‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 324 sur 393 · Jean Chrys., Ilom. i m Act. apost · texte numérisé non relu

Jean Chrys., Ilom. i m Act. apost

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discussions relatives à l'organisation ecclésiastique fut de remonter à l'Église primitive comme à un idéal, le livre des Actes devint une autorité capitale. Il racontait l'Ascension, la Pentecôte, le Cénacle, les miracles de la parole apostolique, le concile de Jérusalem. Les partis pris de Luc s'imposèrent à l'histoire, et, jusqu'aux pénétrantes observations de la critique moderne, les trente années les plus fécondes des fastes ecclésiastiques ne furent connues que par lui. La vérité matérielle en souffrit; car cette vérité matérielle, Luc ne la savait guère et s'en souciait peu; mais, presque autant que les Evangiles, les Actes façonnèrent l'avenir. La manière dont les choses sont racontées importe plus pour les grands développements séculaires que la manière dont elles se sont passées. Ceux qui ont fait la légende de Jésus ont une part presque égale à la sienne dans l'œuvre du christianisme; celui qui a fait la légende de l'Église primitive a pesé d'un poids énorme dans la création de la société spirituelle où tant de siècles ont trouvé le repos de leurs âmes. Multitudinis \ credentium erat cor unum et anima una. Quand on a écrit cela, on est de ceux qui ont lancé au cœur de l'humanité l'aiguillon qui ne laisse plus dormir jusqu'à ce qu'on ait découvert ce qu'on a vu en songe et touché ce qu'on a rêvé.

CUAIMTUE XX.

SECTES DE SYRIE. LLKASAi.

Tandis que les Églises occidentales, subissant plus ou moins l'influence de l'esprit romain, marchaient rapidement vers une catholicité orthodoxe et aspiraient à se donner un gouvernement central, excluant les variétés de sectes, les Églises d'ébionim, en Syrie, s'émiettaient de plus en plus et s'égaraient en toute sorte d'aberrations. La secte n'est pas l'Église ; trop souvent, au contraire, la secte ronge l'Église et la dissout. Véritable Protée, le judéochristianisme s'engageait tour à tour dans les directions les plus opposées. Malgré le privilège qu'avaient les communautés de Syrie de posséder les membres de la famille de Jésus et de se rattacher à une tradition bien plus immédiate que celle des Églises d'Asie, de Grèce et de Rome, il n'est pas douteux que, réduites à elles-mêmes, oes petites associations se seraient perdues dans le rêve au bout de

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deux ou trois cents ans. D'une part, l'usage exclusif du syriaque leur enlevait tout contact fécond avec les œuvres du génie grec ; de l'autre, une foule d'influences orientales, pleines de danger, agissaient sur elles et les menaçaient d'une prompte corruption. Leur manque de raison les livrait aux séductions de ces folies théosophiques, d'origine babylonienne, égyptienne, persane, qui, dans quarante ans environ, causeront au christianisme naissant cette grave maladie du gnosticisme qu'on ne saurait comparer qu'à un croup terrible auquel l'enfant n'échappa que par miracle.

L'atmosphère où vivaient ces Églises ébionites de Syrie au delà du Jourdain était des plus troubles. Les sectes juives abondaient en ces parages et suivaient une direction toute différente de celle des docteurs orthodoxes1. Depuis la ruine de Jérusalem, le judaïsme, privé de l'aiguillon prophétique, n'a plus eu que deux pôles d'activité religieuse, la casuistique, représentée par le Talmud, et les rêves mystiques de la Gabbale naissante. Lydda et Iabné étaient les centres d'élaboration du Talmud ; le pays au delà du Jourdain servait de berceau à la Cab-

\. Récognitions, I, 54; Hégésippe, dans Eus., H. E., IV, 22; saint Justin, Dial., 80, Constit. apost., VI, 6; saint Épiphane, haer. xiv et suiv.

4iO ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 100]

baie. Les esseniens n'étaient pas morts • ; sous le nom d'esscens, d'ossèues^ d'osséens * , ils se distinguaient à peine des nazaréens ou ébionites, et continuaient leur ascétisme particulier, leurs abstinences, avec d'autant plus d'ardeur que la destruction du temple avait supprimé le ritualisme de laThora. Les galiléens de Juda le Gaulonite existaient, ce semble, comme Église à part 3. On ne sait guère ce qu'étaient les masbothéens 4, encore moins ce qu'étaient les génistes, les méristes B et quelques autres hérétiques obscurs '.

Les samaritains se divisaient de leur côté en

\. Pline, llist.vat., V, 73. Josèphe, nprèsla guerre, parle des esseniens comme encore existants.

2. Hegésippe, dans Eus., IV, xxn, 6; Conslit. apost., VI, 6; Philosopha IX, 48,27; Épipli.. haer. xix, xxx, un, et Resp. adAcac. et Paul. , sub fin. Je suppose que, dans Justin, Dial., 80, au lieu de eaahnianon, il faut lire essunianhn ou ezshnon. Cf. Sacy, Chrest. arabe, I, p. 345-3i7.

3. Hegésippe, dans Eus., H. E., VI, xxii, 6; saint Justin, Dial. cum Tryph., 80; Indiculus de hœresibui, attribué à saint Jérôme, dans Œh!er, Corp. hœres., I, p. 283.

4. Hegésippe, dans Eus., //. £ , IV, xxii, 5, 6; Conslit. apost. VI, 6; ['Indiculus et Isidore, dans CEhler, I, p. 283, 303.

5. Saint Justin, Dial., 80; Indiculus, CEhler, I, p. 283. Je suppose que le mot \t.zpa-o.'. répond à minim, ci à-i jisjouç, en opposition avec les vrais juifs, ci à^ô -yî'vcu; (-pinra'). Voir cependant Isidi ré de Sév., Elym., VIII, iv, 8.

G. Saint Justin, l. c; Théodoret, Hœret. fab., I, 1; Indiculus, l. c, s.:;:.; I- lure, Orig., VI1J, 4.

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une foule de sectes, se rattachant plus ou moine, à Simon de Gitton *. Gléobius, Ménandre, les goro-i théens, les sébuéens, sont déjà des gnostiques ; le mysticisme cabbalistique coule chez eux à pleins bords. L'absence de toute autorité permettait en-; core les plus graves confusions. Les sectes samari-i laines, qui pullulaient à côté de l'Eglise, entraient» parfois jusque dans son enceinte, ou cherchaient) à s'y introduire de force. On peut rapporter à ce temps le livre de la Grande Exposition attribué à Simon de Gitton '. Ménandre de Capharétée avait succédé à toutes les ambitions de Simon. Il s'imaginait, comme son maître, posséder la vertu suprême, cachée au reste des hommes. Entre Dieu et la création, il plaçait un monde d'anges innombrables, sur lesquels la magie a tout pouvoir. Cette magie, il prétendait en connaître les derniers secrets. Il paraît qu'il baptisait en son propre nom. Ce bap-

\. Les Apôtres, p. 273 et suiv.; Hégésippe, dans Eus., IV,xxu, 5; Théodoret, l.c; Récognitions, II; Constit. apost., VI, 8, Épiph., haer. x-xm, xxu, li, 6, et Resp. ad Acac. et Paul, sub fin. Cf. Livre de Josué, édit. Juynboll, p. 4 10 et suiv. ; Chronique d'Aboulfath, édit. Vilmar, texte arabe, p. 82-83, 15 1-464, prol., p. ux-lx, Lxxi-Lxxiii, lxxx-lxxxiv; Schahristaui, texte arabe, Curelon, p. 470, trad. Haarbriicker, I, p. 258 (en tenant comp'o de Vilmar, p lxxh, note, et de la correction d'Ewald, Gesch. des V.I., VII, p. 424, note); Chwolsohn, Die Ssabier, I, p. 96-99.

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