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CHAPITRE XII

Vignerons homicides. Pierre angulaire. Dieu et César. Résurrection. Amour de Dieu et du prochain. Le Messie, Fils et Seigneur de David. Se garder des scribes. Aumône de la veuve.

1. Jésus commença ensuite à leur parler en paraboles : Un homme, dit-il, planta une vigne, l’entoura d’une haie, et, creusant dans la terre, y fit un pressoir, y bâtit une tour; et, l'ayant louée à des vignerons, il s’en alla en pays éloigné.

2. La saison étant venue, il envoya un de ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir ce qu'ils lui devaient du fruit de sa vigne.

3. Mais, l’ayant pris, ils le battirent, et le renvoyèrent, sans lui rien donner.

4. 11 leur envoya encore un autre serviteur, et ils le blessèrent à la tête, et lui firent foules sortes d’outrages.

5. Il leur en envoya encore un, qu’ils tuèrent; et de plusieurs qu'il leur envoya ensuite, ils battirent les uns, et tuèrent les autres. |

6. Enfin, ayant un fils unique, qu’il aimait tendrement, il le leur envoya encore après tous les autres, en disant : Ils auront quelque respect pour mon fils.

7. Mais ces vignerons dirent entre eux : Voici l’héritier, allons, tuons-le, et l'héritage sera à nous. $

8. Ainsi, s'étant saisis de lui, ils le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. | ;

9. Que fera donc le seigneur de cette vigne? IL viendra luimême, il exterminera ces vignerons, et il donnera sa vigne à

d’autres. | 410. N’avez-vous point lu cette parole de l’Ecriture : La pierre

qui avait été rejelée par ceux qui bâtissaient est devenuc.la principale pierre de l’angle. d :

11. C’est le Seigneur qui l'a fait, et nos yeux le voient avec admiration.

12. Alors ils cherchaient les moyens de l'arrêter; car ils virent bien que c'était d’eux qu’il voulait parler dans cette. parabole; mais ils craignirent le peuple; et, le laissant là, ils se retirèrent.

13. Voulant ensuite le surprendre dans ses paroles, ils lui envoyèrent quelques-uns des pharisiens et des hérodiens,

14. Qui vinrent lui dire : Maître, nous savons que vous êtes sincère et véritable, et.que vous n'avez égard à qui que ce soit ; car vous ne considérez point la qualité des personnes; mais vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité. Est-il permis, ow non, de payer le tribut à César? le payerons-nous? ou ne le payerons-nous

as?

z 15. Mais Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur dit : Pourquoi : me tentez-vous? Apportez-moi un denier, que je le voie.

16. Ils lui en apportèrent un; et il leur demanda : De qui est cette image et cette inscription? De César, hi dirent-ils.

17. Jésus leur répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (a). Et ils admirèrent sa réponse, |

18. Après cela, les sadducéens, qui nient la résurrection (b), vinrent le trouver, et ils lui proposèrent cette question :

49, Maître, Moïse nous a laissé par écrit : Que si un homme en mourant laisse sa femme sans enfants, son frère doit épouser sa femme, pour susciter des enfants à son frère mort. Kg

20. Or, il y avait sept frères, dont le premier ayant pris une femme, mourut sans laisser d'enfants.

21, Le second l’ayant épousée ensuite, mourut aussi sans enfants, et le troisième de même; 4

22. Et tous les sept l’ont ainsi eue pour femme, sans qu'aucun

(a) Puisque vous-mêmes ne craignez pas de faire usage de la monnaie de César, vous reconnaissez donc César. Donc reconnaissez-le jusqu’à la fin. Cet argument peut se retourner de mille manières contre les puritains inconséquents de tous les partis, toujours prêts à calomnier.

() Les sadducéens niaient la résurrection, c’est-à-dire l’immortalité de l'âme, qu'admettait jésus. On peut juger, par la nature de leur objection, de l’état des idées philosophiques en Judée.

d'eux ait laissé d'enfants; et enfin cette femme est morte ellemême la dernière.

23. Lors donc qu’ils ressusciteront dans la résurrection générale, duquel d’entre eux sera-t-elle femme, puisqu'elle l’a été de tous les sept?

24. Et Jésus leur répondit : Ne voyez-vous pas que vous êtes dans l'erreur ; parce que vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu?

25. Car lorsque les morts seront ressuscités, les hommes n’auront point de femmes, ni les femmes de maris; mais ils seront comme les anges {c), qui sont dans les cieux.

26. Et quant à la résurrection des morts : n’avez-vous point lu dans le livre de Moïse ce que Dieu lui dit dans le buisson : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

27. Or, il n’est point le Dieu des morts, mais des vivants; et ainsi vous êtes dans une grande erreur (d).

28. Alors un des scribes, qui avait entendu cette dispute, voyant que Jésus avait si bien répondu aux sadducéens, s’'approcha de lui, et lui demanda quel était le premier de tous les commandements. ;

29, Et Jésus lui répondit : Le premier de tous les commande-

(c) Sicut angeli, c'est-à-dire comme de purs esprits, Jésus interprète la résurrection charnelle des pharisiens au sens psychologique. Comment, après cela, l’Église a-t-eile fait un dogme de la résurrection des corps?

(d) L'interprétation peut paraître un peu tirée de loin; la phrase de l'Exode signifie en effet : Je suis le Dieu qu'ont adoré Abraham, Isaac, Jacob. On peut dire que si Abraham est rentré dans le néant, le pacte que Jéhovah a juré avec lui est rompu; donc, nécessité, pour la perfection et la stabilité du pacte, qu’Abraham soit toujours vivant. À cela on réplique : Jéhovah a juré à Abraham et à sa postérité : c'est cette postérité héritière d'Abraham qui oblige Jéhovah. Donc, le texte de l’Exode ne prouve rien. L’argument tiré des Ecritures est donc insignifiant, sensu obvio. Ce n’est que dans une métaphysique profonde que Jésus peut avoir raison. Là on démontre que, Dieu étant éternel, ses attributs sont éternels comme lui; la création, son domaine, éternelle ; et que ceux qu’il protége, qui sont à lui, ne peuvent disparaitre.

ments est celui-ci : Écoutez, Israël; le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu.

30. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces. C'est là le premier commandement. :

31. Et voici le second, qui est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain, comme vous-même. Il n’y à point d'autre commandement plus grand que ceux-ci.

32. Le scribe lui répondit : Maître, ce que vous avez dit est très-

véritable, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’il n’y en à point d'autre que lui; 33. Et que de l’aimer de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces, et son prochain comme soimême, est quelque chose de plus grand que tous les holocaustes et tous les sacrifices.

34. Jésus, voyant qu'il avait répondu sagement, lui dit : Vous n'êtes pas loin (e) du royaume de Dieu. Et, depuis ce temps-là, personne n’osait plus lui faire de questions.

35. Mais Jésus, enseignant dans le temple, leur dit : Comment les scribes disent-ils que le Christ est Fils de David,

36. Puisque David lui-même a dit par le Saint-Esprit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de marchepied ?

37. Puis donc que David l’appelle lui-même son Seigneur, comment est-il son fils? Une grande partie du peuple prenait plaisir à l'écouter (f).

38. Et il leur disait en sa manière d’instruire : Gardez-vous des scribes, qui aiment à se promener avec de longues robes, et à être salués dans les places publiques ;

39. A occuper les premières chaires dans les synagogues, et à avoir les premières places dans les festins ;

40. Qui dévorent les maisons des veuves, sous prétexte qu'ils font de longues prières. Ces personnes en recevront une condamnation plus rigoureuse.

41. Jésus, étant assis vis-à-vis du tronc, prenait garde de quelle manière le peuple y jetait de l'argent; et que plusieurs gens riches y en meltaient beaucoup.

42, Il vint aussi une pauvre veuve, qui y mit seulement deux petites pièces de la valeur d’un quart de sou.

\ (e) Non es longè à regno Dei. Cela arrive tous les jours entre hommes de partis différents : on se touche toujours par quelques points; on s'éloigne sur d’autres.

(f) Versers 35-37, — Cf. Matth., xxn, 4h, note g.

43. Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : Je vous dis, en vérité, que cette pauvre veuve a plus donné que tous ceux qui ont mis dans le tronc (g):

44. Car tous les autres ont donné de leur abondance ; mais celleci a donné de son indigence même tout ce qu’elle avait, et tout ce qui lui restait pour vivre.

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