SÉPARATION DÉFINITIVE DE L'ÉGLISE ET DE LA SYNAGOGUE
Le fanatisme ne connaît pas le repentir. Le monstrueux égarement de l'an 117 n'a guère laissé dans la tradition des juifs qu'un souvenir de fête. Au nombre des jours où il est défendu de jeûner et où le deuil doit être suspendu *, figure, à la date du 12 décembre, le iom Trdianos, ou « jour de Trajan », non pas que la guerre de 116-117 ait pu donner lieu à aucun anniversaire de victoire, mais à cause de la fin tragique que l'agada voulut prêter à l'ennemi d'Jsraël".
\. Voir le petit calendrier appelé Megillath Taanith, n° 29 et la glose. Cf. Talm. de Bab., Taanith, 4 8 6; Taira, de Jér., Taanith, ii, 12.
2. On confondit Trajan et Quietus. La fin de ce dernier fut tragique en effet. Voir Spartien, v, 8; Dion Cassius, LXVIII, 32. L'ingénieux système selon lequel le livre de Judith serait la megilla de cette fête, comme Esthcr l'est de la fête des pourim, n'est pas soutenable.
514 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 1171
Les massacres de Quietus restèrent, d'un autre côté, dans la tradition sous le nom de polémos schel Quitos\ On y rattacha un progrès d'Israël dans sa voie de deuil 2.
Après le polèmos schel Aspasinos*, on interdit les couronnes pour les mariés et l'usage des tambourins.
Après le polèmos schel Quitos, on interdit les couronnes pour les mariées, et il fut défemlu d'apprendre à son fils la langue grecque.
Après le dernier polèmos*, on interdit à la mariée de sortir dans la ville en litière.
Ainsi chaque folie amenait une séquestration nouvelle, un renoncement nouveau à quelque partie de la vie. Pendant que le christianisme devient de plus en plus grec et latin, et que ses écrivains se conforment au bon style hellénique, le Juif s'interdit l'étude du grec et se renferme obstinément dans son inintelligible patois syro-hébraïque. La racine de toute bonne culture intellectuelle est coupée chez lui pour mille ans. C'est surtout à cette époque que se rapportent les décisions qui présentent l'éducation grecque
\. Séder olam, vers la fin; Mischna. Sala, ix, 14. Cf. GraMz, Gesch. der Judea, IV, 440 et suiv., 2* édit.; Volkmar, Judith, p. 83 et suiv.; Derenbourg, Palest., p. 4'J4.