‹ Les Évangiles ... première partieChapitre 288 sur 303 · LOUE · texte numérisé non relu

LOUE

« Vous diriez à ce mûrier : déracine-toi, et va te planter dans la mer, ete. » — Matthieu a écrit : « Vous diriez à cette montagne :

(a) Voy. dans notre Texte comparatif la note (a), $ LXVIHIT.

transporte-toi d'ici là, et elle s’y transporterait.» Ceci paraît avoir été une locution proverbiale; Luc en la supprimant pour y substi- tuer celle indiquée ci-dessus, donne à la parole de Jésus un caractère hyperbolique qu’elle n’a pas chez Matthieu.

« Nous sommes des serviteurs inutiles.» — Le caractère de cette parabole nous semble indiquer que ni les personnages mis en scène, ni l’auteur lui-même ne sont Israélites. [l y avait, sans aucun doute, de mauvais maîtres chez les Juifs; mais la loi religieuse prescrivait au maître les plus grands ménagements, la plus grande bienveillance à l'égard de son serviteur; le traiter comme le suppose ici l’évangéliste ne pouvait être chose si simple et si natu-

relle; le serviteur lui-même, après sa besogne achevée, n'eûüt pas été si empressé à déclarer «qu’il n’était qu'un serviteur inutile. »

— LE LÉPREUX SAMARITAIN. — On trouve dans l'Évangile de Matthieu l'histoire d’un lépreux , auquel Jésus dit, après lavoir guéri : « Allez vous montrer au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse, afin que cela leur serve de témoignage » (Matth., VILLE, 4-4). L’intention de Jésus, dans cette circonstance, n’est pas douteuse. Il veut reporter sur la religion nationale l’honneur du miracle qu'il vient d'opérer; car il est venu, comme il le dit ailleurs, « non pas détruire, mais accomplir la loi et les prophètes. »

Le récit de Luc est au moins, quant à l’idée principale, un emprunt fait à Matthieu. Jésus rencontre, non pas un, mais dix lépreux, et comme ils lui demandent d’avoir pitié d’eux, il leur dit « d'aller se montrer aux prêtres. » Tandis qu'ils y vont, ils sont guéris. Un seul revient sur ses pas pour rendre grâces à Jésus, en se prosternant devant lui (ÿ 16); celui-là est un Samaritain. Jésus, en le relevant, fait observer que cet étranger est le seul qui soit revenu et qui ait rendu gloire à Dieu, et il ajoute : « Allez, votre {oi vous a sauvé, »

Nous retrouvons ici linconséquence et l’incohérence ordinaire des récits de Luc. En effet, si Jésus ordonne aux dix lépreux d’aller se montrer aux prêtres, c’est que probablement, comme chez Matthieu, il attache à cet acte une importance réelle, et si les lépreux lui obéissent, c'est qu'eux, de leur côté, ont pris sa parole au sérieux. Pour neuf d’entre eux, d’ailleurs, cela est tout naturel, car ils sont Juifs, et doivent: être, par eux-mêmes, tout disposés à s’acquitter d’une obligation légale. Pour le dixième, cela se comprend moins, car il est Samaritain, et comme tel, doit être disposé plutôt à fuir le prêtre qu'à lui aller demander sa guérison. On ne conçoit pas même, à vrai dire, comment Jésus, qui sait quel est cet homme, a pu lui conseiller un acte qui devait blesser toutes ses convictions. Il est vrai que, nonobstant sa foi samaritaine, cet homme se trouve déjà en compagnie de neuf Israélites, et on peut dire que, jusqu’à un certain point, cette première invraisemblance sauve toutes les autres.

Quoi qu'il en soit, si la recommandation adressée par Jésus aux lépreux n’est pas une vaine parole, une vague réminiscence d’un texte non compris du premier Évangile; si chez Luc, comme chez Matthieu, elle indique, de la part de Jésus, cette ferme adhésion à la foi nationale qui est un des caractères principaux de sa doctrine, il est clair que les lépreux, guéris, comme le dit le texte, tandis qu'ils s’acheminaient où Jésus les avait envoyés, ne pouvaient mieux témoigner de leur obéissance, et même de leur reconnaissance envers leur bienfaiteur, qu’en suivant son ordre jusqu’au bout, et en allant « se montrer aux prêtres. » C’est ce qu'ont fait les neuf Israélites ; du moins, on peut l’inférer du silence du texte qui ne leur reproche point d’avoir manqué, sous ce rapport, à ce qu'ils devaient à Jésus. Mais c’est ce que n'a pas fait le Samaritain; car aussitôt, retournant sur ses pas, il est venu «se jeter aux pieds de Jésus, le visage contre terre, et lui rendant grâces. » Pourquoi donc Jésus s’écrie-t-il qu'il n’en est point qui ait rendu grâces à Dieu, sinon cet étranger? Pourquoi dit-il à lui seul : « allez, votre foi vous a sauvé? » Les autres n’ont-ils donc pas également eu foi

en lui, puisqu'à sa voix is se sont mis en marche pour aller se montrer aux prêtres? Et en fait, n’ont-ils pas également été sauvés, comme ont été sauvés la femme hémorroïsse, la femme phénicienne, l'aveugle de Jéricho, auxquels la même parole a été adressée, c’està-dire, n’ont-ils pas été guéris? N’ont-ils pas rendu grâces à Dieu, comme ils le pouvaient, comme ils le devaient, eux Israélites, en allant, conformément à la recommandation de Jésus, se montrer aux prêtres, et, ce qui en est la conséquence nécessaire, en offrant le don prescrit?

C’est qu’en réalité ce n’est plus de la Loi qu’il s’agit ici; c’est de la dévotion nouvelle; ce n’est plus le culte de Dieu qui est demandé, c’est celui de Jésus. Or, nous n’avons pas à apprécier ici cette piété nouvelle qui, dans le christianisme, succéda à l’enseignement direct de Jésus. Qu'on l’approuve ou la condamne, toujours est-il qu'il y a une chose qu’on est en droit d’éxiger de l’évangéliste : c’est qu’il soit, en tout cas, conséquent avec lui-même; c'est qu'après avoir, par la bouche même de Jésus, rendu hommage à l’ancienne Loi, il ne vienne pas faire condamner par Jésus lui-même ceux qui, à cet égard, ont suivi ses avertissements; c’est qu'après nous avoir montré en Jésus le prophète d'Israël, tel que le représente Matthieu, il ne vienne pas aussitôt transformer cette figure en l’espèce de divinité devant laquelle le Samaritain vient se prosterner. Là est le défaut essentiel du récit de Luc, et nous croyons que nos lecteurs le reconnaïitront avec nous.

Au verset XVIL 11, l'auteur essaie de détermmer le lieu de la scène, en disant que : « comme Jésus allait à Jérusalem, il passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée. » C’est une désignation peu compréhensible.

De Sacy à traduit « par les confins de la Samarie et de la Galilée. » Mais cette traduction n’est point exacte.

« Dès à présent le royaume de Dieu est au milieu de vous. » — Ce passage est mis là en opposition avec le discours, ou plutôt les dis-

dd. ss lsmdé, +. mt

DE L'ÉVANGILE SELON LUC. —SECT. Il. 287

cours de Jésus (Luc, XVIL, 22-37; XXI, 8-36), sur son second avénement (Voy. notre Examen, 239).

SIGNES QUI PRÉCÉDERONT L'AVÉNEMENT DU FILS DE L'HOMME. — Tous les versets du chapitre XXIV, de Matthieu (17 et 18 exceptés), qui sont reproduits 11, ne se retrouvent pas dans le texte parallèle de Marc. Tous les autres (c’est-à-dire ceux qui existent à la fois chez Matthieu et chez Marc) ont été employés par Luc, pour composer un autre discours de Jésus (ci-dessous XXI, 8-33), analogue à celui-ci, mais qui toutefois en diffère en ce que le second avénement de Jésus y est subordonné à la destruction préalable de Jérusalem (Voy. notre Examen, p. 237).

« Vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, » c’est-àdire un des jours du second avénement, comme cela ressort du verset 26.

«Et comme il arriva encore dans les jours de Lot...» —C'est sous une autre forme la reproduction de l’idée qui a été exprimée dans les deux versets précédents, reproduction superflue si elle ne servait à préparer ce qui est dit de la femme de Lot au verset 32.

« Si un homme se trouve au haut de la maison, et que ses meubles soient en bas, qu’il ne descende pas les prendre, ete. » — Ge verset est imité des deux versets de Matthieu, XXIV, 17-18: les seuls, nous l'avons déjà dit, dont on ne retrouve pas les équivalents dans le texte parallèle de Marc (Voy. ci-dessus XVII, 22-27, note). Mais Luc n’a pas été heureux dans cette exception faite à la règle qu'il s'était imposée. Il ne s’est pas aperçu, en effet, que les deux versets 17 et 18 s’appliquent, uniquement chez Matthieu, au siège de Jéru-

salem; là, afin de peindre la rapidité de l'investissement, il est tout naturel de dire « que celui qui sera en haut du toit n’en descende point pour emporter quelque chose de sa maison, et que celui qui sera dans les champs, n’en descende point pour prendre ses vêtements» (Matth., XXIV, 17-18). Mais appliqués, comme ils le sont ici, à l’attente du prochain avénement du Fils de l'homme, ces avertissements deviennent absurdes ; car pour entrer dans le royaume de Dieu, il ne peut être question de prendre avec soi ni ses meubles, ni ses vêtements. Il est vrai que pour cette dernière partie, Luc a complétement changé la donnée originale, en écrivant «que celui qui sera dans le champ ne retourne point en arrière » (XVII, 34°). Mais il est probable que ce changement a été tout à fait fortuit; car Luc eût également changé le contexte du verset précédent, s’il s'était proposé de faire disparaître l’impropriété dont nous venons de parler.

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