LE» FIIEHES ET LES COCSIXS DE JESUS
L'inexactitude des renseignements fournis par les Évangiles sur les circonstances matérielles de la vie de Jésus, l'incertitude des traditions du Ier siècle, recueillies par Hégésippe, les fréquentes homonymies qui répandent tant d'embarras sur l'histoire des juifs à toutes les époques, rendent presque insolubles les questions relatives à la famille de Jésus *. Si l'on s'en tenait au passage des Évangiles synoptiques, Matth., xih, 55, 56: Marc, vi, 3, Jésus aurait eu quatre frères et plusieurs sœurs*. Ses quatre frères se seraient appelés Jacques, Joseph ou José, Simon et Jude.
i. Vie de Jésus, p. 25-27, 13e édit. et suiv.
2. Marc, qui ne connaît pas la virginité de Marie, est en cela conséquent. Pseudo-Matthieu, qui admet cette virginité (en. i), ne remarque pas la contradiction qu'il y a entre ce qu'il copie dans Marc, au ch. xm, et ce qu'il ajoute, au ch. i. Luc, toujours plus logique que ses devanciers, omet l'épisode embarrassant de Nazareth, et en tout cas prévient les objections par son t^wtotoxo; (h, 7).
Deux de ces noms figurent, en effet, dans toute la tradi« tion npostolique et ecclésiastique, comme ceux de « frères du Seigneur ». Le personnage de « Jacques, frère du Seigneur », est, après celui de saint Paul, le plus clairement , dessiné de la première génération chrétienne. L'épître de saint Paul aux Galates, les Actes des Apôtres, lessuscriptions des épîtres authentiques ou non attribuées à Jacques et à Jude, l'historien Josèphe, la légende ébionite de Pierre, le vieil historien judéo-chrétien Hégésippe, sont d'accord pour faire de lui le chef de l'Église judéo-chrétienne. Le plus authentique de ces témoignages, le passage de l'épître aux Galates (i, 19), lui donne nettement le titre d'âàeXçoç
TOÛ XUpiOU.
Un Jude paraît aussi avoir des droits très-réels à ce titre. Le Jude dont nous possédons une épître * se donne le titre d*â£eX<poç "iaoMoêou. Un personnage du nom de Jacques, assez considérable pour qu'on se désignât et qu'on se donnât de l'autorité en s'appelant son frère, ne peut guère être que le célèbre Jacques de l'épître aux Galates, des Actes, de Josèphe, d' Hégésippe, des écrits pseudoclémentins. Si ce Jacques était « frère du Seigneur », Jude, auteur vrai ou supposé de l'épître qui fait partie du canon, était donc aussi frère du Seigneur. Hégésippe l'entendait certainement ainsi. Ce Jude, dont les petitsfils (uïwvoQ furent recherchés et présentés à Domitien comme les derniers représentants de la race de David, était pour l'antique historien de l'Église le frère de Jésus selon la
1. Les raisonnements que nous faisons en ce, moment sont aussi forts dans le cas où les épîtres de Jacques et de Judo seraient apocryphes que dans le cas où elles seraient authentiques.
chair1. Quelques raisons portent même à supposer que ce Jude fut chef de l'Église de Jérusalem, ù son tour1. Voilà donc un second personnage qui rentre bien dans la série des quatre noms donnés par les Évangiles synoptiques comme ceux des frères de Jésus.
Simon et José ne sont pas connus d'ailleurs comme frères du Seigneur. Mais il n'y aurait rien de singulier à ce que deux membres de la famille fussent restés obscurs. Ce qu'il y a de beaucoup plus surprenant, c'est qu'en réunissant d'autres renseignements, fournis par les Évangiles, par Hégésippe, par les plus vieilles traditions de l'Église de Jérusalem, on forme une famille de cousins-germains de Jésus, portant presque les noms mêmes qui sont donnés par Matthieu (xm, 55) et par Marc (vt, 3) comme ceux des frères de Je- us.
Entre les femmes, en effet, que les synoptiques placent au pied de la croix de Jésus et qui affirmèrent la résurrection, se trouve une « Marie, mère de Jacques le mineur (6 (xixpôç) et de José» (Matth., xxvn, 56; Marc, xv, ^0,Zi7; xvi, 1; Luc, xxiv, 10). Cette Marie est certainement la même que celle que le quatrième Évangile (xix, 25) place aussi au pied de la croix, qu'il appelle Mapia r, toD Kàmtoc (ce qui signifie sans doute «Marie, femme de Clopas3 »), et dont il fait une sœur de la mère de Jésus. La difficulté qui se trouve à ce que les deux sœurs se soient appelées du même nom n'arrête guère le quatrième évangéliste, qui ne donne pas une seule fois à la mère de Jésus le