il ajouta {encore à tous ses
crimes celui de faire mettre Jean en prison.
Matthieu fait deux fois mention de l’emprisonnement de Jean- Baptiste par Hérode; une première fois (IV, 12), lorsqu'il rapporte que Jésus, en apprenant cette nouvelle, se retire en Galilée; une seconde fois (XIV, 3), à. l'endroit où il raconte qu'Hérode croit voir en Jésus Jean-Baptiste ressuscité. Ni dans l’une ni dans Pautre circonstance, Luc ne parle de cet emprisonnement; il semble que ce soit de sa part un parti pris, et quil veuille écarter tout ce qui aux yeux des chrétiens pourrait être défavorable à Hérode. (Voy. notre note, Luc, XXII, 6-12, et ci-dessous, Annexe HH.)
Les versets ci-dessus 19 et 20 sont une simple annotation destinée à rappeler le fait que Luc a omis. On ne peut expliquer autrement leur présence dans le texte; car ils ne se rattachent pas à la suite du récit; au contraire ils l'interrompent.
ANNEXE (CC. — Luc, VF, 39.
39. Et il n’y a personne qui, bu- | tôt) du nouveau; parce qu'il dit : Le vant du vin vieux, veuille (aussi- | vieux est meilleur.
Ce verset n'est qu'une glose fort irrévérencieuse, mise autrefois par quelque Juif goguenard en marge d'un exemplaire de l'Évangile de Luc, et qu’un copiste malavisé a insérée dans le texte, sans savoir ce qu'il faisait. Le sens en est évidemment que le vin vieux de Moïse vaut mieux que le vin nouveau de Jésus. C’est donc une épigramme à l'adresse des chrétiens, bien loin que ce puisse être une expression de la pensée de Jésus. Les anciens eux-mêmes n’ont pas été sans le soupçonner, et bien qu'ils ne l’aient pas dit tout haut, et qu’enchaînés par leur respect pour le texte sacré, ils n’aient pas osé rejeter ce passage, du moins ont-ils essayé de le modifier, et pour cela ils y ont introduit le mot «aussitôt » (statimr, ebbéws ): Qil n’y à personne qui buvant du vin vieux veuille aussitôt du nouveau, » Avec cette addition en effet la phrase devient un peu moins choquante. Le vin nouveau n’est pas absolument repoussé ; seulement il n’est pas tout de suite accepté. Mais outre que, même avec cette modification, la réflexion ne se conçoit pas de La part
+ né
de Jésus, le mot eÿléws est absent d’un grand nombre de manus-
crits grecs. Tischendorf ne l’a admis ni dans son édition de Paris
(Didot 1842), ni dans sa Synopsis Evangelica.
ANNEXE DD. — Luc, VII, 29-30.
29. Tout le peuple et les publi- 30. Mais les pharisiens et les cains, l'ayant entendu, ont justifié | docteurs: de la loi ont méprisé le la conduite de Dieu, ayant été bap- | dessein de Dieu sur eux, ne s'étant tisés du baptême de Jean. point fait baptiser par Jean.
Autre glose introduite dans le texte par mégarde, et de plus introduite à une place où elle ne convient pas. En effet, la réflexion du glossateur se rattache évidemment à ce que dit Jésus quelques lignes plus bas (VIE, 33) au sujet de Jean-Baptiste : « Vous avez dit de lui : il est possédé du démon, ete. » Le glossateur répond que les pharisiens et les docteurs de la loi ont méconnu Jean-Baptiste, mais que le peuple et les publicains ne l’ont pas méconnu.
ANNEXE LE. — Luc, XI, 30.
30. Car comme Jonas fut un signe | l’homme en sera un pour cette gépour ceux de Ninive, ainsile fils de | nération.
C'est là une interprétation très-simple et très-juste de ce que vient de dire Jésus : «Il ne leur sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas (XIE, 29). » Mais par cette raison même, ce ne peut être la propre parole de Jésus. S'il eût voulu manifester aussi clairement sa pensée, Jésus se fût borné à dire : « Cette générâtiou demande un signe: le Fils de l'homme sera lui-même un signe pour elle. » À quoi bon'en effet donner à sa pensée le voile d'un symbole pour aussitôt après le retirer?
Luc, avec ce que nous connaissons de l'espèce de sagacité qui lui est propre, n’a pas pu commettre cette inconséquence, Ce n’est pas lui non plus qui aurait pu écrire ces mots, sous forme d’annotation, à la suite du discours de Jésus. Îl ne nous reste donc qu'à
y voir une glose mise là par une main étrangère, et introduite dans le texte par un copiste maladroit.
ANNEXE FF. — Luc, XI, 41.
&1. D'ailleurs donnez l’aumône | choses seront pures pour vous. de ce que vous avez, et toutes
Encore une annotation qui a passé dans le texte. Elle se rattache d’ailleurs, non pas au verset 40 qu'elle suit, mais au verset 42 qu'elle précède. «Malheur à vous, pharisiens, qui payez la dime de la menthe, de la rue et de toutes les herbes, et qui négligez la justice et l'amour de Dieu. »
De Sacy a traduit «néamoins donnez l’aumône, etc.» ; mais les particules latine et grecque (verumtamen, — Tv) sont ici beau-
coup mieux rendues par « d'ailleurs ».
ANNEXE (Gr. — Luc, XII, 32.
32. Ne craignez point, petittrou- { de vous donner son royaume. peau; car il a plu à votre père
Autre annotation qui a passé dans le texte. C’est une réponse à la parole de Jésus, contenue au verset précédent :. « Cherchez done le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît. » La réflexion se conçoit fort bien de la part d’un annotateur, mais non de la part de Jésus. Tout au contraire elle interrompt la suite naturelle du discours entre le verset 31 et le verset 33,
Tout ce passage n’est d’ailleurs qu’un assemblage de fragments du Discours sur la montagne empruntés à Matthieu. Celui-ci seul fait exception.
ANNEXE HH. — Luc, XIII, 31-33.
, #, 31. Le même jour quelques-uns | car Hérode veut vous faire mourir. ‘des pharisiens vinrent lui dire: 92. Il leur répondit : Allez dire à Allez-vous-en, sortez de ce lieu, | ce renard : J'ai encore à chasser les
démons, et à rendre la santé aux | tinue à marcher aujourd’hui et de-
malades aujourd’hui et demain, et | main, etle jour d’après; car ilne
le troisième jour je serai consommé | faut pas qu’un prophète souffre la
par ma mort. mort ailleurs que dans Jérusalem. 33. Cependant il faut que je con-
Nous avons déjà dit ci-dessus (Annexe BB) que Luc, probablement par hostilité contre les Juifs et par égard pour les Romains, avait supprimé ce qui, dans l'Évangile de Matthieu, pouvait jeter quelque défaveur sur Hérode. Matthieu a parlé de l'emprisonnement et de la mise à mort de Jean-Baptiste (Matth., IV, 49, et XIV, 3, 10) et du mariage d'Hérode avec la femme de son frère (Matth., XIV, 3); enfin de ses mauvaises intentions à l'égard de Jésus (Matth., XIV, 4,2 et 13). Luc n'a rien dit de ces diverses circonstances, sauf un mot sur la mort de Jean-Baptiste (IX, 9). | Tout au contraire il a représenté Hérode comme désireux de voir Jésus (Luc, IX, 9), et il l’a fait intervenir dans le drame de la passion pour reconnaître et proclamer l'innocence de Jésus. (Luc, XXII, 7-15). |
Ici l’auteur des versets XIH, 31-33 a voulu suppléer au silence de Luc en ce qui touche les mauvaises intentions d’'Hérode à l'égard de Jésus. Mais il n'a pas été habile à dissimuler l’interpolation. D'abord le style est tel que Luc, quels que soient les défauts qu'on ait parfois à lui reprocher, n’a cependant pas mérité qu’on puisse mettre à son compte un pareil fatras : « Allez dire à ce renard, etc. » — Puis la scène est placée en Galilée : «Sortez de ce dieu, car Hérode veut vous faire mourir. » Or, en ce moment, depuis quelque temps déjà, Jésus est sorti de Galilée et marche vers Jérusalem. (Voy. Luc, IX, 51, 57: X,38; XIIL, 22.)
Enfin, même en ne tenant pas compte de cette incohérence, à l'endroit où il figure dans le texte, notre fragment est évidemment déplacé. IL sépare les deux versets (Luc XHF, 30, et XIE, 34), qui sont faits pour se suivre (voy. notre Texte comparatif), tandis que lui-même n’a rien de commun ni avec l’un ni avec l'autre, si ce n’est, avec le dernier, le nom de Jérusalem. Cette coïncidence est
même très-certainement ce qui a déterminé le rapprochement des
deux textes, autrement sans rapport entre eux.
L'anomalie toutefois, nous legeconnaissons, ne peut provenir que de la bévue d’un copiste, et notre fragment, dans la pensée de son auteur, a probablement dû se rattacher au verset 22, placé un peu plus haut : « Et il allait par les villes et Les villages, enseignant et s’avançant vers Jérusalem.» A cet endroit, notre interpolateur a pensé qu’il pouvait être bon de rappeler la circonstance qui avait déterminé Jésus à sortir de la Galilée et par suite à se diriger vers Jérusalem, c’est-à-dire la persécution d'Hérode on du moins la crainte de cette persécution. (Voy. Matth., XIV, 4, 2,13.) I Pa fait, ‘14 comme nous l'avons dit, sous une forme détestable: mais du moins, reporté à cette place, notre fragment a quelque à-propos, tandis qu'il n’en a aucun à la place qu’il occupe dans letexte vulgaire. À
ANNEXE LL, — Luc, XVI, 10-12.
10. Celui qui est fidèle dans tes | fidèles dans les richesses injustes, petites choses, sera fidèle aussi | qui voudra vous confier les véridans les grandes; et celui qui est | tables?
injuste dans les petites choses, sera 12. Et si vous n'avez pas été injuste aussi dans les grandes. fidèles dans un bien étranger, qui
11. Si donc vous n'avez pas été | vous donnera le vôtre propre?
Il suffit de lire, avec des yeux non prévenus, ces versets à la suite de la parabole de l'économe infidèle pour y reconnaître une critique franche et formelle de la moralité de cette parabole. L'auteur a résumé, en quelques réflexions justes et simples, les pensées que ce singulier morceau ne peut manquer d'inspirer à quiconque voudra le juger d’après les règles les plus vulgaires du bon sens et de la justice. On comprend aussi que les commentateurs aient été embarrassés pour trouver dans ce fragment un développement de la parabole elle-même. (Voy. notre note à Luc, XVI 8.)
ANNEXE MM. — Luc, XVII, 95.
25. Mais il faut auparavant qu'il | souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par ce peuple.
| Ce verset fait partie du discours dans lequel Jésus explique à ses disciples quels seront les signes qui précéderont son avénement. Or, son avénement n’est attendu que parce que Jésus a déjà auparavant annoncé à ses disciples : «Qu'il fallait que le Fils de l’homme soutfrit beaucoup, qu’il füt rejeté par les Anciens, les principaux des prêtres et les docteurs de la loi; qu'il fût mis à mort; après quoi il ressusciterait le troisième Jour » (Luc, IX, 22). Ses disciples savent donc à l’avance qu'avant de reparaitre ou plutôt avant de mourir, Jésus doit souffrir et être rejeté, et Jésus n’a aucun motif de le leur rappeler en ce moment.
D'ailleurs le verset 25 interrompt la suite du discours; il ne peut
se trouver à cette place que par suite d’une interpolation mal-
adroite.
ANNEXE NN. — Luc, XVII, 33.
33. Quiconque cherchera à sau- | ver sa vie la perdra; et quiconque la perdra la sauvera.
Cette réflexion s’applique à l’histoire de la femme de Loth, et en elle-même l'application est juste. Mais dans le discours de Jésus, où la mention de cette histoire n’est qu'un accessoire, cette réflexion additionnelle est tout à fait déplacée. Ce peut être l’annotation d'un glossateur, mais non point un développement venu de l'auteur lui-même. Cela est d'autant moins probable que ce verse ou du moins le verset parallèle de Marc a déjà été mséré par Luc à sa place naturelle (Luc, IX, 24).
ANNEXE OO. — Luc, XVII, 8.
vous qu'il trouve la foi sur la terre?
Re Mais lorsque le Fils de l’homme viendra, pensez-
h € HA BEUS 4ù NP OT re x N »” ITS “ L2 Le af s
I est impossible d'établir aucun lien logique entre cette phrase et celle qui précède. «Je vous déclare que Dieu fera justice à ses élus dans peu de temps.» Ge ne peut être que lannotation d'un sceptique qui, à voir l’avénement du Fils de homme incessamment différé et la foi faiblissant chez plusieurs, se demande s il y at encore de la foi sur la terre lorsque le Fils de l’homme ts
ANNEXE RR. — Luc, XXII, 3
31. Car, s'ils traitent de la sorte le | bois vert, comment le bois sec serat-il traité ?
assurément ce ne peut e. être Jésus lui-même. D ‘ailleur é qui tent à l’étrangeté de l’expression, il suffit de lire la p: allocution contenue aux versets 28-30 pour comprendre qu elle ne peut aboutir à cette froide réflexion. (Voy. de Wette : Erklærung, Luc, XXII, 26-34.) |
BE L'EVANGILE SELONÉLUC