Fritzsche, Libri apecr. Vet. Test., p. xxi
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fort cultivé, des exhortations au martyre où l'orateur fait valoir, pour exciter à souffrir, l'exemple d'êtres faibles qui se sont montrés héroïques, ou, mieux encore, de ces Acla martyrum devenus des pièces de rhétorique, ayant pour but l'édification, procédant par l'amplification oratoire sans aucun souci de la vérité historique, et demandant aux hideux détails de la torture antique les ferments d'une volupté sombre et des moyens d'émotion.
Un écho indistinct de tous ces événements se retrouve dans les traditions juives1. Au mois de sep-r tembre ou d'octobre, quatre anciens de Judée, Rabbi Gamaiiel, patriarche du tribunal de Iabné, Rabbi Éléazar ben Azaria, Rabbi Josué, Rabbi Aquiba, plus tard si célèbre, se rendent à Rome. Le voyage est décrit en détail : chaque soir, à cause de la saison, on relâche dans un port ; au jour de la fête des Tabernacles, les rabbins trouvent moyen de dresser sur le
4. Mischna, Érubin, iv, \ ; Maaser schëni, v, 9; Aboda zara, iv, 7; baraïtà, ibid., 54 6; Debarim rabba, c. n; Midrasch Jall kout, sur Ps. xvii, 4 0; Bereschith rabba, c. xx; Schemolh rabba, c. xxx; Talm, de Jér., Succa, 52 d; Tos., ibid., c. n ; Érubin, i, 7 (4 9 6); Aboda zara, 44 a; Mechilia, sur Exode, xx; ch. vi (p. 76, édit. Weiss) ; Talm. de Rab., A'wda zara, 40 b; Maccolh, 24 b; Succa, 23 a, 44 b; Horaïoth , 10 a; Sifré, sur Dealer., S 43; Sifra, sur Emor, c. xvi, § 2; Graetz, Monalsschrifl, I, p. 492 et suiv.; Gesch. der Juden, 111,435 et suiv.; Derenbourg, flist. de la Pal., p. 334 et suiv.
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pont du navire une hutte de feuillage, que le vent emporte le lendemain ; le temps de la navigation se passe à discuter sur la manière de payer la dîme et de suppléer au loulab ls dans un pays où il n'y a pas de palmiers. Acent vingt milles de la ville, les voyageurs entendent un roulement sourd; c'est le bruit du Capitule qui vient jusqu'à eux. Tous alors versent des larmes; Aquiba seul éclate de rire. « Gomment ne pas pleurer, disent les rabbins, en voyant heureux et tranquilles des idolâtres qui sacrifient aux 'faux dieux, tandis que le sanctuaire de notre Dieu a été consumé par le feu et sert de tanière aux bêtes des champs? ■ — Eh bien, dit Aquiba, c'est cela même qui me fait rire. Si Dieu accorde tant de grâces à ceux qui l'offensent, quelle destinée attend ceux qui font sa volonté et à qui appartient le royaume? »
Pendant que ces quatre anciens sont à Rome, le sénat de l'empereur décrète qu'il n'y aura plus de juifs dans le monde entier. Un sénateur, homme pieux (Clemens?*), révèle à Gamaliel ce redoutable
4. Palme entourée de branches de saule et de myrte, qu'on porte à la main le jour de la fête des Tabernacles.
2. Cette identification et celles qui suivent, si problématiques en elles-mêmes, feraient encore infirmées si Clemens figurait déjà d ms le Talmud sous le nom de Calonyme. Voir ci-dessus, p. 228, note 3.
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secret. La femme du sénateur , plus pieuse encore que lui ( Domitille??), lui conseille de se donner la mort en suçant un poison qu'il garde dans sa bague, ce qui sauvera les Juifs (on ne voit pas comment). Plus tard, on eut la conviction que ce sénateur était circoncis, ou, selon l'expression figurée, « que le vaisseau n'avait pas quitté le port sans avoir payé l'impôt » . Selon un autre récit , le César ennemi des juifs dit aux grands de son empire : « Si l'on a un ulcère au pied, faut-il amputer le pied ou garder son pied au risque de souffrir? » Tous furent pour l'amputation, excepté Katia ben Schalom1. Ce dernier fut mis à mort par ordre de l'empereur , et dit en mourant : « Je suis un vaisseau qui a payé son impôt; je puis me mettre en route. »
Ce sont là de bien vagues images et comme les souvenirs d'un hémiplégique. Quelques-unes des controverses que l°.s quatre docteurs eurent à Rome sont rapportées. « Si Dieu désapprouve l'idolâtne, leur demande-t-on, pourquoi ne la détruit-il pas? — Mais il faudrait alors que Dieu détruisît le soleil, la lune, les étoiles. — Non , il pourrait détruire les idoles inutiles et laisser subsister les idoles utiles. — Mais ce serait justement ériger en divinités les choses
* . Ce mot paraît signifier curtus filius integri.
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nécessaires qui n'auraient pas été détruites. Le monde va son train. La semence volée germe comme toute autre; la femme impudique n'est pas stérile parce que. l'enfant qui naîtra d'elle sera un bâtard. » En prêchant, un des quatre voyageurs émit cette pensée: « Dieu n'est pas comme les rois terrestres, qui font des édits et ne les observent pas eux-mêmes. » Un min (un judéo-chrétien?) entendit ces paroles, etr au sortir de la salle, dit au docteur : « Pourtant Dieu n'observe pas le sabbat, puisque le monde marche le samedi. — N'est-il pas permis à chacun de remuer le jour du sabbat tout ce qu'il a dans sa cour? — Oui, dit le mîn. — Eh bien , le monde entier est la cour de Dieu *. »
\ . Schemoth rabba, c. xxx. Ce dialogue est rapporté à Aquiba et à Tyrannus Rufus dans Bereschith rabba, c. xi, source meilleure que Schemoth rabba.
CnAPITRE XV.