Ecoutez une autre parabole : Il y avoit un homme , père
* Croire fortement qu’on peut, c'est pouvoir, quand on ne compte pas sur sa propre puissance, nuis sur celle de Dieu.
de famille, qui planta uni? vigne et l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y bâtit une tour l , et l’ayant louée à des vignerons, il partit pour un pays lointain.
34. Or, le temps des fruits approchant , il envoya aux vignerons ses serviteurs, pour recevoir ses fruits.
35. Et les vignerons s’ étant saisis de scs serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent un autre.
36. Il envoya de nouveau des serviteurs en plus grand nombre, et ils les traitèrent pareillement.
37. Enfin il leur envoya son fils , disant : Ils auront du respect pour mon fils.
38. Mais les vignerons voyant le fils , dirent en eux-mêmes : Celui-ci est l’héritier; venez, tuons-lc, et nous aurons son héritage.
39. Et l’ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
40. Quand donc viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons?
41. Ils lui dirent : Il châtiera sévèrement ces méchants , et louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur temps *.
42. Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre rejetée par ceux qui bâtissoient, est devenue le sommet de l’angle; ceci est l’œuvre du Seigneur, merveilleuse à nos yeux.
43. C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu’il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.
44. Et celui qui tombera sur cette pierre, se brisera; et celui sur qui elle tombera en sera brisé.
45. Les Princes des prêtres et les Pharisiens, en entendant ces paraboles, connurent qu’il parloit d’eux.
46. Et cherchant à se saisir de lui, ils craignirent le peuple, parce qu’il le regardoit comme un Prophète.
1 Ou hAlisioit des tours dans 1rs vignes, afin que ceux qui les gardoifnt cuisent de là une vue |)l uii étendue.
2 Ainsi sont traitées les nations qui» tic songeant qu'à elles-mêmes, veulent s’approprier la \i- £r.e du Père de la famille humaine, et a’en réserver à elles seules tous les fruits.
Le père de famille, c’est Dieu, et sa vigne, c’est le monde ; les vignerons auxquels il la loue, ce sont les puissants du monde, ceux qui ont pouvoir sur les autres et qui n’ont reçu ce pouvoir qu’à la condition de remplir les obligations imposées par le père de famille, à la condition de produire les fruits de justice et de charité que Dieu exige des chefs préposés à la conduite des peuples. Les serviteurs qu’il envoie recueillir ces fruits, ce sont tous ceux qui, rappelant sa loi, réclament incessamment contre les abus de la puissance, disent, comme Jean-Baptiste à Hérodc, cela ne vous est point permis, se font les défenseurs des foibles, des pauvres, des opprimés, au nom des saints devoirs sur lesquels repose l’ordre réel de la société, au nom de l’égalité, de la liberté, de la fraternité humaine. Ces serviteurs du père de famille ont été de tout temps persécutés par ceux qui exploitent sa vigne à leur profit. Il les ont poursuivis, torturés, lapidés. Patient jusqu’au bout, le père de famille a enfin envoyé son fils. Jésus est venu demander aux vignerons les fruits de la vigne, et, comme ils avoient tué les serviteurs, ils ont tué le fils, croyant s’assurer à jamais la possession de son héritage. Continuant de défendre par la force ce qu’ils avoient acquis par la force, ils ont, de siècle en siècle, perpétué leur usurpation, et le monde leur appartient encore. Mais le jour du jugement approche; il se fait partout comme l’apprét d’une de ces grandes assises de Dieu, à la suite desquelles la terre se renouvelle. Il a prononcé en lui-mème son irrévocable sentence, et les peuples sont chargés de son exécution. Pâles, inquiets, tourmentés de sinistres pressentiments, les oppresseurs se disent l’un à l’autre ; Est-ce que notre fin seroit venue? Chaque bruit retentit à leur oreille comme une menace formidable, chaque ombre qui passe leur semble un messager de la mort. Serviteurs du père de famille, sacrés martyrs de l'humanité, que vos os tressaillent dans la tombe. Votre sang mêlé au sang du Fils n’a point été stérile ; il a fécondé le germe dont l’avenir mûrira les fruits ; il a préparé
le salut que les nations attendent, et qu’à la veille du grand combat d’où le Christ sortira vainqueur, elles saluent d’un cri d’espérance.