‹ Les évangilesChapitre 175 sur 228 · SAINT JEAN · texte numérisé non relu

SAINT JEAN

Composé vers le milieu du deuxième siècle, suivant les uns, authentique, suivant les autres, mais écrit vers l’an 96. (C£. Paul, I Corinthiens, x, ma note.)

Suivant la tradition de l’Église et la chronologie d’Ussérius, l'Évangile de Jean aurait été écrit le dernier ‘de tous, après l'exil de Pathmos, en l’an 96 : ce qui nous porte dans les COMmencements du deuxième siècle. D’après certains critiques, au contraire, cet Évangile serait le plus ancien ; sa rédaction remonterait même avant la prise de Jérusalem, à laquelle il ne fait aucune allusion.

Et adhuc sub judice lis est.

Suivant l’école de Tubingue, l'Évangile de Jean donne, par la théorie supérieure du Verde, la conciliation des théories des pauliniens et des judéo-chrétiens. (Cf. Coloss., 1, 1.)

Pour moi, je vois dans l'Évangile de Jean l’idée-mère de Jésus, à savoir que le messianisme véritable n’est autre chose que }’ émancipation des pauvres et la fraternité (cf. Luc, 11, 52), élevée jusqu’à la divinisation. Cette idée, vraiment audacieuse, pleinement réformatrice et révolutionnaire, qui rompait en visière aux préjugés judaiques, qui niait leur idée de Messie, qui se moquait de la lettre et des détails du culte; cette idée, vraiment démocratique et prolétaire, aussi

radicalement.hostile à la royauté qu’au sacerdoce, est la seule qui explique rationnellement la mission du charpentier, et qui rende compte de l’histoire et de la légende. L'Église primitive, tout en prenant au pied de la lettre que Jésus était le Messie prédit par les prophètes, et se rapprochant sur ce point de la tradition des Juifs, ne se trompa point sur le sens pratique du rôle de Jésus; et il est étonnant que Strauss l'ait si peu senti! Jésus était ce qu'on appelle aujourd'hui (1848-52), un révolütionnaire social, qui ne voyait dans l’idée messianique qu’un mythe, et qui le résolvait en l’interprétant d’une réforme morale, sociale, politique même, s’il pouvait. Cette conception de Jésus a été divinisée ; on l’a fait Messie lui-même et Verbe de Dieu; c'est ainsi que le peuple de Février est revenu à Napoléon.

Jean, pêcheur, le plus jeune des apôtres, aimé de Jésus- Christ pour sa candeur, la modestie et la pureté de ses mœurs, est célèbre surtout par le pathos et l’'amphigouri de l'Évangile qui lui est attribué. J'ai toujours regretté que cet Évangile eût été mis au nombre des livres canoniques. Il fallait le conserver pour mémoire; mais non en faire un ouyrage authentique! Il y a mille lieues de l'Évangile de saint Matthieu à celui-ci, ouvrage, je ne puis en douter, de quelque juif platonicien, rallié au christianisme. — Les idéés de Platon, avec les allégories et rêveries rabbiniques, distinguent l'Évangile de saint Jean.

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