CLÉMENT ROMAIN. — PROGRÉS DC PRESBYTERAT
Les listes les plus correctes des évêques de Roi. j, forçant un peu ' la signification du mot d'évêque pour des temps aussi reculés, placent après Anenclet un certain Clément s, que la similitude de nom et le rapprochement des temps ont fait nombre de fois confondre avec Flavius Clemens. Ce nom n'était point rare dans le monde judéo-chrétien3. On peut, à la rigueur, supposer une relation de clientèle entre notre Clément et Flavius Clemens4. Mais il faut
1. Irénée, III, m, 3; Épiphane. xxvii, 6, etc. Voir ci-dessus, p. 138, 156-158, 170.
2. C'est fautivement que certaines listes placent Clément entre Linus et Anenclet, ou bien entre le prétendu Clet et Anaclet. Voir ci-dessus, p. 137-139.
3. Phil., îv, 3. L'identification de Clément Romain avec le Clément de Phil., iv, 3, est tout à fait arbitraire.
4. C'est peu probable. Le presbylcros, en ce cas, se serais appelé Flavius ît non pas Clemens.
312 ORIGINES DO CHRISTIANISME. [An 95)
écarter absolument et l'imagination de certains critiques modernes, qui ne veulent voir dans l'évêque Clément qu'un personnage fictif, un dédoublement de Plavius Clemens1, et l'erreur qui, à diverses reprises, se fait jour dans la tradition ecclésiastique, d'après laquelle l'évêque Clément aurait été de la famille llavienne2. Clément Romain ne fut pas seulement un personnage réel, ce fut un personnage de premier ordre, un vrai chef d'Église, un évêque, avant que l'épiscopat fût nettement constitué, j'oserais presque dire un pape, si ce mot ne faisait ici un trop fort anachronisme. Son autorité passa pour la plus grande de toutes en Italie, en Grèce, en Macédoine, durant les dix dernières années du 1er siècle3. A la
4. L'épître ne saurait en aucune façon être de Flavius Clemens. Elle est beaucoup trop juive pour cela. Le ch. lxi de la partie nouvelle publiée par Philothée Bryenne détonnerait tout à fait dans la bouche d'un membre de la famille impériale.
2. Récognitions, VII, 8; IX, 35; Homélies pseudo-clém., v, 7 xn, 8; xiv, 40; saint Eucher, De contemptu mundi, 32 (Max bibl. Pair., Lugd., VI, p. 859) ; légende des SS. Nérée et Achillce (Acla SS. Mail, III, p. 4 et suiv.) ; Nicéphore, II, 33; III, <8. L'évêque Clément n'est jamais appelé Flavius. Il est singulier, au contraire, que Clément d'Alexandrie porte les prénoms de Tilus Flavius (Eus., //. E., VI, xm , 1; Photius, cod. cxi).
3. Pseudo-Hermas, vis. n, 4; Irénée, Adv. hœr., III, m, 3; Denys de Corinthe, dans Eus., //. E., IV, xxm, Il ; Terlullien, Prœscr., 32.
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limite de l'âge apostolique, il fut comme un apôtre1, un épigone de la grande génération des disciples de Jésus, une des colonnes de cette Église de Rome, qui, depuis la destruction de Jérusalem, devenait de plus en plus le centre du christianisme.
Tout porte à croire que Clément était d'origine juive2. Sa familiarité avec la Bible, le tour du style de certains passages de son Epître3, l'usage qu'il y fait du livre de Judith et des apocryphes tels que l'Assomption de Moïse ne conviennent pas à un païen converti. D'un autre côté il paraît peu hébraïsant 4. Il semble donc qu'il était né à Rome d'une de ces
1. ô àirocToXo; KXiiiwiç. Clément d'Alexandrie, Strom., IV, xvn, nit. Saint Jérôme rappelle « Vir apostolicus ». In h., lu, 13.
2. Notez surtout, dans son épître, l'expression ô ira-rr,? r,u.û» iaxtig (ch. 4) et ce qu'il dit du temple de Jérusalem (en. 40, 41). Le récit des Homél. pseudo-clém., xu, 8, est de pure invention, sauf un vague souvenir de ce fait qu'il y avait eu des chrétiens dans la branche des Clemens de la famille flavienne. Les noms de Mattidie, de Faustinus, de Faustinianus, trahissent une date postérieure aux Flavius. Le Liber pontificalis emprunte le nom du père de Clément aux Homélies et indique le quartier qu'il habitait d'après le site de i'église de saint Clément.