CHAPITRE XVII
Jésus dans le jardin. Juifs renversés. Jésus pris ct mené chez Anne, et de
Ja chez Caïphe. Reniement de saint Pierre. Jésus devant Pilate. Barabbas préféré.
1. Jésus, ayant dit ces choses, s’en alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.
2. Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là, parce que Jésus y avait souvent été avec ses disciples (a).
se dire encore que Jésus, en parlant de lui, passe du sens propre au sens figuré, entendant tour à tour la doctrine et lui-même.
Une chose à remarquer, c’est qu’il n’est pas du tout question dans l'Évangile de Jean de l'institution eucharistique la veille de la mort de Jésus. Au soin que prennent les trois autres évangélistes, et saint Paul ([ Cor, x1, 24) de la placer à ce même jour et de. la faire coincider avec la manducation de l'agneau pascal, à l’omission non moins affectée de Jean, on voit que le point de vue des narrateurs n’est plus le même. Pour les uns, l'essentiel de la nouvelle foi est dans la révolution du culte et l’abrogation du sacrifice; pour le dernier, ce . qui importe est la doctrine du Verbe. Du reste, Jean n’a pas
ignoré ce qui a donné lieu à l'établissement de l’eucharistie, mais il le raconte autrement (cf. plus haut, vi), où il réfute | tout le fétichisme eucharistique introduit par Paul et les autres. (Cf. Paul, I Cor., x et xr, notes.
(a) Cf. plus haut, vi, 65-71, et Marc, x1v, 18. On voit en Judas un homme longtemps en suspens, mais à la fin poussé à bout, et qui se dit : Décidément cet homme est un imposteur | (cf. plus haut, xm, 2, note b). Cette trahison patriotique de . Judasforme contre Jésus un témoignage terrible quil'écrase. Nt | le Jésus de Renan, ni celui de Strauss n'y échappent. Mais en
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3. Judas, ayant donc pris avec lui une compagnie de soldats, et des gens envoyés par les princes des prêtres et les pharisiens, vint en ce lieu avec des lanternes, des flambeaux et: des armes.
4. Mais Jésus, qui savait tout ce qui devait jui arriver, vint audevant d’eux, et leur dit : Qui cherchez-vous ?
5. Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Or Judas, qui le trahissait, était aussi là présent avec eux.
6. Lors donc que Jésus leur eut dit : C’est moi; ils furent renversés, et tombèrent par terre (b).
7, fl leur demanda encore une fois : Qui cherchez-vous ? Et ils lui dirent : Jésus de Nazareth.
8. Jésus leur répondit : Je vous ai dit que c’est moi. Si c’est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci ; 3
9, Afin que cette parole qu’il avait dite fût accomplie : Je mai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés.
10. Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira, en frappa un des gens du grand-prêtre, et lui coupa l'oreille droite ; et cet homme s'appelait Malchus (c).
11. Mais Jésus dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau; ne faut-il pas que je boive le calice que mon Père m'a donné (d) ? Ê
12. Les soldats et leuï capitaine, avec les gens envoyés par les Juifs, prirent donc Jésus, et le lièrent, :
43. Et ils l'emmenèrent premièrement chez Anne, parce qu'il était beau-père de Caïphe, qui était grand-prêtre, cette année-là.
1%. Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Qu'il était utile qu’un seul homme mourût pour fout le peuple (e).
prenant Jésus pour un anti-Christ, tel que je le conçoiïs, la
moralité du maître est sauvée, bien que Judas reste excusable. Jésus était trop haut pour être compris.
(b) J'admets la surprise. La chute est de trop.
(c) Mauvaise plaisanterie.
(d) Voir Matthieu, xxvi, 52 : la réflexion est tout autre.
(e) Gf. la note plus haut, xr, 48-50. Caïphe raisonne ici et
parle d’après les idées de l’évangéliste. Il à l’air de dire que
Jésus se doñnant pour Messie, et cela pouvant éveiller la colère de Rome, il faut le sacrifier à la paix publique. Témoignage très-avantageux pour les Chrétiens de l’an 71 à 100, en effet, mais qui m’en est pas moins en contradiction fla-
15. Cependant Simon-Pierre suivit Jésus, comme aussi un autre disciple, qui, étant connu du grand-prêtre, entra avec Jésus dans la maison du-grand-prêtre ;
16. Mais Pierre demeura dehors, à la porte. Alors cet autre disciple, qui était connu du grand-prêtre, sortit, et parla à la portière, qui fit entrer Pierre.
17. Cette servante, qui gardait la porte, dit done à Pierre : N'êtes-vous pas aussi des disciples de cet homme ? Il lui répondit : Je n’en suis point.
18. Les serviteurs et les gens qui avaient pris Jésus étaient
- auprès du feu, où ils se chauffaient, parce qu'il faisait froid. Et Pierre était aussi avec.eux, et se chauffait.
19. Cependant le grand-prêtre interrogea Jésus, touchant ses disciples et touchant sa doctrine.
20. Jésus lui répondit : J'ai parlé publiquement à tout le monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent; et je n’ai rien dit en secret (f).
21. Pourquoi donc m'interrogez-vous? Interrogez ceux qui m'ont entendu, pour savoir ce que je leur ai dit. Ce sont ceux-là qui savent ce que j'ai enseigné (g).-
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grante avec le rôle véritable de Jésus, avec ses paroles et aver la nature de l’accusation diamétralement opposée, portée contre lui par les prêtres. (Cf. plus bas, 20, 33-34,.36, et Lucy n,591)
(f) 1 n’est question ici que de doctrine ; pas un mot de la messianité. On dirait qu'entre Caïphe et Jésus, l’un pontife, l’autre prophète, il n’y a pas de doute à ce sujet. Le Messie n’est pas un rabbin; toute confusion est impossible. Or, la messianité personnelle de Jésus écartée, que reste-t-il? Ce n’est pas d’avoir prêché la morale, guéri des infirmes, chassé des démons, préconisé la pénitence et les bonnes œuvres qu'on peut lui faire un crime. C’est de transformer l'opinion du Messie-roi en une théorie sociétaire : ce qui n’allait à rien de moins qu’à renverser la puissance sacerdotale et refroidir le zèle patriotique des Hébreux. (Cf. plus bas, 36; Marc, xiv et xv; et Luc, ur, 52).
(g) Réflexion juste : il faut commencer par une enquête et citer des témoins.
22, Comme il eut dit cela, un des officiers qui élait là présent donna un soufflet à Jésus, en lui disant : Est-ce ainsi que vous répondez au grand-prêtre ? AID à
23. Jésus lui répondit : Si j'ai mal parlé, faites voir le mal que j'ai dit; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ?