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« Souvenez-vous de la femme de Lot. » — Ces mots sont là pour confirmer larecommandation qu’a faite l’auteur de ne pas retourner en arrière. La femme de Lot a été punie rien que pour avoir regardé
en arrière.
« Je vous déclare qu'en cette nuit-là, de deux personnes qui seront dans le même lit, l’une sera prise et l’autre laissée, etc.» — Luc a dit plus haut (XII, 37-38) : « Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant... s’il arrive à la seconde, ou à la troisième-veille , et qu'il les trouve en cet état, ces serviteurs-là seront heureux. » C'est de là sans doute que Luc a pris l’idée que l’avénement du Fils de l'homme devait avoir lieu la nuit (Voy. de Wette, Erklærung) , et il poursuit cette idée lorsqu'il dit, que « de deux personnes qui seront dans le même lit, l'une sera prise et l’autre laissée; » mais il devient tout à fait infidèle à sa donnée, lorsqu'il ajoute, en reproduisant aveuglément Matthieu : « de deux
femmes qui moudront ensemble, l’une sera prise et l’autre laissée ; de deux hommes qui seront dans le champ, l’un sera pris, l’autre laissé » (XVII 35), car le travail de la meule et le travail des champs sont l'œuvre du jour et non pas de la nuit.
— PARABOLE DU JUGE ET DE LA VEUVE IMPORTUNE. — Nous trouvons ici la même pensée qui est développée dans ce passage du Discours sur la montagne : « Demandezet on vous donnera ; cherchez et vous trouverez; frappez et on vous ouvrira. » (Matth., VIT, 7-11; Luc, XIE, 9-13). Mais tandis que, dans le discours, le précepte est confirmé par une comparaison pleine de charme et d’honnêteté (Matth., VIT, 9-10), ici l’auteur, comme cela lui arrive trop souvent, emploie à cette même fin un exemple éminemment fâcheux. « Quoique je ne craigne point Dieu, dit le juge, et que je n’aie point de considération pour les hommes..…., néanmoins, parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, de peur qu’à la fin elle ne vienne me faire quelqu'affront. »
De Wette croit d’ailleurs reconnaître dans la figure du juge un type grec ou romain plutôt qu'israélite. Nous pensons comme lui à cet égard. La doctrme religieuse plaçait trop haut, chez le peuple juif, l’idée de la justice et le caractère du juge, pour qu'il füt possible de représenter un juge d'Israël faisant, avec un pareil cynisme, l’aveu de sa lâcheté et de son improbité.
Ce qui suit (XVII, 7-8) semble d’ailleurs indiquer que ce passage à été composé à l'occasion d’une persécution dont les fidèles désiraient et espéraient la fin prochaine. |
Au lieu de « ne pas se décourager » (XVII 1}, de Sacy a écrit : «ne pas se lasser de prier.» Mais cette traduction n’est conforme ni à l’esprit, ni à la lettre du texte. (... non deficère — un éyxaxetv. )
— PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN. — Ici encore Luc prend
pour thème et pour conclusion une sentence empruntée à Matthieu :
«quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé. » (Luc, XVI, 44"; Matthieu, XXIIE, 12.) Ce verset a d’ailleurs déjà été employé plus haut (XIV, 11).
Ici se termine la Section dogmatique, et à partir du verset suivant, XVIIE, 45, le troisième Évangile reprend la marche du deuxième.
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— RÉCOMPENSE PROMISE A CEUX QUI AURONT TOUT QUITTÉ POUR LE ROYAUME pe Dieu. — Ici, Luc à heureusement modifié en plusieurs points le texte de Marc. En son verset 29, à l'expression « pour l'Évangile, » il a substitué « pour le royaume de Dieu, » et au verset 30, il à supprimé la ridicule hyperbole de Marc. (Voy. Imtrod., p. 61; notre Examen, p. 201; et Marc X, 29, note.)
— Jésus, ALLANT à JÉRUSALEM, ANNONCE A SES DISCIPLES QUIL SERA LIVRÉ AUX GENTILS, ETC. — (Voy. ci-dessus, IX, 22; et IX, 44-45.) Lue, de même que Matthieu et Marc, répète trois fois cette annonce, et aux mêmes places. |
«Mais ils ne comprirent rien à tout cela... » — Ce verset, emprunté à Marc (IX, 31), a déjà été reproduit par Luc, à sa place naturelle. (Voy. ci-dessus, IX, 45.)
«Lorsqu'il était près de Jéricho... » — Luc, qui ici continue à copier Marc, oublie que lui-même a fait passer Jésus par la Samarie (IX, 52), et que, par cette route, pour se rendre à Jérusalem, on n’a pas à traverser Jéricho. |
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— JÉSUS VA DEMEURER CHEZ LE PUBLICAIN ZACHÉE. — Ici l’auteur a évidemment voulu refaire l’histoire de Jésus chez le publicain Matthieu racontée au premier Évangile. (Matth.,IX, 10-13.) Mais la copie ne vaut pas l'original. D'abord elle est chargée de détails puérils (Voy. les versets 3-5); puis, comme d'habitude, la conclusion ne va pas aux prémisses. Dans l’histoire de Matthieu, Le publicain, comme il est de règle pour les gens de sa profession, est aussi un pécheur, et Jésus a tout lieu de répondre à ceux qui l'accusent de boire et de manger chez Matthieu avec les publicains et les gens de mauvaise vie : «Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, ce sont les malades qui ont besoin de médecin. » Mais chez Luc, le publicain Zachée est un saint homme : il donne la moitié de son bien aux pauvres; selon le précepte légal, il indemnise au quadruple ceux auxquels il a pu faire tort (a). Ceci tend à prouver qu’un publicain, contre la croyance vulgaire, peut être en même temps un homme probe et pieux ; mais cela va directement contre ce que dit Jésus : « Le Fils de l'homme est venu pour chercher et pour sauver ce qui était perdu. » D’après ce qui vient d’être dit, Zachée n’est pas perdu, et Jésus n’a pas à le sauver.
— PARABOLE DES SERVITEURS ZÉLÉS ET DU SERVITEUR NÉGLIGENT. — Cette parabole est une imitation de celle qui est interpolée dans l'Évangile de Matthieu, XXV, 14-30 (Annexe XXXID. Elle n’occupe pas toutefois la même place dans le texte, Pour qu'il en fût ainsi, il aurait fallu qu'elle se trouvât à la suite de l’Exhortation de Jésus à la vigilance, c’est-à-dire après Luc, XIE, 46. Mais à cette place, nous avons tout au contraire rencontré chez Luc deux versets (XI, 47-48), lesquels semblent être la condamnation formelle de la sentence, qui, dans le premier comme dans le troisième Évangile, ter-.
(a) La loi prescrivait de rendre cinq bœufs pour un bœuf volé, et quatre brebis pour une brebis. (Exode, XXII, 1.)
mine et résume notre parabole, la condamnation par conséquent de notre parabole elle-même. Comment donc se fait-il que cette parabole reparaisse ici? Luc a-t-il refait d’un côté ce qu'il avait défait de l’autre, ou bien quelque interpolateur officieux a-t-il voulu, par cette addition, compléter le troisième Évangile? Cette supposition nous paraît de beaucoup la plus vraisemblable, soit que l’on considère la présence des versets critiqués qui remplacent la parabole à l’endroit où elle eût dù naturellement se trouver, soit qu'on se fonde sur la modification grave que présente la rédaction du troisième Évangile, et dont nous parlerons tout à l'heure. Toutefois, comme nous l'avons dit dans une autre circonstance, nous ne voulons pas prendre sur nous de rien affirmer. Les versets XIT, 47-48, situés dans la Section dogmatique, peuvent n’avoir eu aux yeux de l’auteur qu’un caractère provisoire, et il y a d’ailleurs dans l'Évangile de Luc tant d'anomalies qu’à moins de signes incontestables, on doit hésiter à déclarer qu'un passage, si irrégulier qu'il puisse être, est mdubitablement apocryphe.
Parlons maintenant de la différence que présente notre parabole avec celle du premier Évangile au point de vue de la rédactien. Dans le premier Évangile, le principal personnage est simplement un maître. Ici, c'est un roi, ou plutôt ce n’est d’abord qu’un candidat à la royauté, un « personnage de grande naïssance » qui va chercher dans un pays étranger l'investiture de la souveraineté de son pays. Dans ce projet, il a cependant pour adversaires ses propres concitoyens, qui envoyent leurs députés déclarer dans ce pays étranger qu'ils ne veulent pas de lui pour roi. Cette donnée, qui, à nos yeux, à quelque chose d'étrange, ne devait pas, comme l'ont justement fait remarquer les commentateurs (a), produire sur des lecteurs juifs la même impression. Elle leur rappelait deux circonstances mémorables de leurs propres annales, le voyage d’'Hérode et celui d’Archélaüs, son fils, à Rome, en vue d'obtenir d'Auguste, malgré l'opposition des Juifs, la royauté de la Judée. Ge
(a) De Wette, Erklærung.
n’est pas qu’il s’agisse ici en aucune façon ni d'Hérode, ni d’Archélaüs ; mais leur histoire, tacitement rappelée, sert à figurer celle de Jésus, qui, repoussé par les Juifs, est allé au ciel recevoir la royauté de son Père, et doit, à un moment donné, revenir, en dépit de ses ennemis, prendre possession de son royaume. Cette allusion à la réprobation des Juifs se reproduit très-clairement encore dans le dernier verset: « Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, qu'on les amène ici et qu'on les tue en ma présence. » (XIX, 17.) Ainsi, tandis que, pour la parabole des Conviés au festin (Luc, XIV, 16-24), le troisième Évangile a détruit l’allusion aux Juifs qui se trouve dans la version du premier, ici au contraire le troisième Évangile introduit cette allusion, que le premier ne connaît pas. Comme tout, dans la composition d’un livre, n’est pas exclusivement affaire de logique, cette espèce de contradiction ne suffirait pas pour que l'on pût se refuser à reconnaître de part et d'autre la main du même auteur. Mais comme il y a déjà de fortes raisons de mettre en doute l’authenticité du dernier morceau, cette circonstance vient, en s’y ajoutant , leur donner un nouveau degré de probabilité.
Tel est assurément le trait le plus important qui distingue notre parabole de la première; il y a cependant encore quelques différences de rédaction à noter. Ainsi, dans l’énumération des sommes confiées aux serviteurs, il est question de mines et non de talents; aux versets 17 et 19, ces formules : « Vous commanderez sur dix villes... ; vous commanderez sur cinq villes, » remplacent cette parole plus simple : « Parce que vous avez été fidèle en peu de chose, je vous établirai en beaucoup. »
Le texte de la Vulgate donne le verset XIX, 26, à peu près conforme au passage correspondant du premier Évangile. (Matth., XXV, 29.) Mais les mots : «et qu’il sera comblé de biens » ne se trouvent point dans le grec. Ils ont probablement été ajoutés dans une intention de conformité avec Matthieu.
Quant au caractère général de cette parabole, nous ne pouvons que nous référer à ce que nous en avons dit au sujet de la version
rapportée au premier Évangile. (Matth., XXV, 14-30, Annexe XXXII.)