CHAPITRE XXII
Festin des noces. Robe nuptiale. Dieu et César. Résurrection. Amour de Dieu et du prochain. Le Messie, Fils et Seigneur de David.
1. Jésus, parlant encore en paraboles, leur dit : 2. (a) Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui, voulant faire les noces de son fils,
() Vers. 42 et suiv. — Discours supposé. La rédaction de l'Évangile de saint Matthieu fut postérieure à la prédication aux Gentils. Au reste, Jésus-Christ put prévoir que sa doctrine, rejetée par les Juifs, réussirait mieux auprès des païens. (CF. la note, Luc, xx, 16.)
(@)Voir, pour les variantes, Luc, xiv.— Cette parabole tombe ici à plomb sur les pharisiens, prêtres, etc., appelés par le
3. Envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui étaient conviés; mais ils refusèrent d'y venir. ,
4, Il envoya encore d’autres serviteurs avec ordre de dire de sa part aux conviés : Jai préparé mon diner ; j'ai fait tuer mes bœufs et tout ce que j'avais fait engraisser; tout est prêt; venez aux noces.
5. Mais eux, ne s’en mettant point en peine, s’en allèrent, l’un à sa maison de campagne, et l’autre à son négoce;
6. Les autres se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent, après leur avoir fait plusieurs outrages.
7. Lé roi, l’ayant appris, en fut ému de colère; et, ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers, et brûla leur ville.
8. Alors il dit à ses serviteurs : Le festin des noces est tout prêt, mais ceux qui y avaient été appelés n’en ont pas été dignes.
9. Allez donc dans les cagrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez.
10. Ses serviteurs, s’en allant alors par les rues, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais; et la salle des noces fut remplie de personnes qui se mirent à table.
11. Le roi entra ensuite, pour voir ceux qui étaient à table; et y ayant aperçu un homme qui n’était point revêtu de la robe nuptiale,
42. Il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale? Et cet homme demeura muet.
13. Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.
1%, Car il y en a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. .
15, Alors les pharisiens, s'étant retirés, firent dessein entre eux de le surprendre dans ses paroles,
16. Ils lui envoyèrent donc leurs disciples, avec les hérodiens, Jui dire : Maitre, nous savons que vous êtes véritable, et que vous
Seigneur et ses prophètes, et dont les derniers du peuple viennent prendre la place.
C’est en effet la grande originalité de la prédication de Jé : sus, qu’elle s'adresse aux petits, aux pauvres, voire même aux pécheurs.Il y revient fréquemment (cf. plus haut, x1,25). Socrate lui-même instruisait les bons bourgeois d'Athènes; il ne s’adressait point à la canaille ni aux esclaves. Plus tard, les Pauliniens ont fait de cette parabole une attaque contre les Juifs, auxquels est préférée la gentilité.
enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit; parce que vous ne considérez point la personne dans les hommes.
17. Dites-nous donc votre avis sur ceci: Nous est-il libre de payer le tribut à César, ou de ne pas le payer? À
18. Mais Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous? : |
49. Montrez-moi la pièce d'argent qu’on donne pour le tribut. Et eux lui ayant présenté un denier,
20. Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription ?
21. De César, lui dirent-ils. Alors Jésus leur répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (b).
(b) Vers. 15-21, —La question était en effet scabreuse : il s'agissait de savoir si un Juif, un vrai Israélite, pouvait reconnaître la domination romaine. Jésus se tire d'affaire en rétorquant l'argument. De qui est votre monnaie ? demande-t-il. — De César.— Donc, si vous acceptez vous-mêmes la monnaie de César, acceptez César. À fripon, fripon et demi.
Mais, comme dit l’école, reforsio non est responsio. La question reste entière. En acceptant la monnaie de César, nous cédons à la nécessité, comme en nous soumettant à son pouvoir, nous cédons à la force. Or, si nous étions les plus forts, que ferions-nous ? C'est à cela que Jésus ne répond pas, car il est évident que lui-même, s’il était le plus fort, il userait de la force. (Voir la parabole de la zizanie, plus haut, x, 24-30.)
La réponse que fait ici Jésus rentre dans celle que nous lui verrons plus bas faire à Pilate : Mon royaume n’est pas de ce monde; là, comme ici, il ne fait que céder à la force; là commence cette séparation du spirituel et du temporel, développée par saint Paul (Rom., xx, 1 et suiv.), et qui aboutit à la reconnaissance de toute tyrannie, à la théorie du droit divin. Dès lors, en effet, que le royaume de Jésus n’est pas de ce monde, que c’est celui de l'esprit, tandis que le royaume de César est celui de la force, auquel tout chrétien doit se soumettre comme à une chose établie de Dieu, il n’y a plus de raison pour le fidèle de s'occuper de la chose pu-
22. L’ayant entendu parler de la sorte,.ils admirèrent sa réponse; et, le laissant, ils se retirèrent.
..23. Ce jour-là (c), les sadducéens, qui nient la résurrection (d), vinrent le trouver, et lui proposer une question,
24. En lui disant : Maître, Moïse a ordonné que si quelqu'un mourait sans enfants, son frère épousât sa femme, et qu’il suscitàt des. enfants à son frère mort.
25. Or il y avait parmi nous sept frères, dont le premier, ayant épousé une femme, est mort; ef, n'ayant point eu d'enfants, il a laissé sa femme à son frère.
26. La même chose arriva au second et au troisième, et à tous les autres, jusqu'au septième.