‹ Les évangilesChapitre 261 sur 268 · Pierre le nia de nouveau : et aussitôt le coq chanta · texte numérisé non relu

Pierre le nia de nouveau : et aussitôt le coq chanta

28. Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. Or c’étoit le matin : et eux n’entrèrent point dans le prétoire , afin de ne se point souiller, et de pouvoir manger la Pâque s .

29. Pilate donc vint à eux dehors, et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?

30. Ils répondirent : Si ce n’étoit pas un malfaiteur, nous ne vous l’aurions point amené 4 .

31. Pilate leur dit : Prencz-Ie vous-mêmes, et le jugez selon votre loi. Les Juifs dirent : Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort :

32. Afin que fût accomplie la parole qu’il avoit dite touchant la mort dont il devoit mourir.

1 La vérité se produit publiquement devant tous, et se justifie par la conscience de tous. C’est le mensonge qui parle et juge en secret.

2 Montres en quoi j’ai mal parlé.

3 IU craignent de se souiller en outrant dans le prétoire , et ne craignent point de demander le sang du Juste. Tout couverts de ce sang, ils mangeront tranquillement la Pâque.

4 Faites mourir cet homme. — Pourquoi? — S’il ne méritoit pas la mort, nous ne vous dirions point : Faites-le mourir. Voila l’accusation. Tout à l'heure on verra le jugement.

33. Pilate donc rentra dans le prétoire, et appela Jésus, et lui dit : Etes-vous le roi des Juifs?

34. Jésus répondit : Dites-vous cela de vous-même, ou d’autres vous l’ ont-ils dit de moi?

35. Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif? Votre nation et vos prêtres vous ont livré à moi : qu’avez-vous fait?

3(>. Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde : si mon royaume étoit de ce monde, mes serviteurs coinbattroient pour que je ne fusse point livré aux Juifs; mais mon royaume n’est pas maintenant d’ici.

37. Pilate lui dit : Vous êtes donc roi? Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi. Pour cela je suis né, et pour cela je suis venu dans le monde, pour que je rende témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité, écoute ma voix.

38. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité? Et ayant dit cela il sortit encore 1 , et alla aux Juifs, et leur dit : Je ne trouve en lui aucun crime.

39. La coutume est tjue je vous délivre un criminel le jour de Pâque : voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs 2 ?

40. Alors de nouveau tous crièrent : Pas celui-ci , niais Bnrabbas. Or Barabbas étoit un voleur.

Des paroles de Jésus, il n’en est aucune qu’on ait plus détournée de son vrai sens que sa réponse à Pilate, lorsque celui-ci l’interroge sur sa royauté. On en a conclu que le royaume de Jésus n’étoit pas de la terre, et c’étoit conclure que la justice et la charité n’étoient pas de la terre , ne seroient jamais de la terre, et qu’ainsi la terre devoit être à jamais livrée au mal et aux puissances du mal : c’étoit proclamer, au nom de Dieu, le règne de l’enfer, et le légitimer

1 On ne voit qne gens qui demandent comme Pilate : Qu’est-ce que la vérité? et sortent sans attendre la répouse. C’est si peu de chose que la vérité.

2 Pilate voudroit sauver Jésus, il voudrait ne pas se charger de sa condamnation ; mais Pilate ne veut pas uon plus se rendre ennemis les Juifs et leurs prêtres ; il a des iutéréts à ménager ; U condamnera donc, il dira : Je ne trouve aucun crime en cet homme ; cependant, puisqu’il vous plaît ainsi, crucifiet-le.

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en ce sons qu’on no le pouvoit combattre sans combattre le décret de Dieu, chose à la fois impie et absurde; impie, puisque l’on s'opposoit à la volonté divine, quel qu’en fût le motif; absurde, puisqu’on ne saurait prévaloir contre elle. Que la doctrine de Jésus soit toute différente de cette abominable doctrine, qui pourrait en douter? Et, en effet, elle est si claire qu’on se demande avec étonnement comment on a pu la dénaturer à ce point, comment on a pu même l’obscurcir. Jésus se déclare rai, mais en même temps il déclare que son royaume n’est pas de ce monde. Or, qu’est-ce que le monde dans la pensée et le langage de Jésus ? Le inonde, il ne cesse de le répéter en instruisant ses disciples et le peuple, le monde c’est l’assemblée des enfants de Satan, des hommes d’iniquité , c’est la société corrompue à laquelle il en venoit substituer une autre, fondée sur des maximes entièrement opposées. Gettc nouvelle société, son royaume, ainsi qu’il l’appelle, n’étoit donc pas de ce monde, du monde livré à l’esprit mauvais, du monde alors présent , dont, par sa parole , ses exemples , il avoit préparé la destruction future. Ce monde détruit, un autre monde naîtra , après de longues guerres, des chocs terribles, de grands bouleversements, et s’établira sur les ruines du vieux monde écroulé. Alors commencera le règne de Jésus; et c’est pourquoi, après avoir dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde, » il ajoute : « Mon royaume n’est pas maintenant d’ici. » S’il ne devoit jamais être d’ici , l’humanité sans espérance n’auroit aucun but ici-bas, irrévocablement destinée à y porter le poids d’une effroyable malédiction. Tous les liens seraient brisés, puisque chacun devrait se séparer le plus possible de cette société condamnée, et travailler à part, loin de sa funeste influence, à se sauver individuellement; d’où, sous une apparence de sainteté, sous de trompeurs dehors de vertu, un égoïsme monstrueux, une quiétude inerte dans la complète solitude de l’àmc, dans la fuite et l’oubli de tout ce qui n’est pas soi. Non, Dieu n’a pas sacré le Mauvais roi de la terre;

elle lui sera enlevée , et à son règne succédera le règne de Jésus. 11 reviendra dans sa puissance, et déjà les peuples tressaillent, comme si une voix interne leur disoit : Il vient; et à cette voix, une autre voix, celle des peuples mêmes, répond : Qu’il soit ainsi : venez, Seigneur Jésus.

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