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Or Anne l'avait envoyé lié à Caïphe, le grand-prêtre

23. Cependant Simon-Pierre était debout, près du feu, et se chauffait. Quelques-uns donc lui dirent : N’êtes-vous pas aussi de ses disciples ? Il le nia, en disant : Je n’en suis point.

26. Alors un des gens du grand-prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, lui dit : Ne vous ai-je pas vu dans le jardin avec cet homme ?

27. Pierre le nia encore une fois; et le coq chanta aussitôt.

28. Ils menèrent donc Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C'était le matin; et, pour-eux, ils n’entrèrent point dans le palais, afin de ne pas se souiller, et de pouvoir manger la

âque.

à 29. Pilate vint donc les trouver dehors, et leur dit : Quel est le crime dont vous accusez cet homme ?

30. Ils lui répondirent : Si ce n’était point un méchant, nous ne vous l’aurions pas livré entre les mains.

31. Pilate leur dit : Prenez-le vous-même, et le jugez selon votre loi. Mais les Juifs lui répondirent : IL ne nous est pas permis de faire mourir personne ;

32. Afin que ce que Jésus avait dit, lorsqu'il avait marqué de quelle mort il devait mourir, fût accompli.

33. Pilate, étant donc rentré dans le prétoire, et ayant fait venir Jésus, lui dit : Êtes-vous le roi des Juifs (h) ? à

34. Jésus lui répondit : Dites-vous cela de vous-même, ou si d’autres vous l’ont dit de moi (à) ?

(k) Pilate raisonne autrement que Caïphe et va droit au fait. La doctrine de Jésus inquiète peu les Romains; ce qui les touche, c’est le Messie (voir Tacite). Or Jésus est-il ou prétend-il, oui ou non, être ce Messie ? Voilà ce que demande Pilate. Si oui, il sévira; si non, il n’a que faire d’intervenir dans cette dispute ; cela regarde les Juifs. Jugez-le suivant votre loi, leur dit-il.

(i) Jésus comprend parfaitement l'intention de Pilate; il lui dit : Ce n’est pas de vous-même que vous m’adressez cette question? Et sur l’aveu de Pilate, il dit, en jouant sur les

35. Pilate lui répliqua : Ne savez-vous pas bien que je ne suis pas Juif? Ceux de votre nation et les princes des prêtres vous ont livré entre mes mains; qu'avez-vous fait ?

36. Jésus lui répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde (j). Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu

mots, qu’il n’est un roi que de la vérité! Ce que le gouverneur latin juge, comme de raison, parfaitement inoffensif.

Voilà ce que raconte le quatrième Évangile, — ce qui ne se trouve pas dans les trois autres, — et ne l'empêche pas de conclure comme eux à la messianité, et à une messianité plus grande encore de Jésus, c’est-à-dire à sa divinité même. (Gf. plus loin, xix, 3; et plus haut, 1, 1-14.)

(j) Mon royaume n’est pas de ce monde. À l’aide de l’hypothèse exposée (Luc, 11, 52, et alibi, passim) sur la théorie de Jésus touchant le Messie, ce passage devient parfaitement clair. Es-tu le Messie juif, demande Pilate, c’est-à-dire es-tu roi ? En d’autres termes, ton action est-elle politique ? Non, dit Jésus, je ne crois pas au Messie des pharisiens, je prêche la réforme religieuse et sociale. (Cf. Marc, xiv et xv.) Donc, devant Pilate, Jésus est innocent, mais d’autant plus coupable devant les prêtres dont il attaque le patrimoine et les superstitions les plus chères.

Que veut dire cela : Mon royaume n’est pas de ce monde? Faut-il croire que Jésus-Christ n’a eu en vue que l’ordre spirituel ? Impossible. J'aime mieux croire qu'il a voulu dire: Mon royaume, c’est-à-dire mon gouvernement, ma société n’est pas de cet ordre (24 rourou oœuov), de l'espèce des gouvernements actuels. (Cf. ci-dessus, xv, 17). — Au reste, ceci est un exemple entre mille du danger des propositions générales ou mal définies : on y trouve tout ce que l’on veut. Il y a un millier de passages qu’on peut interpréter à volonté de plusieurs façons, à cause de la compréhension multiple des termes. Les partisans de la théocratie, comme les chrétiens qui veulent la séparation du temporel et du spirituel, peuvent trouver ici de quoi se satisfaire.

102 ÉVANGILE é

pour m’empêcher de tomber entre les mains des Juifs; mais mon royaume n’est point d'ici. À À

37. Pilate lui dit alors : Vous êtes donc Roi? Jésus lui repartit : Vous le dites, que je suis Roi. C'est pour cela que je suis né, et que je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité; quiconque appartient à la vérité, écoute ma voix.

38. Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité? Et, ayant dit ces mots, il sortit encore pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en cet homme (k).

39. Mais, comme c’est la coutume que je vous délivre un crimi- 4 la fête de pâque, voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs?

40. Alors ils se mirent de nouveau à crier tous ensemble : Nous ne voulons point celui-ci, mais Barabbas. Or Barabbas était un voleur (l).

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