Et les Juifs dirent entre eux : Voyez comme il l’aimait
31. Mais il y en eut aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvaitil pas empêcher qu’il mourût, lui qui a ouvert les yeux à un aveugle-n6 (0) ?
38. Jésus, frémissant donc de nouveau en lui-même, vint au sépulere : c'était une grotte, ét on avait mis une pierre par-dessus.
39. Jésus leur dit : Otez la pierre. Marthe, qui était sœur du mort, lui dit : Seigneur, il seht déjà mauvais, car il y à quatre jours qu’il est là.
40. Jésus lui répondit : Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? | |
&1. Is Ôtèrent donc la pierre; et Jésus, levant les yeux en haut, dit ces paroles : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé,
42. Pour moi, je savais que vous m’exauceriez toujours; mais je dis ceci pour ce peuple qui m’environne, afin qu’ils croient que c’est vous qui m'avez envoyé (p). |
et la gravité de Jésus-Christ. Ces apprêts de maladie, cet enterrement, ce deuil, toute cette comédie enfin sont peu dignes d’un réformateur et d'un sage; à ces traits on ne reconnaît plus le Christ de saint Matthieu. Il faut nier purement et simplement toute cette histoire, dont certains détails sont d’un grotesque qui touche à l’horrible, s’il s’agit d’une mystification (voyez verset 39, jam fœtet), ou plutôt sont d’une naïveté qui démontre la supposition et l’interpolation. En pareil cas, l’historien s'attache à rassembler ses autorités et ses preuves et à prévenir toute objection; le génie populaire, au rebours, ne songe qu’à la vérité dramatique et s'inquiète peu de la vraisemblance historique. D'après Ces principes, on peut reconnaître ce qui, dans l'Evangile, est d'invention et ce qui est de fait : la psychologie sociale nous donne ici la clef de l’énigme et du merveilleux. (Cf. Jean, xx, histoire de saint Thomas.) s |
(0) Jean n’a connu qu’une résurrection, celle de Lazare ; autrement il n'aurait pas manqué de faire dire à ses personnages : Comment Jésus, qui a ressuscité la fille de Jaïre, etc. ,ne ressusCite-t-il pas son ami ?
:(p) Cela est inconvenant de la part de Jésus; mais cela se
43. Ayant dit ces mots, il cria d’une voix forte : Lazare, sortez.
k4. Et, à l'heure même, le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes: el son visage était enveloppé d’un linge. Alors Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller.
45. Plusieurs donc d’entre les Juifs, qui étaient venus voir al Marthe, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
46. Mais quelques-uns d’entre eux s’en allèrent trouver les pharisiens, et leur rapportèrent ce que Jésus avait fait (g).
47. Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent donc conseil ensemble (r), et dirent : Que faisons-nous ? Cet homme fait plusieurs miracles.
28, Si nous le laissons faire, tous croiront en lui; et les Romains viendront (s), et ruineront notre ville et notre nation,
concoit très-bien de la part du narrateur, qui a l'habitude de mettre ses propres pensées dans la bouche dé son héros,
(g) Versers 45-46. — Conclusion de Jean : Beaucoup vinrent à lui. Traduisons : Ami lecteur, vous voyez que Jésus a ressuscité des morts, donc vous croirez avec moi qu’il est le Messie.
(r) Collegerunt concilium. Il est indubitable que le sanhédrin s’occupa plus d’une fois et très-sérieusement du bruit que faisait Jésus; mais faut-il croire, sur la foi de Jean, que la scène qu’il vient d’arranger si bien pour ses lecteurs, avait été jouée, en tout ou en partie, par Jésus, en ‘complicité de Lazare, de ses sœurs, etc., dans le but de se faire passer pour Messie ? C’est ce qui résulterait du récit de Jean, qui nous montre les prêtres prenant des mesures pour arrêter l'imposteur. Mais tout cela est en contradiction complète avec le rôle véritable et maintenant démontré de Jésus. Jésus se moque des miracles comme des cérémonies du culte; il repousse le messianisme; il n'avait garde de se poser en Messie, Il faut donc mettre tous ces détails controuvés ou travestis sur,.le compte de Jean. Mr. à,
(s) Venient Romani. C'est une contre-vérité. Jésus, je l'ai établi dans mes notes sur l’histoire de la passion (cf. les
49. Mais l’un d'eux, nommé Caïphe, qui était grand-prêtre celte année-là, leur dit : Vous n’y entendez rien ;
50. Et vous ne considérez pas qu’il vous est avantageux qu'un ‘seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point (6).
51. Or il ne disait pas ceci de lui-même; mais étant grandprêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation des Juifs;
‘82. Et non-seulement pour celte nation, mais aussi pour rassembler et réunir les enfants de Dieu, qui élaient dispersés.
#3. Ils ne pensèrent donc-plus, depuis ce jour-là, qu’à trouver le moyen de le faire mourir.
54. C'est pourquoi Jésus ne se montrait plus en public parmi les Juifs ; il se retira même dans une contrée, près du désert, en une ville nommée Éphrem, où il se tint avec ses disciples.
55. Or la pâque des Juifs était proche; et plusieurs de ce quaärtier-là étant allés à Jérusalem, avant la pâque (uw), pour se purifier,
86. Ils cherchaient Jésus, et se disaient, dans le temple, les uns aux autres : Que pensez-vous de ce qu'il n’est point venu à ce jour de fête? Car les princes des prêtres et les pharisiens avaient donné ordre que si quelqu'un savait où il était, il le dé- <ouvrit, afin qu'ils le fissent prendre.
quatre Évangiles), se posait en anti-messianiste, et ce n’était pas'lui qui pouvait donner de l'inquiétude aux Romains. Les vrais messianistes étaient les prêtres. Jean, pour donner de la couleur à son récit, fait dire de Jésus par les prêtres ce qu’ils pensaient en effet du Messie, mais qui était précisément le contraire de ce qu'ils pensaient de Jésus. :
(t) Versers 49-50. — Cf. plus loin, xvrn, 14, note e.
(u) Qui empêcherait donc de compter cette pâque comme la quatrième ?.et celle mentionnée plus bas (x, 1), comme une cinquième ; plus une autre (xin, 1) comme la sixième ? Il est donc évident que toutes les pâques dont il est fait men-
tion dans Jean sont la même : ce qui réduit la durée du mi-
nistère de Jésus à un an et moins.
© CHAPITRE XIL.
Maric parfume les pieds de Jésus. Murmure de Judas. Les Juifs veulent tucr. Lazare. Entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem. Des gentils demandent à voir Jésus. Discours de Jésus-Christ à cette occasion.
1. Six jours avant la pâque, Jésus vint à Béthanie (a), où il avait ressuscité Lazare d’entre les morts.
2. On lui apprêta là à souper; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui (D).
3. Mais Marie ayant pris une livre d'huile de parfum de vrai nard, qui était de grand prix, la répandit sur les pieds (c) de Jésus,
(a) Arrivée de Jésus à Béthanie. Ceci rentre purement et simplement dans ce qui est raconté par Matthieu et Marc; de telle facon que l’histoire précédente est toute en horsd'œuvre. Dans Marc, le maître de la maison est nommé Simon le lépreux. Matthieu de même. Ce Lazare a tout l'air d’une invention de Jean, prise à la fin par lui-même pour une réalité. (Cf. Luc, xvi, 20 et suivants, et x, 38-42, où le repas de Béthanie est raconté sans aucune mention de Lazare.)
(b) Cf. Luc, x, 38-42, pour le festin.
(c) Unæit pedes. Cette onction des pieds est sans aucune convenance et sans la moindre signification. C’est une entorse audacieusement faite à l'histoire, dont la vérité apparaît, quoique encore dissimulée, dans Matthieu et Marc. Jésus avait ses zélateurs aussi exagérés qu’imprudents, qui voulaient à toute force le faire Messie. Le mot Messie signifie oint. Jésus
n’était pas oint, une femme s’avisa de lui donner cette onction; ce qui se faisait en répandant de l'huile sur la tête. C était un pas dans cette carrière dangereuse où Jésus refusait d'entrer. Les disciples s’élevaient contre une pareille démonstration, que Jésus se hâte d'interpréter en disant qu’il ne s’agit pas de son sacre, mais de sa sépulture. C'est pour mieux déguiser la chose que Jean dit que l’onction fut faite sur les pieds de Jésus. (CF. Mare, xiv, 3-8, notes b, c, d, e.).
et les essuya avec ses cheveux; et toute la maison fat remplie de l'odeur de ce parfum. ST ; £ 4
4. Alors l'un de ses disciples, savoir Judas Iscariote, qui devait le trahir, dit : 3 +
5. Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, qu’on aurait donnés aux pauvres ? 4
6.11 disait ceci, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était larron; et que, gardant la bourse (d), il portait l'argent qu'on y mettait. |
. Mais Jésus dit : Laissez-la faire, parce qu'elle a gardé ce parfum pour Je jour de ma sépulture ;
8. Car vous avez toujours des pauvres avec vous; mais, pour moi, vous ne m'aurez pas toujours.
‘9. Une grande multitude de Juifs, ayant su qu'il était là, y vinrent, non-seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts.
* 40. Mais les princes des prêtres délibérèrent de faire mourir aussi Lazare,
14. Parce que beaucoup de Juifs $e retiraient d’avec eux, à cause de lui, et croyaient en Jésus. 3 |
12 (e) Le lendemain, une grande quantité de peuple, qui était venu pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, #:
43. Ils prirent des branches de palmiers, et allèrent au-devant dé lui, en criant : Hosanna, salut et gloire; béni soit le roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur (f). HEC
- (d) Fur erat et loculos habens. Jean ne craint pas dé calomnier Judas en le représentant comme avare et volant la caisse. Cela prépare de loin, avec les versets 65 et 71 du chapitre vr, la trahison de Judas. Mais il est clair que tout vela est controuvé et travesti; que la vérité a été violée dans l'intérêt de l’idée messianique nouvelle, et que le motif attribué à Judas, joint à la modicité de la somme reçue, est insoutenable. (Cf. Marc, x1v, 18.)
(e) Versets 12 et suivants. — Il y a ici transposition de date et de faits. D’après Matthieu et les autres, l’ovation aurait eu lieu dès le premier jour de la résidence de Jésus ; ce : qui est naturel. ÿ iiaée
(f) Il se pourrait que cette petite ovation eût été préparée par les agents provocateurs des pharisiens. Il fallait un pré-
LS
14. Et Jésus, ayant trouvé un ânon (g), monta dessus, selon qu'il est écrit :
15. Ne craignez point, fille de Sion : voici votre Roi, qui vient monté sur le poulain d’une ânesse.
46. Les disciples ne firent point d’abord attention à cela ; mais, quand Jésus fut entré dans sa gloire, ils se souvinrent alors que ces choses avaient été écrites de lui, et que ce qu’ils avaient fait à son égard en était l'accomplissement (h).
17. Le grand nombre de teux qui s'étaient trouvés avec lui, lorsqu’il avait appelé Lazare du tombeau, et l'avait ressuscité d’entre les morts, lui rendait témoignage.
18. Et ce fut aussi ce qui fit sortir tant de peuple, pour aller au-devant de lui, parce qu'il avait entendu dire qu’il avait fait ce miracle.
19. De sorte que les pharisiens dirent entre eux : Vous voyez
que nous ne gagnons rien; voilà tout le monde qui court après :
lui.
20. Or il y eut quelques gentils, de ceux qui étaient venus pour adorer au jour de la fête, À