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(An 85j LES ÉVANGILES. 193
Le scribe qui interroge Jésus sur le grand commandement le fait, dans Marc, à bonne intention. Dans les deux autres évangélistes, il le fait pour tenter Jésus. Les temps ont marché; on ne peut plus admettre qu'un scribe ait agi sans malice. L'épisode où le jeune riche appelle Jésus « bon maître ■> , et où Jésus le reprend par ces mots : « Dieu seul est bon >, parut plus tard scandaleux. Matthieu arrange cela d'une manière moins choquante. La façon dont les disciples sont sacrifiés dans Marc1 est également atténuée dans Matthieu. Enfin ce dernier commet quelques contre-sens pour obtenir des effets pathétiques : ainsi le vin des condamnés, dont l'institution était humaine et bienveillante2, devient chez lui un raffinement de cruauté pour amener l'accomplissement d'une prophétie.
Les saillies trop vives de Marc sont ainsi effacées; les lignes du nouvel Evangile sont plus larges, plus correctes, plus idéales. Les traits merveilleux se multiplient'; mais on dirait que le merveilleux cherche à
4. Marc, iv, 13, 40; vi, 52; vm, 17 et suiv. ; ix, 6, 32; x, 32; xiv, 40.
2. Comp. Marc, xv, 23, à Matth., xxvn, 34. Luc, xxm, 36-37, commet la même erreur.
3. Dans Marc (ni, 10), Jésus guérit « beaucoup de malades »; dans Matthieu (xn, 15), il guérit « tous les malades ».
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devenir plus acceptable. Les miracles sont moins pesamment racontés1 ; certaines prolixités sont omises*. Le matérialisme thaumaturgique, l'emploi des moyens naturels pour produire les miracles, signes caractéristiques de Marc, ont disparu ou à peu près dans Matthieu. Comparé à l'Evangile de Marc, l'Évangile attribué à Matthieu offre des corrections de goût et de tact3. Diverses inexactitudes sont rectifiées4; des particularités esthétiquement faibles ou inexplicables sont supprimées ou éclaircies5. On a souvent considéré Marc comme un abréviateur de Matthieu. C'est le contraire qui est vrai; seulement l'addition des
4. Comp. Matth., vm, 48-27, à Marc, iv, 35-40; Matth., vm, 28-34, à Marc, v, 1-20; Matth., ix, 2 et sttiv., à Marc, il, 3-4; Matth., ix, 20 et suiv.,à Marc, v, 25-26; Mat'h., ix, 23 et suiv., à Marc, v, 40-43 ; Matth., ix, 27-31, à Marc, vm, 22-26; Matth., ix, 32-33, à Marc, vu, 32-37 (cf. Matth., xn, 22); Matth., xv, 28, à Marc, vu, 30; Matth., xvn, 14-18, à Marc, ix, 16-29; Matth., xx, 29 et suiv., à Marc, x, 46.