CHAPITRE VE
Miracle des cinq pains. Jésus marche sur la mer. Discours de Jésus-Christ sur le pain du ciel. Trahison de Judas prédite.
A. Jésus s’en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est le Lac de Tibériade;
2. Et une grande foule de peuple le suivait ; parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur les malades.
(à) Scripturas, le livre! C’est tout dire.
(j) In nomine suo. Sarcasme à l’adresse des faux prophètes du temps.
(k) Asinws asinum fricat! C'est méchant. .
(2) De me scripsit. C'est faux; mais Jean le croyait ou le supposait, sé |
(m) Ceci est d'une naïveté colossale et qui trahit son
Orient: Vous qui ne croyez pas à des choses écrites, aux Écritures de Moïse, comment croiriez-vous à mes paroles ?:.,
à 3 pus monta donc sur une montagne, et s'y assit avec ses isciples. ù
4. Or le jour de pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche (a et b). | Gi
5. Jésus, ayant donc levé les yeux et voyant qu’une grande foule de peuple venait à lui, dit à Philippe : D'où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce monde? ;
6. Mais il disait cela pour le tenter; car il savait bien ce qu'il devait faire.
7. Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun tant soit peu.
tre de ses disciples, qui était André, frère de Simon-Pierre, ui dit :
9: Il y à ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens?
10. Jésus leur dit: Faites-les asseoir. Or, il y avait beaucoup d'herbe dans ce lieu-là; et environ cinq mille hommes s’y assirent,
41. Jesus prit donc les pains ; et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis, et à leur donna, de même, des deux poissons autant qu’ils en voulaient.
12. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciplès : Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde.
13. Ils les ramassèrent donc et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé.
14, Et ces personnes, ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus,
(a) Même style que plus haut, v, 1, et 1, 13 et 23. Cela signifie aux environs de la Pâque. Comment admettre que du verset 1, chapitre v, au chapitre vi, il se soit écoulé un an entier 2. Tout cela est un vrai gâchis. Il s’agit toujours de la même Pâque. En tous cas, cette Pâque n'aurait pas été célébrée comme les autres par Jésus à Jérusalem. Serait-ce celle que Jésus avait compté d’abord passer à Jérusalem après son baptème, et qu’il aurait été forcé de venir passer en Galilée? Si on connaissait la date de l’arrestation de Jean, on pourrait s'orienter. J'incline à penser qu'il fut arrêté avant la Pâque, et que tous les baptisés partirent ensuite.
(b) Erat proximum, c’est-à-dire il n’y avait pas longtemps que la Pâque était passée ; ce qui me paraît probable;
disaient : C’est là vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde.
15. Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire roi (c), s’enfuit encore sur la montagne, lui seul.
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(c) Regem. Désespoir des tribuns et de tous les réformateurs populaires ; leurs idées sont toujours prises à contre sens, et pour les honorer, la multitude ne sait que les détruire, Les Gracques excitent la plèbe contre la tyrannie patricienne; et la plèbe crée les Césars. — Les républicains français prêchent les droits de l’homme et le suffrage universel; et le peuple acclame Napoléon. — Jésus nie le Messie roi, triomphateur et conquérant ; le peuple veut le faire roi lui-même; il le fera Messie.
Strauss trouve dans ce passage l’explication des réticences de Jésus et de la réserve avec laquelle il s'explique sur sa messianité. Jésus, suivant lui, avait à lutter contre les opinions et les espérances charnelles des Juifs ; c’est pour cela qu’il recommandait sans cesse le silence. Strauss ne suiten cela sa propre donnée qu’à moitié. Dire que Jésus a conçu le Christ comme saint Jean et les Pères de l'Église qui ontsuivi, c’est le faire chrétien, c’est le faire Christ. C’est, après avoir sacrifié la forme, retenir le fond ; c’est enfin avouer que toute la doctrine de Nicée sur Jésus est de lui!... Où Strauss a-t-il puisé cette assurance? Dans les Évangiles? mais il en a détruit l'autorité; c’est lui qui a fait voir qu’il ne faut y chercher que les opinions du premier siècle sur Jésus, non les faits et gestes et la doctrine authentique de Jésus. L'Evangile reste un
monument.dont on a le droit de tout nier, et qui réclame,
pour être compris, un système d'interprétation qui, en expliquant tout, reste toujours d'accord avec lui-même. Non, Jésus ne s’est point donné pour Messie, ni au sens
juif, ni au sens chrétien, plus inaccessible à lui et plus absurde
que le premier. — Il est le Messie de la rénovation morale,
rien de plus. Il ne fait pas de politique, surtout il ne théologise pas.
16. Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer,
17. Et montèrent sur une barque, pour passer au delà de la mer, vers Capharnaüm. Il était déjà nuit que Jésus n’était pas encore venu à eux.
18. Cependant la mer commençait à s’enfler, à cause d’un grand vent qui soufflait.
19. Et comme ils eurent fait environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer et qui était proche de leur barque ; ce qui les remplit de frayeur (d).