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CREUSE

« Si donc votre corps est tout lumineux, etc. » — Tel qu'il se lit aujourd’hui, ce verset est une véritable tautologie. En effet 1l va de soi que «si votre corps est lumineux, le tout sera lumineux. » De plus, la comparaison de la fin n’a pas de sens; si votre corps est lumineux par lui-même, on ne peut pas dire que ce soit «a comme

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lorsqu'une lampe vous éclaire par sa lumière. » Mais il est probable que le commencement du verset a été altéré, et que, dans la pensée de l’auteur, il devait y avoir « si donc votre œil est tout lumineux. » Avec cette correction, on comprend le rapport de notre verset avec les deux précédents , et la comparaison de la fin s’explique d’ellemême. |

De Sacy a traduit : « Si votre corps est tout éclairé. » Il l’a fait évidemment, pour rétablir, aussi bien que possible, le rapport entre le commencement et la fin du verset ; mais poreuwôv veut dire lumineux, et non pas éclairé.

— ReProCHES DE JÉSUS AUX PHARISIENS ET AUX DOCTEURS DE LA LOI. —

Ce passage résulte de la combinaison et de l'arrangement de deux fragments de Matthieu. Dans le premier (Matth., XV, 1-2), on voit les scribes et les pharisiens faire un reproche à Jésus de ce que ses disciples, au mépris de la tradition , ne lavent point leurs mains avant le repas. Luc, qui probablement n’a pas pensé que la controverse au sujet de la tradition püt avoir grand intérêt pour ses lecteurs, l’a passée sous silence (Voy. notre Examen, p. 204), maïs il en a gardé le préambule pour l'utiliser ici, sauf à y faire quelques modifications. Le second fragment est le discours d’objurgations que Jésus prononce devant le peuple contre les pharisiens (Matth., XXII, 1-35). Plus loin Luc rapportera ce même discours à sa place naturelle (Luc, XX, 45-47), mais en faisant usage du texte abrégé de Marc. (Voy. notre Examen, p. 236.) Ici 1l emploie le texte de Matthieu , et associe le discours ainsi composé au premier fragment que nous avons mentionné. Il suppose, comme il a déjà fait tout à l'heure (Luc, VIT, 36), que Jésus a accepté l’invitation que lui à faite un pharisien de prendre place à sa table; le pharisien, ne le voyant pas se laver les mains avant le repas , se demande en lui-même pourquoi il en agit ainsi; et c’est à propos de cette réflexion tacite, que Jésus se laisse aller à cette violente sortie contre le système re-

ligieux des pharisiens.

Nous avons dit précédemment que Luc avait commis une invraisemblance en supposant un pharisien invitant Jésus à sa table, et Jésus acceptant l'invitation. Si quelque doute pouvait rester à cet égard, notre récit le ferait disparaître; car il prouve clairement, d’après le témoignage même de Luc, que Jésus, en s'asseyant à la table du pharisien, ne pouvait éviter de choquer les habitudes et de blesser les croyances de son hôte. Mais Luc n’y regarde pas de si près, et le discours d’objurgations qu’il met dans la bouche de Jésus à cette occasion est une bien autre inconvenance. Chez Matthieu ce discours est prononcé en public, probablement devant le temple. II est l'éclat d’une douleur et d'une indignation longtemps comprimées. C’est un défi jeté aux adversaires, par les mains desquels Jésus est décidé à périr, afin de délivrer le peuple après être ressuscité triomphant. Ici donc la situation explique l’audace et la véhémence du langage. Mais, dans la salle à manger de notre pharisien, ce même langage n’a plus ni vraisemblance ni excuse.

Ce qui n’est pas moins invraisemblable, c’est le dénoûment. Chez Matthieu, après que Jésus a adressé aux pharisiens cette péroraison fulminante : « C’est pourquoi je vais vous envoyer des prophètes, des sages et des scribes , et vous tuerez les uns, ete... » tout est dit entre lui et les pharisiens. Eux ne songent plus qu’à le faire périr, lui-même ne songe plus qu’à mourir. Mais Luc a changé tout cela : « Comme il leur parlait de la sorte, dit-il, les pharisiens et docteurs de la loi commencèrent à le presser vivement et à l’accabler par une multitude de questions, lui tendant des piéges et tâchant de tirer de sa bouche quelque chose qui leur donnât lieu de l’accuser. » (Luc, XI, 53-54.) Luc, ne s'aperçoit pas que pour les pharisiens le temps est passé de comploter, et que le moment d’agir est venu. Ici comme ailleurs, il prouve qu'il n’a plus l'intelligence des scènes qu'il décrit. |

« Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole lui dit... » — Cette intervention d’un docteur de la loi ( vouuxdc), et par site,

l'application aux docteurs de la loi d’une partie de la réponse de Jésus (versets 46 et 52) est une innovation de Luc. Sans doute il a voulu par là jeter plus de diversité dans le récit.

« Certes vous témoignez assez que vous consentez à ce qu'ont fait vos pères, etc. » — Ceci est le contre-pied de ce qui est dit dans le premier Évangile : « Si nous eussions été du temps de nos pères, nous ne nous fussions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes, » (Matth., XXII, 30,) Toutefois, chez Luc, l’argüimentation, fondée sur cette donnée nouvelle, ne vaut pas mieux que celle qui, dans l'Évangile de Matthieu, s'appuie sur l’ancienne. Car si, selon Matthieu, Jésus reproche aux Juifs de constater, par leurs protestations mêmes, «qu’ils sont les enfants de ceux qui ont tué les prophètes, » et par à de se reconnaître solidaires du crime de leurs pères ; selon Luc, Jésus fait ressortir cette solidarité de ce que les Juifs « bâtissent des tombeaux à ceux que leurs pères ont tués. » Or, il semble que cette circonstance devrait venir à la décharge des Juifs, et non pas à leur charge.

\ Ci: XI, 119 ET:

« C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit : « Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, etc. » — C’est pourquoi est motivé dans le passage parallèle de Matthieu, par les deux versets qui précèdent : « Achevez donc de combler la mesure de vos pères, etc. » (Matth., XXIIE, 32-33.) Mais ces deux versets n’ont pas été reproduits chez Luc, et il en résulte que le c’est pourquoi n’a pas de raison chez lui.

L'expression «la sagesse de Dieu » n'existe pas chez Matthieu; il dit simplement «c’est pourquoi je vais vous envoyer des Prophètes. » Comme ce «je vais » semble s'appliquer à Jésus luimême : Luc, pour éviter toute controverse, aura préféré l’expression vague : & la sagesse de Dieu. »

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«Jusqu'au sang de Zacharie...» — Luc a justement supprimé ici l'appellation fautive de « fils de Barachie, » donnée à Zacharie dans l'Évangile de Matthieu. ( Voy. Matth., XXIIT, 35, note.)

« Malheur à vous, docteurs de la loi, etc.» — Ceci est évidemment un verset attardé qui arrive après la péroraison, tandis que sa place naturelle eût été après le verset 46. — Luc l'avait destiné à former avec celui-ci la réponse de Jésus à l'interpellation des docteurs. (Voy. verset 45.) |

« Gardez-vous du levain des pharisiens qui est l'hypocrisie, etc. » — Ce passage est composé de deux fragments de Matthieu (XVI, 6; X, 26-27), ingénieusement combinés, moyennant une légère modification apportée au sens de chacun d’eux. D'abord Luc explique beaucoup plus clairement que ne le fait Matthieu ce qu’il faut entendre par « le levain des pharisiens » (et pour cela il laisse de côté les saducéens). Ce levain c’est « l'hypocrisie. » — Cela fait, 1l détourne un peu de leur sens naturel ces paroles que, dans l'Évangile de Matthieu, Jésus adresse à ses apôtres au moment où il leur donne leur mission : «Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, etc. » et il fait de ces mots un avertissement contre les dangers de l'hypocrisie. Il est vrai que la suite du discours, qu’il contmue de transcrire, ne se prête pas à cette interprétation. Mais Luc se tire d'affaire en isolant ce qui suit, au moyen de ces mots qu'il intercale : «or, je vous dis à vous qui êtes mes amis, etc. » Sans doute les fragments ainsi divisés perdent leur enchaînement naturel, et on n’en saisit plus le véritable objet. Mais Luc à réussi à faire son nouvel arrangement, et pour lui toute la question est là.

DE L'ÉVANGILE SELON LUC.—SECT. ii. 269

« .… devant les anges de Dieu. » — Dans le passage parallèle de Matthieu, il y a : « devant mon Père qui est dans les cieux. » Ceci est un exemple de la propension, bien marquée chez Luc, à la doctrne des anges.

D'ailleurs ces versets ont tout leur à-propos chez Matthieu, où ils s'adressent aux apôtres. Lei rien ne les motive.

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