‹ Les Évangiles ... première partieChapitre 280 sur 303 · DR FOIE · texte numérisé non relu

DR FOIE

« Alors un docteur de la loi s’étant levé, lui dit pour le tenter...» — (Voy. notre Examen, p. 225.)

— PARABOLE DU MAUVAIS PRÊTRE ET DU BON SAMARITAIN. — La conclusion de cette parabole célèbre est que tout homme, quel que soit son rang, son culte, sa nation, peut être notre bienfaiteur, et que le bien qu’il nous fait mérite notre reconnaissance.

C’est là une bonne et incontestable vérité, d’autant plus opportune ici qu'elle sert à combattre les préjugés étroits et orgueilleux des Juifs à l’égard des étrangers. Mais, ceci concédé, il faut bien reconnaître que Luc, en voulant faire de cette parabole une réponse à la question du docteur: «qui est mon prochain?» a commis un de ces paralogismes qui lui sont habituels, Jésus n’a pas attendu jusqu'ici pour enseigner qui est le prochain, le prochain que nous devons aimer comme nous-même. « Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, a-t-il dit, quelle récompense en aurez-vous? Les publicains ne le font-ils pas aussi? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que les autres? Les Gentils ne le font-ils pas aussi? Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux quivous haïssent; priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. (Matth., V, 46, 47, 44 — Luc, VI, 32-35.) Notre ennemi lui-même est donc notre prochain, et non pas seulement celui, comme le veut Luc, « qui a exercé la miséricorde envers nous. » (Luc, X, 37.)

Il est vrai que Jésus ajoute aussitôt, en s’adressant au docteur : « Allez, et faites de même », et c’est là en réalité que Luc a voulu en venir. Sa pensée est évidemment que l’amour du prochain doit

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se manifester par des actes, par la miséricorde exercée envers lui. Cela est juste, mais cela n’est pas la réponse à la question du docteur : « Qui est mon prochain? » La conclusion ne s'adapte pas aux prémisses.

— XI, 1-h —

— La PRIÈRE AU PÈRE. — [En comparant ici le texte de Luc avec celui de Matthieu placé en regard, on reconnaitra facilement plusieurs omissions dans le premier. Ont-elles été faites avec intention, ou bien sont-elles l'effet d’un simple caprice ? Nous ne saurions le dire. Quoi qu’il en soit, pour que Luc se soit permis une modification qui . nous paraît aujourd’hui si grave, il faut que l’Oraison dominicale n'ait pas eu de son temps, pourles Chrétiens, l'autorité qu’elle a eue depuis.

Luc a également omis le passage qui, dans le Discours sur la montagne vient avant l’Oraison : « N’affectez pas de parler beaucoup dans vos prières, comme font les Gentils qui s’imaginent que c'est par la multitude des paroles qu'ils seront exaucés.» (Maith., VI, 7-8.) À cette omission on aperçoit tout d’abord une première raison, la crainte de blesser les Gentils. Mais il y en a peut-être une autre qu’un peu d'attention révèle ; c’est le besoin de faire disparaître la contradiction plus ou moins réelle qui se trouve entre ces paroles, et celles qui viennent un peu après dans le Discours sur la montagne « demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez; frappez, on vous ouvrira. » (Matth., VII, 7-11.) Il y a d'autant plus de raison de le croire que Luc a ensuite relié la prière au père avec le fragment dont nous parlons. (Luc, VII, 9-13.)

M da RS « Et ne nous induisez point en tentation. » (£t ne nos inducas in . \ \ ù [à € Dé ? ve / tentalionem. — Kat (Li ELGEVÉYANS AUAGÇ EL TELpAGp.OY. )

De même, que dans le premier Évangile, de Sacy à traduit ici : «Et ne nous abandonnez pas à la tentation. »

— PARABOLE DE L'AmI imPorTux. — Cette parabole n’est introduite ici, que comme un moyen de relier la prière au père avec le fragment qui suit. Ni sous le rapport du style, ni sous le rapport de Pinvention elle n’a rien de remarquable, et comme toutes les paraboles de Luc, a pour thème une sentence de Matthieu : « Quiconque demande reçoit, etc. »

— RÉPONSE DE JÉSUS À CEUX QUI L’ACCUSENT DE CHASSER LES DÉMONS PAR LA VERTU DE BÉELZÉBUB, ET À CEUX QUI LUI DEMANDENT UN PRODIGE.

Chez Matthieu, le passage dont celui-ci est la reproduction se rattache à celui qui Le précède par cette circonstance, que, dans l'un comme dans l’autre, ce sont les pharisiens qui sont en scène, et s’attaquent à Jésus. Dans le premier passage, les pharisiens lui reprochent de violer le sabbat, et par leurs complots l’obligent à se retirer; dans le second, ce sont encore eux qui l’accusent de chasser Béelzébub par la vertu de Béelzébub lui-même; ce sont eux encore, qui lui demandent de leur faire voir un prodige, Luc, qui a laissé le premier passage à sa place naturelle (Luc, VI, 4-44), déplace, on ne voit pas bien pourquoi (a), le second passage, et le reporte ici à sa Section dogmatique. En même temps, il supprime l’intervention des pharisiens, qui cependant est dans ce cas un point capital, et à leur place, il substitue « quelques-uns » (XI, 45) et « le peuple » (Xf, 29) ; puis il fait la remarque que le sujet est double, qu'il s’agit à la fois du reproche au sujet de Béelzébub chassé par Béelzébub, et ensuite de la demande d’un prodige (XE, 15); ïl retranche tout un fragment (Matth., XIE, 33-37), parce qu'il Pa déjà fondu avec un passage analogue du Discours sur la montagne (Luce, VI, 43-43) ; et intervertit les deux fragments restants (Matth., XIL, 43-45 =Luc, XI, 24-26), et (Matth., XI, 38-42 Luc. XI, 28-31)

(a} Voy. cependant ci-dessus Luc, IX, 49, uote

sans que le nouvel arrangement soit ni plus ni moins logique que ne l'était l'ancien ; enfin, entre ces deux fragments ainsi intervertiss il intercale un incident qui semble original (Luc, XI, 27-28), mais qui, en réalité, n’est qu’une refonte de la scène, où Jésus, rappelépar sa mère et ses frères, s’écrie : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère.» Or, cette scène a déjà été rapportée d’après Marc et Matthieu, par Luc lui-même (VII, 49-23). :

On a maintenant une juste idée de la manière dont Luc a traité le fragment de Maithieu (XII, 22-42) en le reportant à sa Section dogmatique. Qu’y a-t-il là de gagné? ou seulement quel a pu être le but de l’auteur? nous ne saurions le dire.

À ce fragment de Matthieu, Luc (XI, 33-35) en a d’ailleurs joint deux autres beaucoup plus courts : « Ou n’allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, etc.» (Matth., V, 45), et celui-c1 : « Votre œil est la lampe de votre corps, etc. » (Matth., VI, 22-23), sans doute parce qu’ils lui ont paru avoir quelque rapport avec cette demande d’un signe qu'une génération méchante adresse à Jésus. Les deux derniers versets sont d’ailleurs comme égarés à la place qu'ils occupent dans le premier Évangile, et le verset (Matth., V, 13) tient à un passage que Luc a démantelé,

Il y a une erreur dans la disposition relative des deux versets. Comme chez Matthieu, le second, celui relatif aux Ninivites, devrait venir le premier, parce qu’il se rattache à la mention du nom de

Jonas.

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