Par exemple, Marc, ni
3. Voir, par exemple, Marc, i, 20, 29; H, 4, 44, m, 47; v, 22r 37, 42; vi, 45; vu, 26, 31 ; vin, 40, 44; ix, 6; x, 46; xi, 4, xn, 28; xm, 3; xv, 44, 2!, 25, 42, en comparant les endroits parallèles des autres synoptiques Notez surtout dans Marc l& récit de la mort de Jean-Baptiste, la seule page absolument historique qu'il y ait dans tous les Évangiles réunis. Remarquez l'expression « fils de Marie » (vi, 3) ; voir l'appendice, p. 542.
lAn 7Gj LES ÉVANGILES. Itï
Le parti qu'a pris Marc d'abréger si singulièrement les grands discours de Jésus nous étonne. Ces discours ne pouvaient lui être inconnus ; s'il les a omis, c'est qu'il a eu quelque motif pour cela. L'esprit de Pierre, un peu étroit et sec, est peut-être la cause d'une telle suppression. Ce même esprit est sûrement l'explication de l'importance puérile que Marc attache aux miracles. La thaumaturgie, dans son Évangile, a un caractère singulier de matérialisme lourd, qui fait songer par moment aux rêveries des magnétiseurs. Les miracles s'accomplissent péniblement, par phases successives. Jésus les opère au moyen de formules araméennes, qui ont un air cabbalistique. Il y a une lutte entre la force naturelle et la force surnaturelle; le mal ne cède que peu à peu et sur des injonctions réitérées1. Ajoutez à cela une sorte de caractère secret, Jésus défendant toujours à ceux qui sont l'objet de ses faveurs d'en parler 2. On ne saurait le nier, Jésus sort de cet Evangile, non comme le délicieux moraliste que nous aimons, mais comme un magicien
4. Ainsi pour le démoniaque de Gergésa, Marc, v, 1 -20; pouf l'épileptique, îx, 44-29, et surtout pour l'aveugle de Bethsaïde vin, 22-26 (notez surtout la naïve réponse du verset 24).
2. Cette injonction se retrov^e dans Matthieu, mais moins expresse et moins logique. Comp. Marc, i, 44; in, 12, à Matth., vin, 4; xii, 46.
118 ORIGINES DU CHRISTIANISME [An 70}
terrible. Le sentiment qu'il inspire le plus autour de lui, c'est la crainte; les gens, effrayés de ses prodiges, viennent le supplier de s'éloigner de leurs frontières.
Il ne faut pas conclure de là que l'Evangile de Marc soit moins historique que les autres; tout au contraire. Des choses qui nous blessent au plus haut degré furent de premier ordre pour Jésus et ses disciples immédiats. Le monde romain était encore plus que le monde juif dupe de ces illusions. Les miracles de Vespasien sont conçus exactement sur le même type que ceux de Jésus dans l'Evangile de Marc. Un aveugle, un boiteux, l'arrêtent sur la place publique, le supplient de les guérir. Il guérit le premier en crachant sur ses yeux, le second en marchant sur sa jambe ». Pierre semble avoir été principalement frappé de ces prodiges, et il est permis de croire qu'il insistait beaucoup là-dessus dans sa prédication. De là, dans l'œuvre qu'il a inspirée, une physionomie tout à fait à part. L'Évangile de Marc est moins une légende qu'une biographie écrite avec crédulité. Les caractères de la légende, le vague des circonstances, la mollesse des contours frappent dans Matthieu et