Parlant ensemble de tout ce qui s’était passé
15, Et il arriva que lorsqu'ils s’entretenaiént, et conféraient ensemble sur cela, Jésus vint lui-même les joindre, et se mit à mafcher avéc eux ;
16. Mais leurs yeux étaient retenus, afin qu’ils ne pussent le reconnaître (g).
17. Et ii leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi dans le chemin, et d’où vient que vous êtes s2 tristes?
18. L'un d'eux, appelé Cléophas, prenant la parole, lui répondit : Etes-vous seul si étranger dans Jérusalem, que vous ne sachiez pas ce qui s’y est passé ces jours-ci?
49. Et quoi? leur dit-il. Ils lui répondirent : Touchant Jésus de Nazareth, qui a été un prophète puissant (h) en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple; :
(f) Mirans..Les voilà qui s’aperçoivent que Jésus est bien le Christ!
(g) Circonstance imaginée pour la vraisemblance du dialogue qui suit. à
(h) Vir propheta : expression naïve qui exclut l’idée de messianité en Jésus. Tout ce qui suit est un verbiage dans la manière de Luc, et qui met de plus en plus à jour cette vérité : que Jésus a été ressuscité par ses disciples, parce que c'était une condition de sa messianité, et après qu’ils se furent convaincus qu'il devait être le Messie. (Comparer encore avec les quatre évangélistes le rapport de Paul, I Corinthiens, xv, 5 et suiv.) Mais n’avons-nous pas ici deux points de vue différents? Suivant Paul, Jésus est ressuscité, c'est-à-dire qu’il a passé, par la mort, à l’immortalité, dont | ilexplique les conditions ; de cette manière, Jésus a confirmé par sa résurrection le dogme favori des pharisiens : en sorte qu’on peut dire que sa vie et sa passion sont devenues un instrument entre les mains de Paul. Pour les autres disciples,
29. Et de quelle manière les princes des prêtres et nos sénateurs l'ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié.
21. Or, nous espérions que ce serait lui qui rachèterait Israël: et cependant après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses se sont passées.
22. Ilest vrai que quelques femmes, de celles qui étaient avec tal nous ont étonnés; car, ayant été, avant le jour, à son sépulcre,
23. Et n’y ayant point trouvé son corps, elles sont revenues dire que des anges même leur ont apparu, qui leur ont dit qu’il était vivant.
24. Et quelques-uns des nôtres, ayant été aussi au sépulcre, ont trouvé toutes choses comme les femmes les leur avaient rapportées ; mais pour lui, ils ne l’ont point trouvé.
25. Alors il leur dit : O insensés, dont le cœur est tardif à croire tout ce que les prophètes ont dit!
26. Ne fallait-il pas que le Christ (4) souffrît toutes ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire? :
27. Et, commençant par Moïse, et ensuite par tous les prophètes, Ê leur expliquait dans toutes les Écritures ce qui y avait été dit de ui.
28. Lorsqu'ils furent proche du bourg où ils allaient, il fitsemblant d’aller plus loin.
29. Mais ils le forcèrent à s’arréter, en lui disant : Demeurez avec nous, parce qu'il est tard, et que le jour est déjà sur son déclin ; et il entra avec eux.
c'est une autre affaire. Ils ne subtilisent point tant; ils croient leur maître bel et bien ressuscité, avec son ancien corps, et, qui plus est, monté au ciel avec ce même corps.En sorte que, qui voudrait juger les événements au point de vue rationaliste, et d’après les témoignages et les doctrines opposées des auliniens et des pétréiens, devrait croire, en pressant la déposition de Luc et de Paul, que le corps de Jésus a été tout simplement enlevé, et qu’on s’est prévalu de cet enlèvement pour faire croire à la spiritualisation, gage de la nôtre. à tous ; — suivant Pierre, Jean, etc., que Jésus n’était pas mort de sa passion, et que par conséquent il a survécu à son ensevelissement. (Cf. I Corinthiens, xv, note.)
(à) Christum.
© 30. Etant avec eux à table, il prit le pain, et le bénts et, l'ayant rompu (j), il le leur donna (k),
31, En méme temps leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent : mais il disparut (l) de devant leurs yeux.
32. Alors ils se dirent'J'un à l’autre : Notre cœur n’était-il: pas tout brûlant dans nous, lorsqu'il nous parlait durant le cheuiin, et qu’il nous expliquait les Écritures ?
33. Et, se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et trouvèrent que les onze apôtres, et ceux qui demeuraient RAS eux; étaient assemblés,
jt: Et disaient : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il pu apparu (m) à Simon,
35. Alors ils racontèrent aussi eux-mêmes ce qui leur était arté en chemin, et comment ils l'avaient reconnu dans la fraction
u pain.
3%. ‘Pendant qu’ils s’entretenaient ainsi, Jésus se présenta au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous; c'est moi, w ayez point-de peur, : :
37, Mais dans le Hible et la frayeur dont ils étaient saisis, ils: s imaginaient voir un esprit (n).
38. Et Jésus leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi s'élève-t-il tant de pensées dans vos cœurs ?
39, Regardez mes mains et mes pieds, el reconnaissez que. c'est moi-même ; touchez-moi, et considérez qu'un esprit 1 n’a ni vehaie, ni os (0), comme vous voyez que j'en ai.
. (i) Jésus avait une manière à lui de rompre le pain.
(k) Vers. 25-30. — Ceci dépasse tout ce que la manie des suppositions a imaginé de plus hardi. Voici Jésus lui-même, le ressuscité, sretnen Ans sur sa résurrection, la nécessité dè sa passion, etc. !
({} Evanuit : théorie de Paul. C’est un corps spirituel.
({m) Apparuit ; c'est une ombre, non le vrai corps, un revenant.
(n) Spiritum : en effet.
(o) Carném et üssa. C’est bien uné résurrection. Jean (xx, 27) ne fait aucune mention des pieds. D’après Tertullien,
le percement des mains et des pieds était l’atrocité propre du ‘
crucifiement.
40. Après avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. :
41. Mais, comme ils ne croyaient point encore, tant ils étaient transportés de joie et d’admiration, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ?
&2. Et ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel, ATTTN k À 3. e ‘ mangea devant eux; et prenant les restes, il les leur onna (p), ra
&h, Et il leur dit : Ce que vous voyez est l’accomplissement de ce que je vous avais dit, lorsque j'étais encore avec vous; qu’il était nécessaire que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes, fût accompli (q).
45. En même temps, il leur ouvrit l'esprit, afin qu’ils entendissent les Écritures ; | 46. Et il leur dit : C’est ainsi qu’il est écrit, et c’est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrit et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour;
47. Et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. . 48. Or, vous êtes témoins de ces choses.
49, Et jé vais envoyer sur vous le don de mon Père, qui vous a été promis; mais cependant demeurez dans la ville (r), jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut.
50. Après, il les mena dehors vers Béthanie; et, ayant levé les, mains, il les bénit ;
(p) Vers. 39-43. — Un esprit pur ne mange pas. Aussi s'agit-il bien d’un corps, mais d’un Corps transformé, sublimé, spiritualisé, revêtu de qualités nouvelles. Voilà la doctrine paulinienne. On peut dire que Jésus est ressuscité tout exprès pour donner raison à la philosophie de Paul.
* {q) C’est clair, tout cela est imaginé d’après les Écritures. Ce qui met le comble à l'imbroglio, c’est que Jésus r'essuscité a pu croire lui-même tout cela et agir en Conséquence.
| (r) In civitate : restez à Jérusalem. Cette injonction est diamétralement opposée à celle qui se lit dans les trois autres \évangélistes, et par laquelle il leur fait dire d'aller le joindre Len Galilée. (Cf. Act., 1, h, où Luc répète la même chose.) A qui croire ?
az ÉVANGILE
51. Et en les bénissant, il se sépara d’eux, et fut enlevé au ciel (s).
(s) Ferebatur in cœælum. Toujours l’idée de Paul. Le corps ressuscité n’est plus le corps terrestre, il s'élève dans le ciel. (Cf. I Corinthiens, xv.) Vraiment les autres, qui se croyaient quelque chose (Galat.), et qui s’imaginaient bonnement que leur maître était ressuscité, n’y entendaient rien.
Strauss, dans une longue discussion, fait voir que les contradictions des évangélistes sur les circonstances de la résurrection et le théâtre des apparitions, ne peuvent aucunement être conciliées ; que tout ce qu’il en ressort, c’est que chaque narrateur a appris la chose d’une source différente, et n’a rien su de ce qui se disait ailleurs. Or cette incohérence des ” évangélistes est précisément ce qui en fait la sincérité, et qui établit le mieux l'observation faite plus haut, versets 7 et 19, à savoir, que la nécessité d’une résurrection de Jésus fut d'abord généralement comprise; mais que l'impossibilité de s'entendre sur cette fable amena les divergences du récit.
Mais ici surgit une double question que n’a point relevée Strauss. La nécessité de ressusciter Jésus, par respect pour sa prétendue messianité, étant reconnue, et la chose ayant été arrangée en conséquence, il n’y a plus lieu à mythe ni à légende : on a devant soi un fait raisonné, chimérique sans doute, mais basé sur un besoin de l'opinion, et peut-être sur un commencement d'exécution.
Ce qui ajoute à ce soupçon, et que Strauss néglige également, v’est le double projet, de la part du ressuscité, dé se tenir à l’écart en Galilée, suivant Matthieu et Marc ; de rester à Jérusalem, suivant Luc et Jean. Ce n’est pas là une simple contradiction du récit : cela accuse un projet, des vues particulières, qui touchent à quelque réalité.
Dès avant sa mort, Jésus avait dit à ses disciples, suivant Matthieu (xxvi, 32), qu’ils le verraient en Galilée après sa résurrection. Quoi qu’il en soit de l’authenticité de’cet ordre,
52. Les disciples, l'ayant adoré, s’en retournèrent, comblés de joie, à Jérusalem ;
il révèle un plan, plan qui ne paraît pas avoir été connu des historiens.
Nous ne pouvons donc ici faire que des conjectures. Or, il faut considérer que Jésus, suivant jusqu’au bout limitation des prophètes ses modèles, ne pouvait finir vulgairement et pourrir dans un tombeau comme un autre homme. Tous les grands initiateurs avaient disparu d’une façon surnaturelle : Hénoch, Moïse, Elie, Aaron lui-même, et parmi les paiens, Hercule, Romulus, Lycurgue, Esculape. Suivant la croyance commune, le Christ ne pouvait mourir et voir la corruption. Il fallait donc que Jésus ne mourût pas, ou, s’il mourait, qu’il ressuscitât, c’est-à-dire que son cadavre disparût sans laisser de trace.
Mais quid,—si Jésus, comme on a pul’induire de Marc{xv, kh), des soins donnés à son ensevelissement par Joseph d’Arimathée ; de l’exhumation, car ce n’est pas autre chose, racontée par les quatre évangélistes ; — quid, dis-je, si Jésus n’était pas mort ?.. N'est-il pas clair qu’alors, pour ne pas s’exposer au danger d’un second crucifiement, il a dû se tenir caché, se borner à quelques manifestations rares, se relirer en un lieu sûr; et, pour mener son rôle jusqu’à la fin, se dérober à ses meilleurs amis, à ses plus fervents disciples, aller mourir dans une retraite inconnue, à peine d’être dépouillé de nouveau et pour jamais de sa messianité ? i
J'ajoute ici, comme simple observation, que les raisonnements de Strauss contre l'hypothèse d’un retour naturel de Jésus à la vie, sont d’une excessive faiblesse et accusent une grande préoccupation d’esprit; que de plus, Jésus lui-même, aussi bien que ses disciples, a pu voir un miracle dans le fait de sa passion non suivie de mort; qu'on n’en savait pas assez alors pour discerner la léthargie de la mort réelle, ni une reprise des sens d’une extinction totaie ; qu’enfin ce fut à la suite de cette résurrection que Jésus, se tenant toujours caché,