionim purs tiraient de celle-là des conséquences subversives. Le rédacteur de notre Évangile ajoute un mot pour prévenir certains excès. Les « pauvres » dans le sens ordinaire deviennent les « pauvres en esprit » *, c'est-à-dire les pieux israélites, jouant dans le monde un rôle humble et qui contraste avec l'air orgueilleux des puissants du jour. Dans une autre béatitude, « ceux qui ont faim » deviennent «les affamés de justice » *.

Le progrès de la réflexion est donc sensible dans Matthieu ; on entrevoit chez lui une foule d'arrièrepensées, l'intention de parer à certaines objections, une exagération dans les prétentions symboliques *. Le récit de la tentation au désert s'est développé et a changé de physionomie* ; la Passion s'est enrichie de quelques beaux traits 5. Jésus parle de « son Église « comme d'un corps déjà constitué et fondé sur la

1. Matth., v, 3. Comp. Luc (vi, 20), resté ici fidèle au texte primitif des Xcfya. A vrai dire, irrwy.oc rend médiocrement la nuance d'ébion, ce dernier mot impliquant une idée religieuse, une acception pieuse et presque mystique.

2. Matth., v, 6. Comp. Luc, vi, 21. Eixïi, Matth., v, 22, est une autre atténuation, mais postérieure et due à certains copistes.

3. Comparez le récit du baptême de Jésus, simple et nu dans Marc, i, 14-12, plus riche et plus accentué dans Matth., m, 14-15, et dans l'Évangile ébionite (Épiph., hacr. xxx, 13).

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