‹ Les évangilesChapitre 186 sur 228 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Guérison du paralytique de la piscine. Murmuré des Juifs. Discours de Jésus-Christ à cette occasion.

1. Après cela la fête des Juifs étant arrivée (a), Jésus s’en alla à Jérusalem.

9. Or il y avait à Jérusalem la piscine des brebis, qui s’appelle en hébreu Bethsaïda, qui avait cinq galeries,

3. Dans lesquelles étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux, et de ceux qui avaient les membres desséchés, qui tous attendaient que l’eau fût remuée.

4, Car l'ange du Seigneur, en un certain temps, descendait dans cette piscine, et en remuait l’eau; et celui qui entrait le premier, après que l’eau avait été ainsi remuée, était guéri, quelque maladie qu’il eût (b).

5. Or il y avait là un homme, qui était malade depuis trentehuit ans. à ,

6. Jésus, l'ayant vu couché, et connaissant qu’il était malade depuis fort longtemps, lui dit : Voulez-vous être guéri?

prit du maître, qui n’en faisait aucun cas, et que la plèbe transformait néanmoins, bien malgré lui, en thaumaturge.

(a) Dies festus, grec éoprn, sans article. Il n’est donc pas certain que ce soit une pâque. Le voyage de Jésus de Galilée à Jérusalem dura longtemps.

(b) Voici un miracle de la façon des pharisiens, et qui ressemble fort à celui de saint Janvier et de tous les saints, en peinture, qui remuent les yeux. Cependant l’évangéliste ne le révoque point en doute. Il répugne de le mettre sur le compte de Jésus. Au reste, l’intercalation est visible. Jésus semble sauter ici de Capharnaüm à Jérusalem, d’où on le ramènerà tout à l'heure (vr, 1) au delà de la mer de Tibériade. — Le fait raconté dans ce chapitre est de ceux qui se rap- . portent au dernier voyage de Jésus. Ce qui n'empêche pas

Jean de nous reporter plus bas (vi, 1) de l’autre côté du lac de Tibériade,

1. Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine, après que l’eau a élé remuée; et, pendant le temps que je mets à y aller, un autre y descend avant moi.

8. Jésus lui dit : Levez-vous, emportez votre lit, et marchez ;

9. Et cet homme fut guéri à l'instant, et prenant son lit, il commença à marcher. Or ce jour-là était un jour de sabbat.

10. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le sabbat; il ne vous est pas permis d’emporter (c) votre lit.

11. 11 leur répondit : Celui qui m'a guéri m’a dit: Emportez voire lit, etmarchez.

12. Is lui demandèrent : Qui est donc cet homme-là qui vous à dit : Emportez votre lit, et marchez.

13. Mais celui qui avait été guéri ne savait pas lui-même qui il élait, car Jésus s’était retiré de la foule du peuple qui était là.

14. Depuis, Jésus trouva cet homme dans le temple, et il lui dit : Vous voyez que vous êtes guéri; ne péchéz plus à l'avenir, de peur qu’il né vous arrive quelque chose dé pis.

15. Cet homme s’en alla trouver les Juifs, et leur dit que c'était Jésus qui l'avait guéri.

16. Et c’est pour cette raison que les Juifs persécutaient Jésus, parce qu'il faisait ces choses le jour du sabbat.

17. Alors Jésus leur dit: Mon Père ne cesse point d'agir jusqu’à présent (d), et j'agis aussi éncessamment.

18, Mais les Juifs cherchaient encore avec plus d’ardeur à le faire mourir, parce que non-seulement il ne gardait pas le sabbat, mais qu’il disait même que Dieu était son Père, se faisant ainsi égal à Dieu (e). Jésus ajouta donc, et leur dit :

19. En vérilé, en vérité, je vous dis que le Fils ne peut rien faire de lui-même, ef il ne fait que ce qu'il voit faire au Père: car tout ce que le Père fait, le Fils le fait aussi comme lui,

20. Parce que le Père aime le Fils, et lui montre tout-ce qu’il fait; et il lui montrera des œuvres encore plus grandes que celles-ci,

(c). Tollere. C’est justement le mot dont se sert la loi pour désigner le travail interdit. \

(d). Dieu agit en tout temps; l'homme doit faire de même. Belle pensée qu'il faudrait rappeler aux partisans de la célébration du dimanche. |

i(e) Æqualem se faciens Deo.Cette considération est d’une époque récente; les anciens, qui appelaient fils de Dieu les prophètes, n’y songeaient point. La théologie a passé par là.

en sorte que vous en serez vous-mêmes remplis d’admiration.

21, Car comme le Père ressuscite les morts, et leur rend la vie; ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaît.

22, Le Père ne juge personne; mais il à donné tout pouvoir de juger au Fils,

23. Afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore point le Fils, n’honore point le Père qui l’a envoyé.

D. En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle; et il ne tombe point dans la condamnation, mais il est déjà passé de la mort à la vie.

25. En vérité, en vérité, je vous dis que l'heure vient, et qu’elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’entendront vivront.

26. (f) Car comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même ;

27. Et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu’il est le Fils de l’homme.

28. Ne vous étonnez pas de ceci; car le temps vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu; "

29, Et ceux qui auront fait de bonnes œuvres sortiront des tombeaux, pour ressusciter à la vie; mais ceux qui en auront fait de mauvaises en sortiront, pour ressusciter à leur condamnation.

30. Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j'entends, et mon jugement est juste; parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (g).

(f) Versers 26 et suivants. — Au reste, il règne entre les Juifs et Jésus un malentendu perpétuel sur les mots fils de Dieu. Pour eux, ce mot est synonyme de fils de l’homme, fils de David, par lesquels on désignait le Messie. Pour Jésus, c’est une désignation de tout homme qui vit d’une vie divine et spirituelle.

(g) Versers 19-30. — Tout ce discours de Jésus sur sa filiation divine et les prérogatives qu’elle lui assure, ne sont pas évidemment de la première époque chrétienne : les trois premiers évangélistes ne sont point si hardis; ce qu’ils ne disent qu'avec hésitation et au sens métaphorique , Jean l'affirme résolüment.

SÉLON S. JEAN. — CHAP. V 337

31. Si je rends témoignage de moi. mon témoignage n’est pas véritable.

32. Il y en a un autre qui rend témoignage de moi; et je sais que le témoignage qu’il en rend est véritable.

33. Vous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité.

34. Pour moi, ce n’est pas d’un homme que je recois le témoignage; mais je dis ceci afin que vous soyez sauvés.

35. Jean était une lampe ardente et luisante, et vous avez voulu vous réjouir, pour un peu de temps, à la lueur de sa lumière.

36. Mais, pour moi, j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean; car les œuvres que mon Père m’a donné pouvoir de faire, les œuvres, dis-je, que, je fais, rendent témoignage de moi (k), que c’est mon Père qui m’a envoyé;

37. Et mon Père, qui m’a envoyé, a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n’avez jamais entendu sa voix, ni rien vu qui le représentât ;

38. Et sa parole ne demeure point en vous, parce que vous ne croyez point à celui qu’il à envoyé.

L'Évangile de Jean a pour but d'affirmer la messianité de Jésus et son identité avec le Verbe divin. Dès avant cette époque, on croyait que la sagesse divine, le Verbe de Dieu, devait s’incarner dans le Messie futur. Voilà la thèse de Jean. Donc il écrit la biographie de Jésus à ce point de vue, et travestit ses discours à sa manière.

A l’époque où fut écrit cet Évangile, il est clair que la messianité de Jésus était chose équivoque. Jean vient lever tous les doutes qui subsistent dans les trois évangélistes antérieurs.

Il y a deux parties dans l’histoire de Jésus : la première, où Jésus est représenté tel qu’il était et se posait lui-même; la seconde, tel que le firent plus tard ses sectateurs. Ce sont deux époques très-différentes, mais qui s'expliquent réciproquement, et doivent se suivre dans le même ouvrage.

(») Opera quæ facio testimonium perhibent de me. Cet argument de Jésus-Christ ne saurait être admis en bonne logique; le miracle, en le supposant vrai, prouve-le thaumaturge, mais ne prouve ni le prophète ni la doctrine.

39, Lisez avec soin les écritures (4), puisque vous croyez y trouver la vie éternelle; et ce sont elles qui rendent témoignage de moi; |

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